INFECTIEUSE
L’inflammation des amygdales, l’amygdalite (àjxuYoâXrj, amande), est encore nommée angine tonsillaire (tonsillæ). Pour la facilité de la description, nous en décrirons trois variétés : l’amygdalite simple, l’amygdalite suppurée et l’amygdalite infectieuse, mais ces trois variétés, artificiellement séparées pour les besoins d’une description, ont des caractères communs souvent confondus en clinique.
A. AMYGDALITE SIMPLE AIGUË.
Description. — Cette amygdalite simple, aiguë, constitue une variété importante ; elle est même la forme la plus habituelle des angines catarrhales. Quand l’amygdalite est légère, sa description se confond en partie avec les symptômes énumérés au chapitre précédent; quand elle est intense, elle peut s’annoncer par un gros frisson, la température, surtout chez les enfants, monte jusqu’à 40 degrés, le visage prend un aspect rouge et fébrile. Bientôt la déglutition devient très douloureuse, chaque mouvement de déglutition est accompagné de contorsions et de grimaces, les boissons repassent souvent par le nez, et le patient se garde bien d’avaler la salive, abondamment sécrétée.
La voix est nasonnée, amygdalicnnc, l’ouverture de la bouche et les mouvements de la mâchoire sont très pénibles. Les régions extérieures et latérales du cou sont douloureuses et empâtées, et les amygdales prennent un volume si considérable que la respiration peut en être
MALADIES DU PIIARYÏSX.
gênée. Les douleurs d’oreille et les troubles de l’audition ne se produisent que si l’inflammation gagne la trompe d’Eustache (région pharyngée supérieure).
L’examen de la gorge n’est pas toujours facile a cause de la douleur qu’éprouve le malade à ouvrir la bouche, douleur qui provoque la contracture des masséters. La langue est épaisse et saburrale. Les amygdales rouges et volumineuses, mais inégalement frappées par l’inflammation, présentent des concrétions blanchâtres, pultacées , accumulées dans les cryptes folliculaires, concrétions qu’on nomme dans les familles (( des points blancs » et dont la localisation a valu à celle variété d amygdalite la dénomination de cryptique ou folliculaire. Ces concrétions sont d’un blanc jaunâtre, modes, caséeuses, se laissent facilement détacher et ont peu de tendance à se reproduire; parfois elles paraissent enchatonnées.
Malgré l’acuité des symptômes, la maladie se termine en quelques jours par la résolution, tandis qu’elle aboutit à la suppuration dans la forme que je décrirai dans un instant.
L’angine catarrhale aiguë atteint tous les âges, et principalement l’adolescence; primitive, elle a pour cause habituelle le froid et le refroidissement sous toutes ses formes; secondaire, elle est associée à d’autres aflections, telles que le coryza, la grippe. Certains individus y sont prédisposés et chez eux les récidives sont fréquentes. Le printemps et l’automne, les époques menstruelles sont autant de conditions favorables à son éclosion. Les angines et les amygdalites sont souvent contagieuses et épidémiques; ces conditions vont être étudiées plus loin au sujet de la bactériologie des angines.
D. AMYGDALITE SUPPURÉE. — ANGINE PHLEGMONEUSE.
Nous venons d’étudier l’amygdalite simple, catarrhale, qui se termine par résolution ; je vais m’occuper actuel-
lement de l’amygdalite parenchymateuse qui se termine par suppuration avec ou sans phlegmon péri-amygdalien.
Description. — La dénomination d 'amygdalite plilegmoneuse ferait supposer à tort que c’est l’amygdale qui est elle-même siège de la suppuration : il y a des cas, assurément, où l’amygdale suppure (phlegmon parenchymateux), et l'on voit alors à sa surface de petits abcès qui occupent les cryptes folliculaires, mais c’esL là une exception. Habituellement, l’abcès se forme autour de l’amygdale, dans la loge péri-amygdalienne, à sa partie supérieure et externe; de sorte que l’amygdalite devient une péri-amygdalile, ce qui n’exclut pas le phlegmon périamygdalien d’emblée.
Parfois l’amygdalite phlegmoneuse éclate violemment; plus souvent elle débute comme une simple angine catarrhale, et c’est dans le cours de cette angine que surviennent les symptômes qui annoncent la formation du phlegmon. Ces symptômes sont un frisson violent, une élévation de température qui peut dépasser 40 degrés, nue douleur intense au niveau de l’amygdale envahie, une extrême difficulté des mouvements de la mâchoire. Les jours suivants, la fièvre est vive, la douleur augmente et envahit le cou, les mâchoires, les oreilles. L'inappétence est complète, les mouvements de déglutition sont extrêmement pénibles ou impossibles; la respiration est gênée, la voix est nasonnée, la s a 1 1 v e secoulç continuellement, le patient ne peut ni entrouvrir la bouche, ni remuer la langue, a peine peut-il parler; le cou est flet lii, immobile, empâté cL douloureux, la tète est renvoi sée eu arrière et du côté sain; ses mouvements ne sont presque plus possibles.
L'examen de la gorge est fort difficile, parce que. le, malade a la plus grande peine a abaisser la màchoiie. Quand on peut arriver à voir la gorge, on trouve les amygdales souvent recouvertes d exsudations blaïuhàtn el au niveau de l’abcès en formation on aperçoit quelquefois une coloration rougeâtre et violacée. L haleine.
est fétide, la langue est tapissée d’un épais enduit saburral le voile du palais est abaissé et refoulé, l'isthme du gosier est rétréci par la tuméfaction œdémateuse de la muqueuse et par la saillie de l’amygdale intéressée, aussi le malade éprouve-t-il une suffocation qui avait valu autrefois à la maladie le nom A'csquinancie (oiv et &r/.s‘v> serrer). Deux ou trois jours plus tard, la douleur devient pulsatile, et, si l’on peut porter le doigt sur la région envahie, on sent parfois une tumeur molle, indice de la collection purulente. L’ouverture artificielle ou spontanée de l’abcès est suivie d’un soulagement considérable, la rupture spontanée survient habituellement du sixième au huitième jour; elle se fait au-dessus de 1 amygdale, à l’intersection des piliers, et le malade rend en ciachant un pus sanguinolent d’une grande fétidité.
L’amygdalite phlegmoneuse est le plus habituellement sans gravité; elle guérit après une huitaine de jours; néanmoins, on a signalé quelques complications possibles telles que la gangrène1 2, l’œdème laryngé, la phlébite de la veine jugulaire avec suppuration et infection purulente-, l’ouverture du phlegmon dans le tissu cellulaire du cou, la thrombose des veines jugulaires, l’ulcération d’artères suivie d’une hémorrhagie mortelle. Malgré leur excessive rareté, quelques-uns de ces accidents méritent d’être bien connus. I)aiis son mémoire, M. Vergely3 a réuni seize observations concernant l’ulcération de la carotide interne ou des branches qui vont des artères pharyngienne inférieure et palatine aux amygdales. Dans quelques cas, l’hémorrhagie est foudroyante et la catastrophe survient sans qu’aucun symptôme spécial l’ait annoncée; parfois l’hémorrhagie se fait en plusieurs fois, ce qui donne le temps d’intervenir et de faire la ligature