SUPPURATIONS HÉPATIQUES. — ABCÈS DU FOIE. HÉPATITE PURULENTE
L 'hépatite franchement aiguë, celle qui se termine si souvent par suppuration et qui donne naissance aux grands abcès du foie, est une maladie rare dans nos climats, et très fréquente dans les pays chauds. Cette forme d’hépatite fera le principal objet de ce chapitre. Mais, outre les suppurations qui proviennent d’hépatites franchement aiguës, on retrouve dans le loie d’autres suppurations, qui sont collectées ou non en abcès, et dont les origines sont diverses. L’étude de ces suppurations ne doit figurer dans ce chapitre qu’à titre d’indication, et je me contente d’en esquisser les variétés principales avant d’entreprendre l’histoire de l’hépatite aiguë.
1“ Abcès métastatiques du foie. — Ces abcès ont pour origine toutes les causes de l’infection purulente, traumatisme, plaies de tête, opérations chirurgicales, variole, infection puerpérale, septicémies médicales (endocardites, aortites infectieuses, pneumonies suppurées). Ces abcès sont lobulaires (abcès miliaires), ils débutent par une teinte ecchymotique du lobule hépatique; les vaisseaux
du lobule sont gorgés de globules rouges et blancs ; les globules blancs sortis des vaisseaux infiltrent le lobule, les cellules hépatiques deviennent granuleuses,^ s’atrophient, et le petit abcès est constitué. Ces petits îlots de suppuration s’agrandissent en s’unissant à des îlots voisins, et atteignent le volume d’un pois ou d une noisette. Les branches de la veine porte qui les entourent sont le siège de périphlébite, de phlébite et de thrombose secondaires. Ces phlébites deviennent à leur tour une cause de l’extension des abcès aux parties voisines.
Comment expliquer la formation de ces abcès. Aux anciennes notions de l’embolie capillaire (Virchow) on a substitué la notion des iniections microbiennes. Les microbes pyogènes ayant pénétré dans le système veineux général sont charriés et transportés au foie par l’artere hépatique. Ces agents pyogènes, qui sont presque toujours le streptocoque et les staphylocoques, s arrêtent dans les capillaires radiés des lobules hépatiques, ou la circulation est ralentie. Leur présence et leur toxine provonuent les lésions de l’endothélium vasculaire, 1 oblitération des capillaires, l’appel des leucocytes, la formation d’un caillot, la suppuration et l’abcès miliaire.
La pyémie hépatique s’annonce par des frissons avec forte élévation de la température et sueurs abondantes. Le foie devient gros et douloureux, les téguments prennent une teinte jaunâtre et terreuse, les urines contiennent du pigment biliaire et de 1 urobiline.
2° Pyléphlébite. — Les abcès du foie, au lieu d aïoir leur origine, comme les précédents, dans le système vei- „ eux générai, peuvent prendre naissance dans le système de la veine porte. L’inflammation purulente de la veine porte ( pyléphlébite ) peut être consécutive aux ulcérations Kintestin (dysenterie, t,pblite),à un abcès de lara le
et la phlébite s’étend jusqu’aux vaisseaux du .
encore les microorganismes de la supp. u^°" d^1 être incriminés. En plusieurs points u n
de petits abcès situés sur le trajet des veines enflam-
mées; la veine est atteinte de phlébite et de périphlébite, elle est entourée comme d’un manchon de tissu con jonctif embryonnaire, et en certains endroits les parois de la veine sont détruites. Telle est la marche des ab par pyléphlébite, c’est l’inflammation suppurative de la veine qui détermine dans la région circonvoisine 1 inflammation du tissu du foie et la purulence.
3° Les embolies de la veine porte, nees d une thromhose de la veine mésaraïque ou des autres branches portes, peuvent-elles engendrer des abcès de foie? Elles donnent naissance à un infarctus de la région embohsee avec anémie consécutive et dégénérescence granulograisseuse, mais cet infarctus n’est pas suivi de suppuration, il n’y a là ni hépatite ni abcès. Il faut faire une exception pour les embolies portâtes chargées de microorganismes coli-bacille (embolies septiques).
Widal a montré que les abcès pyémiques hépatiques de l’infection puerpérale naissent autour des veines sushépatiques1. Le processus débute par l’endo-phlébite, il continue par la périphlébite et il forme un abcès pénsus-hépatique. Habituellement le tissu périportal est respecté. Ces faits prouveraient que les microbes peuvent remonter vers le foie le courant sanguin.
4» Abcès biliaires. — Les canaux biliaires du foie, sous l’influence de causes multiples (calculs biliaires, obstruction du canal cholédoque, etc.), sont quelquefois le siégé d’une inflammation (angiocholite) qui aboutit à 1 ectasie de ces canaux. Les canaux biliaires dilatés peuvent atteindre le volume du doigt, ils sont remplis de mucopus, et on les prendrait au premier abord pour des abcès du foie; mais en y regardant de près on voit qu’ils sont formés par les dilatations des conduits biliaires souvent entourées de tissu conjonctif de nouvelle formation. Dans certains cas, néanmoins, les parois des conduits se détruisent et l’anchiocholite est suivie d’abcès du foie.
1. Llude tur l'infection puerpérale. Th. de Paris, 1890, p. 40.
Cette question a été étudiée aux chapitres de l’angiocholite et de la lithiase biliaire. Nous avons vu par quel mécanisme se font les infections secondaires qui sont la cause de ces abcès biliaires.