‹ Manuel de pathologie interne (volume 4)Chapitre 213 sur 492 · GANGRÈNE DE LA BOUCHE. — NOIYIA · texte numérisé non relu

GANGRÈNE DE LA BOUCHE. — NOIYIA

Sous le nom de gangrène de la bouche (ydy^pa tva, de yâpw, je consume), ou noma (vo^rj, de végeiv, ronger), il est d’usage de décrire, non pas les accidents gangréneux qui surviennent à titre d’épiphénomène ou de complication dans le cours de certaines stomatites, mais une gangrène à marche spéciale, d’origine microbienne, qui se développe surtout chez les enfants de trois à cinq ans, et qui, par ses allures, forme une entité morbide bien définie.

Description. — Cette terrible maladie débute sournoisement et sans douleur, par la muqueuse de la joue et plus spécialement par la joue gauche. La muqueuse prend une teinte violacée; une phlyctène se forme; cette phlyctène se remplit d’une sérosité roussâtre, se rompt, et laisse à sa place une ulcération grisâtre, qui, à cette période, est encore sans odeur. Rapidement l’ulcération gagne en profondeur et en surface; elle prend une teinte grisâtre, noirâtre, et l’haleine devient extrêmement fétide. Dans les cas heureux, mais rares, l'ulcération gangréneuse borne là ses progrès; le fond de l’ulcère se délerge, bourgeonne, et la cicatrisation se fait. Mais quand la maladie suit son cours, l’ulcération gagne en étendue; elle devient putrilagineuse, elle prend une teinte noirâtre, elle s’entoure d’une zone inflammatoire, et du troisième au septième jour (Rilliet et Barthez) il se forme dans la profondeur de la joue un noyau induré dont la présence indique le siège de la gangrène et la région qu'elle va envahir. La

lèvre et la joue sont œdématiées, la peau de la joue devient luisante, violacée, et la salive qui s’écoule abondamment de la bouche est sanguinolente, sanieuse, d’odeur fétide.

A un moment donné, l’eschare cutanée se forme, celle eschare (eayàpa, croûte) est sèche et paraît déprimée; la gangrène frappe la joue dans toute son épaisseur, et le sphacèle dans sa marche envahissante peut atteindre les lèvres, le nez et la paupière. Puis, les tissus escharifiés tombent en lambeaux et laissent à leur place une excavation qui communique avec la cavité buccale et qui donne passage à un liquide fétide, aux boissons, aux gargarismes. Le squelette de la face n’est pas toujours respecté; la nécrose atteint les os des régions voisines (maxillaire, voûte palatine). Dans certains cas, la gangrène ne se limite pas à la face, elle se développe simultanément au poumon, à la vulve, au pharynx, à l’œsophage, aux extrémités des membres.

Les symptômes généraux, peu accusés au début, deviennent extrêmement graves lorsque la peau est envahie par la gangrène. A cette période, la fièvre est parfois intense: à l’excitation fébrile succède la prostration et l’adynamie; la diarrhée devient incessante, l’amaigrissement est considérable, c’est une véritable cachexie aiguë. Dans le noma, les ganglions lymphatiques du cou sont «à peine engorgés. La mort survient généralement du cinquième au quinzième jour, et dans le cas de guérison, ce qui n’a lieu qu’une fois sur cinq, le malade conserve à la face des cicatrices, des trajets fistuleux et parfois de hideuses difformités.

Étiologie. — Le noma se voit à tous les âges, mais il frappe de préférence les enfants de deux à cinq ans. C’est une maladie qui est toujours secondaire, et, chose remarquable, les lésions locales de la bouche, les stomatites, même les stomatites violentes (ulcéro-membraneuse, mercurielle) sont presque sans influence sur son développement, tandis que les maladies générales, les

fièvres éruptives, la rougeole en premier lieu, la scarlatine, la fièvre typhoïde, la diphthérie, le scorbut, sont favorables à son éclosion. Du reste, le noma est devenu infiniment plus rare qu’autrefois (ainsi que nous le verrons à l’article Rougeole ) depuis les soins antiseptiques antérieurement inconnus. Les études bactériologiques n’ont pas encore donné de résultat concluant. Au nombre des bactéries et des microcoques trouvés dans le noma, il n’en est aucun qu’on puisse considérer comme spécifique.

Le traitement consiste à faire des lavages de la bouche avec une solution d’acide borique (4 pour 100) et à pratiquer tous les jours des cautérisations au thermo-cautère, en ayant soin de soutenir les forces du malade par une médication tonique et stimulante.

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