Académie de médecine
MALADIES DE L’INTESTIN
dans le système de la veine porte, qui sont produits par des lésions du cœur ou du foie (cirrhose atrophique), mais qui ne résultent pas d’un processus phlegmasique, et qui, par conséquent, ne doivent pas être confondus avec l 'entérite chronique dont les causes se confondent avec celles de l’entérite aiguë. Nous verrons plus loin, à propos de la dysenterie, ce qu’il faut penser des diarrhées chroniques de Cochinchine, et je réserve pour un chapitre spécial l’entérite de la tuberculose.
Symptômes. — L’entérite chronique atteint presque exclusivement le gros intestin ; c’est donc bien plus une colite chronique qu’une entérite chronique. Elle est rarement chronique d’emblée, elle est presque toujours précédée d’une phase aiguë ou de poussées subaiguës. Les coliques sont moins vives que dans la forme aiguë, les douleurs peuvent même ne pas exister et la diarrhée est le symptôme dominant. La diarrhée avec ou sans borborygmes survient surtout après les repas, il y a plusieurs garde-robes par vingt-quatre heures. Le caractère des déjections varie, les évacuations sont plus ou moins liquides et associées ou non à des mucosités visqueuses. Souvent elles sont bilieuses, jaunâtres, verdâtres et d’une horrible fétidité. Parfois on y constate des mucosités gélatineuses striées de sang et des rubans membràniformes. Quand les selles contiennent des aliments ingérés depuis peu et incomplètement digérés, on dit qu’il y a lientérie (laxitas intestinorum, Aeioç, glissant, Svvepov, intestin).
La maladie n’est pas toujours continue, il y a des périodes de rémission et d’exacerbation ; mais pour peu qu’elle se prolonge, elle entraîne un état de dépérissement et d’amaigrissement. Il est même souvent difficile à cette période de savoir si l’entérite chronique n’est pas sous la dépendance d’une tuberculose intestinale, et, faute de signes plus positifs, on recherchera dans les selles la présence des bacilles.
A côté de cette entéro-colite chronique où la diarrhée
est le symptôme dominant, il y a une forme chronique de colite qui a pour caractère principal la constipation-, [colite sèche). Les douleurs sont quelquefois vives, elles apparaissent trois ou quatre heures après les repas tantôt tous les jours, tantôt de loin en loin, et se localisent de préférence à la région du côlon transverse. La constipation est si tenace qu’elle peut durer huit jours, quinze jours et au delà, sans garde-robes. Les selles sont habituellement dures, marronnées, souvent recouvertes de matières muqueuses et sanguinolentes. Parfois les déjections contiennent des matières pseudo-membraneuses, rubanées, blanchâtres, résistantes, épaisses, que les malades prennent pour des vers intestinaux, pour des fragments de tænia. Ces matières rubanées qui peuvent avoir un centimètre de large, et dix, quinze centimètres de long, sont muqueuses et non fibrineuses; leur constitution est toujours identique; elles sont formées de mucus, de cellules épithéliales cylindriques déformées, de sels, et exceptionnellement de cholestérine.
La colite sèche s’observe surtout chez la femme nerveuse; chez les gens qui ont une vie sédentaire et qui se livrent à des travaux intellectuels exagérés ; chez les arthritiques. Elle provoque des troubles dyspeptiques, flatulence, perte de l’appétit, amaigrissement et divers troubles réflexes si bien étudiés par M. Potain1. Ces troubles réflexes sont la dyspnée, des symptômes d’insuffisance tricuspidienne passagère, des douleurs précordiales analogues à l’angine de poitrine, des tremblements pendant la digestion intestinale, des vertiges, de la mélancolie.
Anatomie pathologique. — La muqueuse de l’intestin est rouge par place, et épaissie. Les ulcérations sont fréquentes; on les trouve au gros intestin et à l’intestin grêle; elles sont arrondies, à bords décollés, rarement elles aboutissent à la perforation. Les glandes de Lieber-