Sarazin. Cancer du cæcum. Th. de Paris, 1SS
MALADIES DE L'INTESTIN
le cancer intestinal : le début est insidieux; pendant plusieurs semaines ou plusieurs mois, le sujet n’accuse que des douleurs plus ou moins vives, fixes ou erratiques; les fonctions digestives sont troublées; la constipation est la règle, et les débâcles, c’est-à-dire l’évacuation d’une grande quantité de matières plus ou moins liquides, alternent souvent avec la constipation. Si le cancer occupe la partie inférieure du gros intestin, et s’il a provoqué un rétrécissement notable, les matières fécales sont effilées, rubanées, et comme passées à la filière. Le mélæna est un symptôme fréquent; le sang rendu dans les garderobes conserve sa coloration rouge si la lésion occupe les régions inférieures de l’intestin ou si l’hémorrhagie est abondante et rapidement rejetée au dehors : il est noir et analogue à du goudron s’il a séjourné dans l’intestin au contact des liquides et des résidus de la digestion. Le ventre est souvent ballonné, condition peu favorable à la recherche de la tumeur cancéreuse. Dans le cas de rétrécissement cancéreux, il y a parfois des accès douloureux pendant lesquels les anses intestinales contracturées font relief et se dessinent sous les parois abdominales.
L’induration cancéreuse n’est pas toujours accessible à la palpation abdominale ; si le sujet est amaigri, si le ventre est rétracté, on perçoit la tumeur, et l’on constate généralement qu’elle est mobile; mais si le ventre est ballonné, s’il y a de l’épanchement péritonéal, la recherche de la tumeur devient très difficile.
Ici, comme dans tout cancer, les symptômes généraux se traduisent par une anémie progressive et par un amaigrissement et un dépérissement graduels. A la teinte pâle des téguments fait suite la teinte jaune-pâle du cancer, le dégoût des aliments s’accuse tous les jours, l’émaciation devient extrême et la cachexie avec scs œdèmes et ses hydropisies annonce la fin prochaine. La mort survient tantôt du fait de la cachexie (hydropisies muguet, diarrhée), tantôt à la suite d’une complication
(péritonite, obstruction intestinale, perforation, hémorrhagie).
'J elle est la marche habituelle du cancer intestinal, mais les exceptions sont nombreuses. Dans certains cas le développement du cancer est latent, et c’est dans le cours d’une santé en apparence excellente, qu’éclatent •brusquement les symptômes d’une occlusion intestinale-, la soudaineté des accidents lait supposer une lésion d’un autre genre : on pratique la laparotomie, et l’on se trouve en face d’un rétrécissement cancéreux de l'intestin*. Dans d’autres circonstances, le cancer de l’intestin reste au second plan; et avant qu’il ait provoqué des symptômes généraux, une péritonite chronique se déclare, un épanchement abondant envahit la cavité péritonéale, et l’on pense volontiers à une maladie du péritoine ou à une maladie du foie avec ascite; mais on pratique la ponction abdominale, on retire un liquide coloré, hématique; la palpation, devenue plus facile après l’évacuation du liquide, permet de constater de plus près l’état du péritoine et de l’intestin (péritonite cancéreuse), et on fait, en seconde analyse, un diagnostic qu’il n’eût pas été possible d’établir du premier coup, avant l'évacuation du liquide péritonéal.
Le cancer du rectum, que j’ai laissé de côté, avec intention, appartient plutôt à la chirurgie qu’à la médecine, et si quelques erreurs se commettent au sujet du siège de ce cancer, c’est qu’on néglige trop souvent de pratiquer le toucher rectal. C’est, en effet, le toucher rectal qui seul permet d’affirmer l’existence et le siège du cancer du rectum.
Diagnostic. — Le diagnostic du cancer intestinal est facile quand sa marche est classique; les douleurs abdominales, les alternatives de constipation et de diarrhée, le mélæna, la constatation de la tumeur, la cachexie envahissante, ne laissent place à aucune erreur; le dia-