Société médicale des hôpitaux, juin
2. Bourges. Les angine * diphlheroides de la syphilis (Cas. Iwbdomad., 9 avril 1892).
Résumé. — Je pense qu’après avoir lu les chapitres concernant l’angine diphlhérique (qui est essentiellement polymorphe) et les angines pseudo-diphthériques, on sera bien pénétre de cetle idée, que la clinique livrée à scs propres ressources est souvent incapable de formuler un diagnostic. Mais aujourd’hui nous sommes armés de moyens qui ne permettent plus une erreur. En face d’une angine à dépôts blanchâtres et surtout d’apparence membraneuse, il faut toujours faire un examen bactériologique, môme quand on se croit assuré du diagnostic. De cet examen dépendent le diagnostic et le pronostic. 11 est aussi simple, aussi facile, de faire un examen bactériologique d’angine, que de faire un examen d’urines. Il suffit d’avoir toujours chez soi des tubes de sérum gélatinisé; dès que le tube a été ensemencé, on l’envoie chez un pharmacien (ils devraient tous avoir une étuve), ou dans un hôpital, le diagnostic et le pronostic de l’angine sont ainsi vérifiés et l’on ne s’expose pas à toutes les incertitudes, à tous les mécomptes dont il a été question dans le courant de celle étude.
§ 8. PARALYSIE DIPHTHÉRIQUE.
Description. — Les malades atteints de diphthérie, j diphthérie de la peau ou diphthérie des muqueuses, ceux surtout qui ont l’ angine ou le coryza diphlhériques, sont exposés à des troubles paralytiques qui surviennent dans les conditions suivantes : au moment de la convalescence, quelques jours ou quelques semaines après la guérison de l’angine, quelquefois même pendant que l’angine est en pleine évolution, apparaît une paralysie qui débute le plus ordinairement par le voile du palais. Le voile du palais est immobile et abaissé; sa muqueuse a perdu toute sensibilité. La voix est nasonnée, l’articulation des
sons est défectueuse, la déglutition est difficile, les boissons et les aliments sont rejetés par le nez, et quand la paralysie du pharynx se joint à celle du voile du palais, la dysphagie est telle que, malgré les précautions minutieuses prises par le malade, malgré tous ses ellorts, le bol alimentaire chemine mal, des aliments s engagent dans le larynx et provoquent des accès de suffocation parfois suivis de mort.
Pour se rendre un compte exact des perturbations apportées par le poison diphthérique dans l’acte de la déglutition, il suffit de rappeler, en quelques mots, le mécanisme physiologique de cette fonction : Pendant le premier acte de la déglutition, le bol alimentaire est rassemblé en une masse à la surface de la langue, qui s’applique contre la voûte palatine. Ce bol alimentaire, propulsé d’avant en arrière, traverse l’isthme du gosier et s’engage dans le pharynx. Pendant cet acte, les pharyngo-staphylins, muscles des piliers postérieurs, forment parleur contraction un sphincter qui oblitère complètement l'orifice postérieur des fosses nasales. Pendant ce même acte de la déglutition, le pharynx s’élève, et vient au-devant du bol alimentaire qu’il saisit; mais cette élévation du pharynx est accompagnée d’une élévation du larynx, car les muscles constricteurs moyen et inférieur et stvlo-pharyngiens sont élévateurs du pharynx et du larynx. Il en résulte que le larynx, « prenant part au mouvement d’ascension du pharynx, vient butter contre la base de la langue, qui, à ce moment, proémine en arrière; ce mécanisme qui protège l’orifice du larynx est complété par le mouvement de l’épiglotte sur l’orifice du larynx » (Mathias-Duval) *. Grâce à ce mécanisme, aucun aliment, aucune boisson ne s’engagent dans les cavités nasale ou laryngée pendant la déglutition. Mais que la paralysie diphthérique atteigne les muscles pharyngostaphylins, et les aliments s’engagent dans le nez ; que
t. Mathias-DuvalX.owi de physiologie, p. 528.
la paralysie atteigne les muscles du pharynx, et les aliments s’engagent dans le larynx.
Quand la paralysie s’étend à la langue et aux lèvres, il en résulte des symptômes qui simulent au premier abord la paralysie labio-glosso-laryngée, les troubles de prononciation sont extrêmement accusés el la salive s’écoule le long des commissures.
Tantôt la paralysie reste limitée au voile du palais, tantôt elle se généralise, et frappe sans ordre et sans régularité les membres, les muscles du tronc et du cou, le système sensitif, les organes des sens, les sphincters, l’œsophage, le larynx, les muscles de la respiration, le cœur.
Presque toujours la paralysie diphlhérique débute par le voile du palais; parfois elle apparaît simultanément en plusieurs points, aux membres, à la face ; dans quelques rares circonstances les membres sont paralysés avant le voile du palais, ou même sans que le voile du palais soit atteint1 2. On a observé une forme paraplégique, indépendante de tout autre trouble paralytique*; on a également signalé la paralysie précoce des muscles du tronc et de la nuque3. A la face, la paralysie est unilatérale ou double; quand elle est double, la physionomie n'a plus aucune expression et prend l’aspect d’un masque (Duchenne).
Dans certains cas, le malade peut à peine remuer scs jambes et ses bras, il n’a pas la force de s'asseoir ou de se retourner dans son lit, sa tète s’incline à droite el à gauche ou retombe sur sa poitrine. L’asthénie musculaire est parfois si prononcée (pie la paralysie est complète. Ces accidents ont parfois une certaine mutabilité : ainsi on voit la paralysie qui occupait un membre diminuer dans ce membre et se manifester dans un autre*. Tantôt