Faure. Union midic., 3 février
■4. Trousseau. Cliniq. tnid., I. I, p. 433.
on n’observe ni atrophie musculaire, ni diminution de la contractilité électrique (Duchenne); tantôt 1 atrophie musculaire est évidente et la contractilité électrique est altérée.
Les troubles de la sensibilité consistent en fourmillements, picotements et douleurs, qui accompagnent d’habitude la paralysie musculaire à son début; la douleur peut même être très accusée. L’anesthésie est fréquente aux mains et aux pieds, elle atteint tous les modes de la sensibilité et peut se généraliser à une partie du corps, ce qui, joint à la faiblesse musculaire, détermine un certain degré d’ataxie (Jaccoud).
Tous les organes des sens, surtout les yeux, peuvent être atteints par la paralysie diphthérique. Du côté de Y œil, on a signalé le ptosis, le strabisme, la mydriase, la myopie, l’amblyopie et la cécité complète. Ces troubles sont passagers, et Ton ne retrouve à l’ophthalmoscope aucune lésion du fond de l’œil. Le goût est souvent émoussé, Youïe est parfois atteinte.
La vessie n’échappe pas à la paralysie diphthérique : il en résulte de la rétention d’urine ou de l’incontinence, suivant que la paralysie porte sur le corps de la vessie ou sur le sphincter. Des troubles analogues existent au rectum.
Les vomissements ne sont pas rares. Les forces viriles peuvent être affaiblies ou anéanties.
Parmi les accidents que je viens d’énumérer, il n’en est qu’un qui soit vraiment grave, c’est l’introduction des aliments dans les voies respiratoires, car il peut entraîner la mort par asphyxie1; mais il est d’autres cas où la paralysie diphthérique devient, terrible, c’est quand elle frappe les organes de la respiration et le cœur. Ces manifestations de la paralysie diphthérique, que Duchenne nommait forme bulbaire, déterminent des troubles varia-
1. Tardieu. Union méd., 1" octobre 1859. Itoger. Parahjs. constcul. à la (liphlhérie (Arch. de méd. 1862)
DIEULAFOY, PATUOL., T. II.
MALADIES DE L’Al'I'AREIL DIGESTIF.
blés comme intensité. Je vais en esquisser les principales
modalités : ,
Les muscles du larynx peuvent être paralysés : si la paralysie atteint les muscles phonateurs, la dysphonie ou l’aphonie en sont la conséquence; si elle atteint les muscles crico-aryténoïdiens postérieurs, muscles inspirateurs, la respiration est gravement compromise. Quand le diaphragme et les muscles intercostaux sont intéressés, le malade est essoufflé, haletant, il ne peut renouveler l’air de ses poumons en quantité suffisante, il est sous le coup de terribles accès d'oppression. La suffocation peut venir également de la paralysie des muscles bronchiques de Reissessen, muscles expirateurs intrinsèques (Duchenne). A ces accidents dyspnéiques se joignent parfois des accidents cardiaques, le pouls est irrégulier, ralenti, plus souvent accéléré; il y a des angoisses, des intermittences cardiaques et des syncopes souvent mortelles . Ces accidents d’asphyxie et de syncope doivent être nus sur le compte d’une intoxication centrale ou périphérique du nerf pneumogastrique.
Dans quelques circonstances les symptômes angoissants et douloureux dominent la scène au point de simuler l’angine de poitrine. Douleur terrible à la région precordiale, irradiations dans les épaules et dans les bras, horripilations, sueurs froides, angoisse inexprimable, état syncopal, tels sont les symptômes de cette forme cardto-
n°Dans d’autres cas, les symptômes abdominaux revêtent une violente intensité. Un des malades cites dans la liese de Gulat, après avoir présenté une paralysie du un e < u palais et des troubles oculaires, est pris brusquement de douleurs abdominales, de cardialgie, d’entéralgie, de vomissements, d’anxiété et d’agitation terribles, de dyspnee
1 Duchenne. Üc l'électrisation localisée, p. 151.
S. Gulat. Paralysie diphlhirique du pneumogastrique.
Th. de Paris,
extrême, de battements cardiaques tumultueux et précipités et de syncope mortelle.
Durée. — La durée des paralysies diphthériques est variable. Limitée à la gorge, au voile du palais et au pharynx, la paralysie est habituellement fugace et ne dure que quelques semaines; mais quand elle se généralisé, quand elle atteint la face, les membres, la vessie, les yeux, elle peut durer plusieurs mois; la forme paraplégique peut avoir une durée illimitée. Dans ceilains cas les accidents paralytiques sont rapides et pour ainsi dire foudroyants; dans une épidémie dont j’aurai à parler dans un instant, certains individusont été enlevés en quelques heures, la diphthérie ayant frappé d emblee les organes de la respiration et le cœur.
