Uayem. Bull, de la Soc. anal. Séance du 4 juin
Le traitement est à peu près celui de la cirrhose atrophique : purgatifs contre les troubles dyspeptiques, diurétiques, toniques, amers, eaux de Vichy, deCarlsbad, de Tharasp, régime lacté, iodure de potassium, hydrothérapie.
Description. — Entre la cirrhose alcoolique atrophique et la cirrhose hypertrophique biliaire que je viens de décrire aux deux chapitres précédents, la diflérence est grande, si grande même, surtout quand on choisit des types extrêmes, que certains auteurs opposant l’une à l’autre ces deux cirrhoses, en ont fait deux espèces absolument différentes.
11 suffit, pour embrasser d’un coup d’œil la distance qui semble séparer ces deux cirrhoses, de se rappeler les propositions qui avaient été primitivement formulées par Charcot :
La cirrhose atrophique est annulaire, multilobulaire, extra-lobulaire et d'origine veineuse.
La cirrhose hypertrophique est insulaire, monolobulaire, à la fois extra et intralobulaire, et d 'origine biliaire.
Quoique les différents termes de ces propositions ne soient pas tous considérés aujourd’hui comme rigoureusement vrais, il n’en est pas moins certain que le processus de ces deux formes de cirrhose est différent. Dans la cirrhose atrophique la lésion débute par les veines portes et sus-hépatiques (cirrhose bi-veineuse) ; dans la cirrhose hypertrophique la lésion débute par les canaux biliaires et les cellules hépatiques (cirrhose biliaire, cirrhose viscérale). Dans la première, le tissu fibreux est ) induré et rétractile comme un tissu cicatriciel, c est lui qui détermine l 'atrophie de l'organe, et les cellules hepa-
§ S. CIRRHOSES MIXTES.
tiques sont fréquemment altérées ou détruites; dans la seconde, le tissu scléreux reste à l’état incomplet, fibroïde, il n’a pas la même importance et les cellules hépatiques sont la plupart intactes ou hypertrophiées.
Toutefois ces dissemblances ne permettent pas de faire de la cirrhose atrophique et de la cirrhose hypertrophique deux espèces absolument opposées. Elles forment, il est vrai, deux variétés distinctes quand on s’adresse aux types extrêmes, mais dans quelques cas on se trouve en (ace de cas mixtes ou intermédiaires qui servent de transition aux types extrêmes.
A ces cas mixtes ou intermédiaires j’ai donné le nom de cirrhose mixte ; ils tiennent à la fois, cliniquement et anatomiquement, de la cirrhose atrophique et de la cirrhose hypertrophique. Mon interne, M. Guiter, en a réuni plusieurs observations dans sa thèse1, et depuis lors des cas assez nombreux ont été observés. Deux nouvelles observations ont été recueillies cette année dans mon service à l’hôpital Necker, elles vont être publiées par mon interne M. du Pasquier.
Cliniquement, les cirrhoses mixtes déroutent un peu le praticien; on s'était tellement habitué à la classification sans partage de la cirrhose atrophique veineuse et de la cirrhose hypertrophique biliaire, que le jour où l’ictère apparaissait dans le cours d’une cirrhose qu’on croyait atrophique, le jour où l’ascite se développait dans le cours d’une cirrhose qu’on croyait hypertrophique, le diagnostic devenait hésitant, et l’on admettait difficilement qu’une cirrhose eût osé franchir les barrières que des classifications trop étroites lui avaient imposées.
Et cependant les observations ne sont pas rares de cirrhoses mixtes qui présentent à la fois les symptômes et les lésions de la cirrhose atrophique et de la cirrhose hypertrophique. Pour qu’on en puisse mieux juger, je donne ici le résumé de quelques-unes de ces observations :