Douverct. Maladies de l'estomac , p. 27i
MALADIES DE L’ESTOMAC
quiert la conviction (et c’est l’opinion de ïlanot avec qui j’en ai causé) qu’il s’agissait encore là d’un cancer greffé sur un ulcère. Je suis arrivé à me faire sur certains cancers de l’estomac une opinion un peu différenle des opinions habituellement reçues : Je pense que tel cancer considéré comme ayant une phase initiale longue et très douloureuse, est un cancer greffé sur un ulcère ; je crois que tel cancer considéré comme ayant donné lieu à des hématémèses précoces, abondantes, parfois mortelles, est un cancer greffé sur un ulcère; je pense enfin que les observations ayant trait à tels cancers de l’estomac ayant duré cinq, six, huit ans et au delà, doivent être mises sur le compte de gastrite chronique ou d’ulcère, ayant dégénéré en cancer.
En voici un nouvel exemple : Je suis depuis vingt ans le médecin d’une dame d’une soixantaine d’années, dont la mère a succombé autrefois, sous mes yeux, à un cancer stomacal. Cette dame a été atteinte il y a six ans d'une dyspepsie flatulente des plus rebelles. A cette phase dyspeptique a fait suite une dilatation de l’estomac considérable, avec hyperchlorhydrie. Puis est survenue une période évidemment ulcéreuse, très douloureuse, avec intolérance de l’estomac et amaigrissement qui faisait redouter les plus funestes conséquences; tout le monde dans la famille, et la malade elle-même, fille de cancéreuse, ne pouvaient éloigner l’idée du cancer. Tout cela a complètement guéri, du moins en apparence. Pendant plusieurs mois la dyspepsie et la gastralgie ont disparu et l’intolérance de l’estomac a fait place à un tel appétit que la malade a engraissé de huit kilos. Mais une nouvelle phase dyspeptique est survenue, la malade, qui avait passé l’été à la campagne, vient de rentrer à Paris, en proie à une cachexie rapide, et j’ai constaté chez elle l’existence d’un énorme cancer du foie consécutif à un cancer de l’estomac.
Traitement. — Il y a un traitement dont l’efficacité est admise sans contestation, c’est le régime lacté (Cruveilhier). Le malade doit prendre le lait, cuit ou cru, chaud
ou froid, à son gré, par grandes tasses, à intervalles égaux, toutes les deux heures, par exemple, de façon à boire graduellement deux, trois ou quatre litres de lait
Pr, V'I?g;q,latre heures- p0lir être efficace, le régime -Ce ,d0lt etre aussi exclusif que possible, il doit durer jusqu au complet rétablissement. Au début du traitement si le lait n est pas bien toléré, on fait prendre avant chaque tasse une cuillerée à café d’eau de chaux additionnée de un milligramme de chlorhydrate de morphine. Je ne saurais trop recommander l’association des petites doses de morphine à l’eau de chaux; ce traitement calme souvent les vomissements et les douleurs. On peut également associer à chaque cuillerée d’eau de chaux un milligramme de chlorhydrate de cocaïne. J’ai souvent constate les bons elTels des doses très petites de morphine etdecocome associées, dans toutes les maladies où l’exciabilite anormale de l’estomac provoque les douleurs et les vomissements. Les injections sous-cutanées de morphine sont réservées pour le cas où les douleurs gastralgiques sont tenaces et violentes. Le nitrate d’argent, à la dose de o a 10 centigrammes par jour associé à quelques centigrammes d’extrait d’opium, le sous-nitrate de bismuth, les alcalins il très haute dose (Debove), seront elficacement employés.
Aux hémorrhagies on opposera les astringents, le perchlorure de fer, l’ergotine, les boissons glacées. Le traitement local, les révulsifs, cautères, vésicatoires, ne doit pas être négligé. On surveillera attentivement la convalescence, en n’oubliant pas que l’ulcère est une maladie sujette aux récidives.
Le traitement chirurgical de l’ulcère de l’estomac acquiert tous les jours une plus grande importance ; de nombreux et importants succès ont été enregistrés ( Joy en) 1 ; non pas que l’intervention chirurgicale soit applicable à tous les cas, mais en face d’un ulcère qui
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MALADIES DE L’ESTOMAG.
sc traduit par des hématémèses fréquentes et répétées, par des vomissements incessants avec intolérance de l’estomac ; par des symptômes de spasme ou de rétrécissement pylorique, par des signes de cachexie, en face de cas semblables il faut agir et la gastro-entérostomie est l’opération de choix1.
§ 8. POLYADÉNOME GASTRIQUE.
Ce qu’on appelait autrefois polypes gastriques, gastrites polypeuses, a reçu aujourd’hui la dénomination plus rigoureuse d 'adénome. Et, comme les adénomes gastriques sont toujours multiples (on en trouve de trente à plusieurs centaines). M. Brissaud les a décrits sous le nom de polyadénome gastrique.
L’étude du polyadénome gastrique est tout anatomique, car les conditions étiologiques sont encore inconnues et les symptômes de cette affection sont nuis ou presque nuis.
A l’ouverture de l’estomac, les adénomes apparaissent surtout dans les régions pepsinogènes, dans le grand cul-de-sac, sur le bord inférieur, le long de la grande courbure. Ils ont le volume d’une lentille, d’un pois, d’une cerise, d'une noisette, et ce qui est remarquable, c’est « l’identité du volume de tous les polypes dans chaque cas. Il semble qu’il s’agisse là d’une éruption dont tous les éléments ont le même âge et subissent en même temps la même évolution 2 ». Au début, la végétation est constituée par une simple élevure de la muqueuse; plus tard, elle tend à se pédiculiser. Ces végétations sont mobiles comme la muqueuse elle-même, elles ne dépassent jamais les couches profondes.
Dans d’autres cas, l’adénome revêt la forme de plaques,