Luton. Nouv. Dict. de méd. et de cliir. ■ > o l
exposer les plus importantes variétés, et je renvoie pour de plus amples détails aux monographies spéciales1.
Pathogénie. — En réduisant la digestion stomacale à sa plus simple expression physiologique, on voit en somme que cette digestion, comme tout acte digestif, se réduit à deux facteurs qui sont : 1° des mouvements ; 2° des sécrétions. Que les mouvements de l’estomac perdent leur régularité ou leur énergie, qu’ils deviennent trop lents ou trop précipités, qu’il n’y ait plus d’harmonie entre l’acte mécanique (mouvements) et l'acte chimique (sécrétions), et il en résulte une digestion difficile, irrégulière, incomplète, c’est-à-dire de la dyspepsie. Que les sécrétions de l’estomac soient altérées dans leur quantité ou dans leur qualité, que l’acide et que la pepsine du suc gastrique ne soient plus en proportion voulue, et l’acte chimique de la digestion est imparfait, incomplet, c’est encore de la dyspepsie ; je m’empresse même d’ajouter que le trouble chimique est le facteur essentiel des dyspepsies.
C’est à l’acide chlorhydrique que le suc gastrique doit son action antiseptique et microbicide2. C’est l’acide chlorhydrique qui restreint, en grande partie du moins, les fermentations anormales de l’estomac.
Sous l’influence de ces fermentations anormales, différents gaz, l’oxygène, l’azote, l’acide carbonique, l’hydrogène, l’hydrogène sulfuré peuvent être mis en liberté. Ces fermentations anormales sont une des causes les plus habituelles du tympanisme gastrique et des éructations avec toutes leurs variétés, éructations simples, acides, nidoreuses, d’œuf couvi, etc.
1. Raymond. Des dyspepsies. Th. d’agrég. de Paris, 1878. — Soc, Dyspepsies gastro-intestinales. Paris, 1881.
2. Pour ce qui concerne l’analyse quantitative du suc gastrique voir la thèse de M. Lyon. Paris, 1890 et les remarquables travaux de M. Nayeur : Société médicale des hôpitaux , 12 janvier 1892. — Ilayem et Winter; le Chimisme stomacal. Paris, 1891. — Strauss et Wurlx. Action du suc gastrique sur quelques microbes pathogènes. Arch. de méd. expèrim.. 1889, p. 370.
MALADIES DE L’ESTOMAC
Les bacilles des fermentations lactique et butyrique, les spores du mycoderma aceti, et bien d’autres microorganismes1 ont une action utile ou nuisible : ils peuvent être nuisibles en irritant la muqueuse gastrique, en favorisant le tympanisme et la distension de l’estomac, en élaborant des matières toxiques, en neutralisant l’acide chlorhydrique. Et quand on pense que ces différents agents de la digestion doivent agir en parfaite harmonie pour que la fonction s’accomplisse normalement, quand on pense, d’autre part, qu’il suffit qu’un seul de ces éléments soit altéré dans son fonctionnement pour que l’actif digestif stomacal tout entier en éprouve le contre-coup, il est aisé d’entrevoir la multiplicité des causes qui peuvent entraîner la dyspepsie. Il y a « insuffisance stomacale » suivant l’heureuse expression d’Ewald.
Ces causes sont quelquefois faciles à saisir ; dans d'autres cas elles sont livrées à des hypothèses. Dans l’énumération de ces causes je ne fais pas entrer, bien entendu, les différentes maladies de l’estomac, gastrites aiguës et chroniques, dilatation stomacale, ulcère et cancer, car en pareil cas le trouble dyspepsie n’est qu’un épiphénomène, associé à des lésions qui forment autant d’entités morbides, et l’intérêt que présente cet épiphénomène ne prend d’importance qu’à l’occasion du diagnostic.
' Parmi les causes les plus fréquentes de dyspepsie, les unes sont locales et tiennent directement au fonctionnement imparfait de l’estomac, les autres sont le contrecoup d’une maladie générale ou d’une lésion d’un organe éloigné. Au nombre des premières se place la question de l’alimentation. Tel individu qui a pris l’habitude de stimuler les contractions de son estomac et d’en exciter la sécrétion, au moyen de mets épicés ou de boissons alcooliques, digérera mal et aura de la dyspepsie le jour
I. Abelom a rencontré dans l'estomac 16 espèces de bactéries différentes. Comptes rendus de V Académie des sciences, t. CV1II, p. 310.
où il cessera brusquement ce régime excitant; de même aussi que ce régime excitant indéfiniment prolongé finira par lui donner non seulement la dyspepsie, mais du catarrhe stomacal, de la gastrite. Les gros mangeurs et les grands buveurs finissent par distendre les parois de leur estomac (dilatation stomacale) et par en amoindrir l’irritabilité musculaire; cette asthénie musculaire est une cause de dyspepsie. L’excès contraire, la privation d’aliments (cachexie de misère), favorise également la dyspepsie. Les travaux excessifs, la vie sédentaire, les veilles, les chagrins, aboutissent au même résultat et sont parfois la cause d’un état dyspeptique spécial que nous allons étudier plus loin sous le nom de gastroxie.
Dans une seconde catégorie nous plaçons les dyspepsies qui dépendent de l’atTection d’un organe plus ou moins éloigné. Les troubles dyspeptiques sont très fréquemment associés aux maladies du foie (congestions, cirrhose, calculs biliaires), aux maladies de l’utérus (aménorrhée, métrite), à la grossesse, aux maladies du cœur, aux maladies des reins (brightisme), de la vessie et de l’urèthre (Guyon)4.
A une troisième catégorie appartiennent les troubles dyspeptiques qui dépendent de l’anémie, de la chlorose, des infections tuberculeuse et syphilitique), d’une diathèse (goutte, arthritisme), d’une névrose (hystérie, hypochondrie, neurasthénie).
Chacune de ces causes mériterait d’être étudiée longuement; ainsi la dyspepsie, qui est associée aux affections des voies urinaires, peut dépendre de la fièvre ou d’un état infectieux (catarrhe vésical, pyélite); elle peut aussi être la conséquence d’une maladie de Bright et de l’urémie.
La dyspepsie des tuberculeux *, qui est souvent associée