Malinan. Diphthérie bucco-labiale. Thèse de Paris
MALADIES DE LA BOUCHE
la bouche, et c’est de préférence le côté gauche. La première ulcération qui parait, occupe habituellement la muqueuse buccale au niveau des dernières molaires; on trouve les ulcérations, par ordre de fréquence, aux gencives, dans le repli gingivo-buccal, aux joues, aux lèvres, surtout à la lèvre supérieure, plus rarement à la langue, au voile du palais, aux amygdales. Les ulcérations des gencives sont souvent verticales et peuvent occuper tout le bord gingival, les ulcérations des joues et des lèvres sont plus habituellement ovalaires. Voici comment évolue l’ulcération : au début, c’est une plaque saillante et violacée; cette plaque, de forme irrégulière, ne tarde pas à se ramollir; sa surface est pulpeuse, jaunâtre ou grisâtre; c’est un véritable tissu de sphacèle 1 constitué par les éléments de la muqueuse. La pellicule sphacélée est un peu adhérente, elle se détache et laisse à sa place une ulcération facilement saignante, à fond grisâtre, à bords irréguliers et décollés. L’ulcération s’agrandit par l’élimination progressive du détritus fétide qui tapisse sa cavité, et de larges ulcérations résultent quelquefois de la confluence d’ulcérations plus petites. Les parties qui environnent les ulcérations sont plus ou moins œdématiées. Du septième au quinzième jour environ, commence le travail de réparation ; le fond de l’ulcération se déterge, les membranes grisâtres se détachent, laissent à leur place une surface rosée, bourgeonnante, et la cicatrisation se fait.
En somme, la stomatite ulcéro-membraneuse est une gangrène spécifique, curable, et plus ou moins superficielle de la muqueuse buccale.
Toutefois, les ulcérations ne résument pas en elles toute la lésion. On constate également un état de ramollisse-
1. I-aboulbône. Traité d'anal, palholog., p. 11. Dans un cas, l’examen histologique d’un lambeau de la muqueuse buccale a l'ait voir les différents éléments de cette muqueuse, y compris les glandulcs niüqtleuses avec leurs canaux excréteurs.
DIEIILAFOY, PATHOL. T. IT. O!
ment et de tuméfaction de la muqueuse gingivale oui devient grisâtre el saignante ; aussi quelquef auteurs avaient-ils confondu cette stomatite avec le scorbut II n est pas rare d’observer également des symptômes et des lésions d angine, et comme des ulcérations peuvent se développer à 1 arnere-gorge, on voit que cette maladie nest pas seulement une stomatite, elle est une inflammation ulcéro-gangréneuse de toute la cavité buccoptiaryngee.
Dès la période ulcéreuse de la stomatite, les symptômes locaux deviennent intenses : douleurs très vives, masti
nîlTrT r’ dégIutiÜOn difficile- baleine horriblement fetide, salivation abondante et teintée de sang
beaucoup moins abondante toutefois que dans la stomatite mercurielle. Les ganglions sous-maxillaires et rétromaxillaires sont, souvent engorgés et restent engorgés jusqu a la cicatrisation des ulcérations; ces adénites ne suppurent pas, mais elles peuvent persister indéfiniment chez les sujets scrofuleux. Les symptômes généraux la fievre, les troubles gastro-intestinaux et nerveux sont plus loils chez 1 enfant que chez l’adulte. P
La marche de la stomatite ulcéro-membraneuse n’est nullement influencée par les maladies intercurrentes (Bergeron). Sa durée est variable; bien traitée, elle guéut en huit ou dix jours; mal soignée, elle peut se prolonger des semaines et des mois. La guérison complète est la réglé; toutefois, dans les cas graves, on voit le bord alvéolaire du maxillaire se nécroser, et les dents se
déchausser et tomber sans présenter aucune trace de carie.
Diagnostic. Étiologie. — Le siège, l’évolution et les caractères des plaques ulcéro-membraneuses ne permettent pas de confondre la stomatite ulcéro-membraneuse avec les autres stomatites. Ainsi, dans la diphthèrie buccale, la douleur et la salivation sont presque millesil y a de véritables fausses membranes qui occupent principalement les gencives, la lèvre inférieure et les
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commissures labiales; ces membranes sont cl abord blanchâtres, puis foncées, et quand on les arrache, on trouve la muqueuse intacte ou seulement exulcérée, ce qui contraste singulièrement avec les ulcérations que je viens de décrire. Mais l’examen clinique est généralement insuffisant, il faut avoir recours à l’examen bactériologique, qui décèle parfois la diphthérie alors qu on n y croyait pas. Nous venons d’observer un cas de ce genre avec mon ancien interne, M. Caussade.
Les plaques muqueuses syphilitiques et les ulcérations tuberculeuses de la bouche ont des caractères si nettement tranchés, que l’erreur de diagnostic n’est pas possible.
La stomatite ulcéro-membraneuse revêt souvent le caractère épidémique', elle est probablement contagieuse, mais elle ne paraît pas inoculable1. Elle atteint les enfants de 4 à 10 ans, et surtout les adultes, quand elle trouve des conditions favorables de développement, conditions qui lui sont offertes par une mauvaise hygiène, par l’encombrement, par une nourriture insuffisante, etc. Ainsi s’expliquent les épidémies observées chez les soldats, chez les marins2, dans les hospices, dans les prisons. Les recherches bactériologiques concernant la pathogénie de cette stomatite n’ont donné aucun résultat positif. Dans le magma des ulcérations on a retrouvé des spirilles, des leptothrix, des coccus, mais rien de spécifique.
Le traitement préventif doit soustraire les individus à toute cause de contagion et les éloigner du milieu épidémique. Le traitement curatif a pour agent essentiel le chlorate de potasse. Ün administre tous les jours (pour un adulte) 4 à G grammes de chlorate de potasse dans une potion de 120 grammes et, s’il y a lieu, on touche les ulcérations au nitrate d’argent, et mieux encore, avec
1. Catelan. Stomat. ulcér. épidèm. ( Arch . de mid. nnv., 1877).
2. Maget. Slomal. ulcér. des soldais et marins. Th. de Paris, 1879.
de petits tampons d’ouate hydrophile très légèrement imbibés d’une solution de sublimé à 1 pour 1000.