Étiologie. — De toutes les localisations de la diphthérie, c’est Yangine diphthérique qui est le plus habituellement suivie de paralysie. L’angine peut même avoir été très légère, très bénigne en apparence et néanmoins les accidents paralytiques peuvent être graves au point d’entraîner la mort. Néanmoins, je pense, pour ma part, que la diphthérie nasale est un appoint considérable dans la détermination des paralysies diphthériques. Le bacille diphthérique trouve dans les cavités nasales un vaste terrain de culture, où il peut aisément fabriquer sa toxine. Rien ne lui manque, ni l’égalité de température, ni l’apport incessant de l’air à chaque inspiration nasale. C’est la reproduction de l’appareil dans lequel Roux fabrique la toxine diphthérique. Eh bien, en reprenant une à une les observations de paralysie diphthérique, on voit que le plus souvent la diphthérie nasale était de la partie. Les quelques malades que j’ai eus dans mon service depuis plusieurs années, avec des paralysies diphthériques, avaient eu presque tous de la diphthérie nasale.
Du reste, les paralysies peuvent succéder à la diphthérie, quel que soit son siège ; on a vu des paralysies terribles faire suite à une diphthérie de la peau (Trous-
seau), à une diphlliérie développée sur une plaie de vésicatoire*, les muqueuses étant indemnes.
Parfois même, on dirait que les accidents paralytiques peuvent éclater en dehors de toute manifestation membraneuse de la diphthérie, à la façon des maladies frustes, l’éruption faisant défaut, bien que les autres symptômes aient une notable intensité. Boissarie, dans un mémoire fort intéressant1, a fait la relation d’une épidémie de diphthérie, où plusieurs individus furent enlevés par des paralysies à marche rapide et parfois foudroyante, sans avoir présenté préalablement ni angine ni autres manifestations de la diphthérie. Dans cette même épidémie, certains sujets étaient atteints d’angine couenneuse, mais chez eux l’angine suivait les troubles paralytiques, au lieu de les précéder comme c’est l’usage ; d’autres malades, enfin, avaient l’angine seule et n étaient pas atteints de paralysie. Ces faits ont une extrême importance; ils prouvent une fois de plus que, dans la diphthérie, les manifestations membraneuses n'ont qu’une importance relative, l’intoxication diphlhérique pouvant apparaître alors même que les membranes sont peu importantes ou alors qu’un enduit muqueux sans membranes est la seule manifestation locale de la diphthérie.
Les paralysies diphthériques sont beaucoup plus fréquentes chez l’adulte que chez l’enfant. La paralysie limitée à la région palato -pharyngée s’observe chez 1/6 des sujets qui ont eu l’angine diphlhérique (Roger) ; les paralysies généralisées sont beaucoup plus rares et ne se
déclarent que chez 1/20 des malades environ.
Pathogénie. — Des opinions diverses avaient etc émises sur la nature de ces paralysies. Il en est une qui se présente naturellement à l’esprit, c’est que la paralysie diphlhérique est le résultat d’une intoxication. Cette théorie de l’intoxication, soutenue par Trousseau et long-
1 Piires et Vaillard. Arch. de Neurologie, 1886, n* 53.
2. Gaz. hebdomad.. 1881, n- 20 et 21. Boissane fut atteint de paralysie diphlhérique sans angine préalable.
lui-même
lemps combattue, a reçu line éclatante confirmation, grâce aux expériences de Roux et Yersin. Ainsi qu'on l’a vu à l’un des chapitres précédents, le microbe de la diphthérie élabore une substance toxique qui est la cause des paralysies. Roux et Yersin ont reproduit chez les animaux le tableau des paralysies dipblhériques , par l'injection de liquide de culture filtré, c’est-à-dire dénué de tout micro-organisme1.
L'intoxication diphthérique étant démontrée, comment se produit la paralysie; est-elle le résultat d’une lésion nerveuse, et quelle est celte lésion? Dès 1802, Vulpian et Charcot publiaient un cas de paralysie diphthérique du voile du palais, avec altération des fibres musculaires et des nerfs palatins. Plus tard, M. Pierret décrivait des altérations de nerfs, et des lésions centrales, plaque do méningite spinale et périnévrile des racines nerveuse--; M. Déjerine2 cite plusieurs observations, où il a constate l’atrophie dégénérative des tubes nerveux et la névrite parenchymateuse des racines antérieures, névrite consecutive elle-même à une myélite à la fois interstitielle et. parenchymateuse.
Actuellement cette question a fait un pas de plus. Depuis quelques années on a étudié sous le nom de névrites périphériques des névrites qui semblent, évoluer pour leur compte, sans participation des centres nerveux. Ces névrites périphériques qu’on a décrites dans la tuberculose, dans le diabète, dans les intoxications par l’alcool, par le plomb, etc., ont également été trouvées dans la diphthérie3.
Dans une observation concernant un malade atteint de diphthérie cutanée et de paralysies consécutives, MM. Pitres et Vaillard4 ont constaté des névrites périphériques des nerfs radial, cubital, médian, saphène