Trousseau, Clin, mcd., t. I, p
queuse absolument saine. On ne confondra pas le muguet avec la stomatite dipkthérique dont l’exsudât se fait, non pas par grains isolés et saillants, mais par plaques d’un blanc grisâtre, épaisses, adhérentes et consistantes, autant de caractères étrangers au muguet.
Les alcalins forment la base du traitement, le muguet se développant moins bien dans un milieu acide. Après avoir détaché les plaques de muguet avec un linge un peu rude, on imbibe plusieurs fois par jour les parties malades avec un collutoire au borate de soude (glycérine et borate de soude à parties égales). On prescrit des lavages de la bouche, avec la décoction de mauve, avec l’eau de Vichy, avec l’eau oxygénée (Damaschino).
S’il s’agit d’un tout jeune enfant, on lui donnera une bonne nourrice, ou du lait de bonne qualité, et si des troubles dyspeptiques ou intestinaux sont associés au muguet, on prescrira tous les jours deux ou trois cuillerées à café d’eau de chaux dans du lait, ou une goutte de laudanum de Sydenham dans un peu d’eau sucrée. On recommandera tous les soins de propreté concernant le biberon, le sein de la nourrice ou la bouche de l’enfant.
§ 5. LES APHTHES.
Description. — On décrit quelquefois les aphthcs (à?0at) sous le nom de stomatite aphtheuse, désignation qui n’est pas rigoureusement exacte, car la stomatite n’est ici qu’un élément secondaire. La dénomination de fièvre aphtheuse serait peut-être mieux appropriée à cette maladie. Dans les cas bénins, qui sont, de beaucoup, les plus nombreux, les prodromes font, défaut : sur la muqueuse des lèvres, à la pointe et aux bords de la langue, sur la muqueuse des joues et du palais, apparaissent des taches rouges sur lesquelles se développent des vésicules ana-
MALADIES DE LA BOUCHE
lo-ues aux vésicules d’herpès; ces vésicules se remplissenl
d’un liquide lactescent, elles s’entourent d’une auréole formée par la muqueuse tuméfiée, puis elles se rompent, et Se deuxième ou troisième jour l’ulcération est con-
Sl Le?' ‘ulcérations aphtheuses sont circulaires ; leur dimension varie du volume d’une tête d epingle a celui d’une lentille; certaines sont même plus étendues, le fond de l’ulcération est grisâtre, formé par un amas de cellules épithéliales dégénérées ; ses bords sont irrégu bers non décollés, taillés à pic. l'ulcération persiste quelques jours, rarement plus d’une semaine, et se cicatrise sans
laisser de traces1. . .. ,
Dès sa formation, l’aphthe détermine une sensation de
brûlure, et la douleur devient très aigue au moment de l’ulcération. L’haleine est fétide, la salivation est assez abondante, la mastication et la succion sont si pemb es que l’enfant repousse le sein, et l’adulte doit se contenter d’aliments liquides sous peine des plus vives souffrances. Les ganglions sous-maxillaires sont rarement engorges.
'Les symptômes généraux n’ont aucune importance dans les formes légères, quand les aphthes sont discrets, ils consistent en quelques troubles digestifs parfois accompagnés ou précédés d’un léger mouvement fébrile. Mais ces symptômes généraux acquièrent une certaine intensité quand les aphthes sont confluents, et la dénomination de fièvre aphllicusc serait en pareil cas bien appliquée. Dans cette forme confluente, très rare en France, et sévissant parfois d’une façon épidémique, la fièvre et les symptômes généraux précèdent habituellement l’éruption.
1. Plusieurs auteurs ont placé le siège anatomique do l’aphthe dans les glandes mucipares de la muqueuse buccale. M. Damaschino a constaté que les follicules sont étrangers au développement des aphthes : « Le processus histologique se borne à une série de modifications subies parles cellules du corps muqueux de Malpighi, les papilles dermiques prennent part aussi au travail morbide ». ( Malad . des voies digestives, p. 112.)
Les ulcérations aphtheuses envahissent la voûte palatine, le voile du palais, les amygdales et le pharynx; les ulcérations par leur jonction forment de vastes places ulcérées. Dans quelques cas les ulcérations s’observent aux membres, surtout aux mains. La fièvre est vive, les troubles digestifs (vomissements, diarrhée) sont intenses, et la maladie, principalement chez les enfants et chez les vieillards, revêt une forme adynamique qui peut se terminer par la mort.
Étiologie. — Traitement. — Les causes de l’aphthe sont mal connues; on l’observe à tous les âges, parfois sous forme épidémique. Chez certains individus il est sujet à répétition. On a signalé la coïncidence des aphthes et des manifestations cutanées telles que l’herpès, l’impétigo, l’eczéma, ce qui avait fait admettre une origine diathésique des aphthes. Aujourd’hui, on envisage autrement cette question. Déjà, des médecins du xvu° siècle avaient parlé de contagion, et des recherches récentes tendent en effet à faire admettre que la fièvre aphtheuse, habituellement très légère, parfois violente, est une maladie infectieuse, contagieuse, d’origine microbienne. Au point de vue clinique, il y a des analogies1 2 * frappantes entre la fièvre aphtheuse de l’homme et la fièvre aphtheuse de l’espèce bovine ou ovine. Des observations déjà nombreuses tendent à prouver que cette maladie est transmissible des animaux à l'homme et le lait (le lait non bouilli) serait le mode le plus habituel de contagion4. Il est un fait certain, c’est que, chez les enfants élevés au biberon, l’éruption aphtheuse atteint assez souvent d’une façon symétrique les côtés du raphé médian du palais.
Le traitement, quand la maladie est légère, consiste à lotionner la bouche avec des liquides émollients; on a
1. David. La stomatite aphtheuse et son origine. ( Arch . de méd. Sept, et oct. 1887).
2. Delest. Transmission de la fièvre aphtheuse à l'homme par l'es-
pèce bovine. Thèse de Paris, 1881.
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recommandé les lavages de la bouche avec une solution à 10 pour 100 de salicylate de soude (Hirtz). On prescrira le chlorate de potasse en potions; on pourra hâter la cicatrisation des ulcérations par de légers attouchements au nitrate d’argent. Les purgatifs sont généralement indiqués.