Pitres. Progrès médical, 1877, n
MALADIES DE L’ENCÉPHALE
tendineux exagérés, au poignet, au coude, au genou, du côté paralysé, on peut prédire la contracture. La contracture est généralement douloureuse et se localise d abord au membre supérieur. Les muscles fléchisseurs sont contracturés plus souvent que les extenseurs; les doigts, le poignet et l’avant-bras sont dans la flexion forcée, et le bras est fortement appliqué contre le tronc. La contracture n’atteint que le membre supérieur si la sclérose des cordons latéraux ne dépasse pas les régions supérieures de la moelle, mais elle gagne le membre inférieur si la sclérose atteint la région lombaire. Elle est moins accusée au membre inférieur, et c’est le type d’extension qui y domine, la jambe est dans l’extension forcée, mais les orteils sont fléchis, et le chloroforme ne peut vaincre la contracture des hémiplégiques comme la contracture des hystériques. Les muscles hémiplégiés de la face sont quelquefois contracturés; la déviation des traits change alors de côté, et pourrait au premier abord simuler une paralysie alterne.
La contracture des hémiplégiques est d’une intensité variable; parfois elle est si peu accusée qu’on dirait au premier abord une hémiplégie flasque; dans d’autres cas elle prend de telles proportions qu’elle constitue une difformité incurable. Chez certains hémiplégiques la contracture finit à la longue par disparaître, mais habituellement ce n’est là qu’une guérison incomplète, car la contracture persiste à l’état latent1; le malade peut, il est vrai, remuer les membres qui avaient été paralysés et contracturés, mais veut-il appliquer son attention et faire usage de sa main pour un but déterminé, la raideur musculaire reparaît aussitôt. Chez d’autres hémiplégiques, une contracture de vieille date disparait d’une manière assez rapide, mais cette disparition coïncide avec Yatrophie musculaire des muscles primitivement contracturés. L’atrophie débute par l’éminence thénar ou
t. Brissaud. Contracture permanente des hémiplégiques. Tliôse de Paris, 1880.
par l’épaule et se généralise; en même temps les réflexes tendineux diminuent ou disparaissent. Cette atrophie musculaire est due à 1 alteration des cornes antérieures de la moelle, altération qui leur est pour ainsi dire transportée par les fibres nerveuses dégénérées du faisceau pyramidal avec lesquelles elles sont en connexion. Le membre atteint d'atrophie est un membre perdu ■ l’infirmité est incurable.
Les gens atteints d’hémiplégie avec contracture présentent le phénomène connu sous le nom de syncinésie (Vulpian) ou mouvements associés : ainsi, quand on dit au sujet de fermer la main du côté sain, il arrive souvent que le même mouvement s’ébauche du côté malade.
Tremblement. Hémichorée. Athétose. — Les anciens hémiplégiques frappés de contracture secondaire sont souvent atteints d un tremblement qui ne survient qu’à l’occasion d’un mouvement voulu. Dès que le malade essaye de soulever la main contracturée à la hauteur de sa tête, le bras tout entier, et la main principalement, sont' pris d’un tremblement à oscillations rapides, verticales et bien cadencées; ce tremblement disparait complètement quand le bras est au repos, et il recommence aussitôt que les muscles entrent en contraction. Quand on redresse brusquement le pied, dans le cas de paralysie avec contracture du membre inférieur, le même phénomène se produit. Cette trémulation ne doit pas être confondue avec les autres troubles moteurs, tels que les convulsions épileptiformes *, qu’on observe parfois chez les hémiplégiques et qui sont sans doute consécutives à la sclérose descendante et à l’irritation secondaire du bulbe.
1. Los attaques épileptiformes précèdent souvent des attaques apoplecliformes ou alternent avec elles. On les observe chez les malades dont les lésions cérébrales, hémorrhagie, tumeur, ramollissement, sclérose en plaques, méningo-encéphalite diffuse, ont détermine les scléroses descendantes (Charcot. Malad. du st/st. nerv., p. 222). u
MALADIES DE L’ENCÉPHALE
D’autres hémiplégiques ont des mouvements choréiformes dans les membres qui ont été paralysés; cette hémichorée symptomatique a tous les caractères de la véritable chorée, elle présente la même incohérence, le même désordre dans les mouvements volontaires et involontaires, que les membres soient au repos ou qu’il y ait mouvement voulu1.
Généralement Yhémichorée se déclare chez les malades dont l’hémiplégie est accompagnée d’hémianesthésie; elle apparaît progressivement, après plusieurs semaines ou plusieurs mois, au moment où l’hémiplégie tend à s’amender, et bien qu’il y ait un certain degré de contracture dans les membres hémiplégiés. Cette hémichorée, qu’on nomme post-paralytique parce qu’elle ne survient qu’après l’hémiplégie, peut persister indéfiniment.
11 y a des cas où l’hémichorée se déclare non plus après, mais avant l’hémiplégie; elle est. dite pré-paralytique (Grasset)2, désignation préalable à celle de pré-hémorrhagique. Cette hémichorée pré-paralytique peut se développer au moment d’une attaque d’apoplexie, avant même la phase d’hémiplégie confirmée, et en dehors de tout autre symptôme d’hémianesthésie et de contracture. Elle est passagère et ne dure que quelques jours, même quand le malade survit à l’apoplexie; les mouvements choréiformes sont alors remplacés par l’hémiplégie.
L’hémichorée, comme les autres troubles moteurs, contracture et tremblement, peut être provoquée par des lésions cérébrales les plus diverses, hémorrhagie, ramollissement, tumeur, atrophie cérébrale congénitale. Ce
1. Raymond. De l’Iiémichorée, de l' hémianesthésie, etc. Thèse de Paris, 1876.