Titres. Rev de méd., août
céphalée violente et de torpeur intellectuelle. Dès son entrée à l’hôpital, ce malade est pris d’accès d’épilepsie partielle. Ces accès étaient composés d’une phase de contracture (convulsions toniques) durant quelques secondes, et d’une phase de convulsions cloniques durant une demiminute. L’accès entier, on le voit, ne durait pas une minute; il survenait brusquement, sans cri initial, sans pâleur de la face, sans aura; il commençait par la main droite, se généralisait à la face, au cou et parfois à 1 jambe du même côté, et il se terminait, le malade n’ayant jamais, pendant son accès, ni respiration stertoreuse, ni salive sanguinolente, ni morsure de la langue. En quelques jours, le nombre des accès devint si considérable, qu’on en pouvait compter jusqu’à 100, 200, et près de 400 en vingtquatre heures. Ils étaient souvent subintrants, comme dans l’état de mal épileptique, mais ils n’étaient jamais accompagnés d’élévation de température. Parfois l’accès survenait pendant que le malade avait la bouche pleine d’aliments, la mastication s’arrêtait pour quelques instants, et l’accès une fois passé le malade continuait à manger.
Il est à remarquer que les membres qui pendant l’accès étaient contracturés et convulsés, étaient ces mêmes membres qui hors des accès étaient frappés d’hémiplégie flasque presque complète. Ceci prouve que, sous l’influence d’une même lésion nerveuse, un muscle peut être alternativement paralysé et convulsé ; il est paralysé tant qu’il est privé de sa dose d’incitation normale, mais il peut néanmoins entrer en convulsions ou en contractuie dans les moments où cette dose d’incitation vient à s’accroître outre mesure. Ce fait est à rapprocher de ce qui arrive à la glotte sous l’influence des lésions du nerl récurrent. J’ai longuement étudié cette intéressante question à l’article Anévrysme de l’aorte : Une lésion du nerf récurrent gauche entraîne la paralysie de la corde vocale gauche, ce qui n’empêche pas, qu’à certains moments peuvent survenir des accès terribles de spasmes glottiques, c està-dirc la contracture des deux cordes vocales.
MALADIES DE L’ENCÉPHALE
Dans quelques circonstances, les lésions scléro-gommeuses ne déterminent pas l’épilepsie partielle mais elles déterminent des contractures passagères ou permanentes parfois fort douloureuses.
Les lésions corticales de la syphilis qui produisent les troubles que nous venons d’étudier peuvent être l’origine de dégénérescence secondaire, avec contracture tardive, hémichorée et athétose.
Dans quelques cas, les lésions scléro-gommeuses corticales, par leur localisation à la circonvolution de Broca, ont provoqué la paraphasie ou Y aphasie. L’aphasie est isolée ou associée à des troubles monoplégiques ou hémiplégiques droits.
Il y a enfin quelques observations, où les lésions sclérogommeuses, par leur localisation, ont réalisé le syndrome décrit sous le nom de pseudo-paralysie glosso-labiolaryngée. Écoulement incessant de la salive par les lèvres entr’ouvertes, difficulté de la mastication, difficulté de la déglutition, paralysie delà langue, embarras croissant -de la parole concernant l’articulation des mots, tels sont les symptômes présentés par les malades. Pour plus de détails sur la topographie des lésions, je renvoie au chapitre concernant la paralysie glosso-labio-laryngée.
En résumé, les lésions scléro-gommeuses cérébro-méningées, peuvent provoquer la paralysie des nerfs crâniens, y compris les troubles de l’ouïe et de la vue (amblyopie, amaurose); elles ont pour symptômes les plus habituels des paralysies à allures spéciales, hémiplégie, monoplégie, accès de contractures, accès épileptiformes. C’est même l’accès épileptiforme qui aide le mieux au diagnostic topographique cortical de la lésion, et qui permet d’éloigner l'hypothèse d’une hémiplégie ou d’une monoplégie consécutive à une endartérite oblitérante de la sylvienne ou de ses branches.
A ces symptômes, qui ne dépendent uniquement que du siège de la lésion, se joignent d’autres symptômes, qui sont communs à toutes les formes de syphilis céré-
braie, tels que céphalalgie à prédominance nocturne, vertiges, torpeur intellectuelle, obnubilation, etc.
Le pronostic des lésions scléro-gommeuses cérébroméningées est moins grave que le pronostic des autres formes de syphilis cérébrale; les lésions en sont superficielles, corticales, elles ne déterminent pas comme les endartérites de vastes foyers de ramollissement, et elles sont plus accessibles au traitement que les lésions interstitielles et diffuses qui conduisent aux formes mentales de la syphilis cérébrale. La forme épileptique ou épileptoparalylique n’est donc pas d’un trop grave pronostic ; c’est, dit M. Fournier, « une des formes qui obéit le mieux au traitement, qui guérit le plus facilement, du moins alors qu’elle est attaquée à temps par la médication spécifique' ».