‹ Manuel de pathologie interne (volume 4)Chapitre 95 sur 492 · Période prodr. de la parai, gén. Mobôche. Thèse de Paris · texte numérisé non relu

Période prodr. de la parai, gén. Mobôche. Thèse de Paris

3 Luys. Traité des maladies mentales, p. 579.

Bail. Leçons sur les maladies mentales, p. 711.

dries. Tous ces faits acquièrent #au point de vue médicolégal une importance de premier ordre, car le malade est quelquefois conduit devant les tribunaux, et c’est au médecin déjuger si son client est ou n’est pas responsable.

Chez certains malades, et le cas est fréquent, ce sont les troubles moteurs qui ouvrent la scène. Que de fois on constate un tremblement spécial de la parole, une inhabileté de la main, une modification de l’écriture, une inégalité des pupilles chez des gens qui n’ont encore aucune trace de troubles intellectuels, qui vivent au milieu de leur famille et de leurs amis, et chez lesquels on peut prédire six mois, un an à l’avance, l’explosion des autres accidents!

Parfois, le début de la maladie se fait par poussées congestives (Baillarger) ; le sujet est atteint d’accès apoplectiformes ou épileptiformes, de perte de connaissance, d’aphasie transitoire, d’hémiplégie passagère, et les troubles psychiques éclatent après une ou plusieurs attaques congestives. Les attaques sont parfois annoncées par des accès de migraine ophthalmique '.

Les troubles des organes des sens précèdent parfois tous les autres symptômes ; on a noté l’amblyopie, la diplopie. M. Voisin a beaucoup insisté sur la diminution ou l’abolition de l 'odorat, qui souvent devance les symptômes vulgaires.

Déclarée, la maladie revêt plusieurs formes. Sa forme la plus habituelle est caractérisée par le délire ambitieux, par le délire des grandeurs. Le malade est dans un état de satisfaction continuelle ; il se croit empereur, pape ou dieu; il possède des milliards, et il veut les distribuer à tous ceux qui l’entourent ; il a des palais fabriqués de pierres précieuses; rien n’égale sa force, sa beauté, sa puissance; mais ses idées ne sont pas, comme celles du monomaniaque ambitieux, suivies et bien coordonnées, elles sont, au contraire, mobiles, contradictoires (falrcl),

1. Charcot. Leçons sur les maladies du système nerveux. Paris, 1883, p. 75.

MALADIES DE L'ENCÉPHALE

et, pendant que le paralytique général vous parle de ses splendeurs, demandez-lui sa profession, il vous répond simplement : « Je suis cordonnier. » (Magnan.)

Chez certains paralytiques, le délire hypochondriaque domine la scène; autant le malade du type précédent était optimiste, autant celui-ci est triste et malheureux; il se croit mort, il se croit persécuté (délire des persécutions), il refuse toute nourriture par crainte du poison, il a des hallucinations et des idées de suicide.

Au milieu de ces symptômes (forme ambitieuse et forme hypochondriaque), certains malades sont pris de véritables accès de manie aiguë ; leur fureur nécessite la camisole de force, puis l’accès s’amende, disparaît, et la paralysie générale continue sa marche progressive (Baillarger)1 2.

Les troubles de la parole se montrent souvent dès le début de la maladie; ils sont même dans certains cas Vunique symptôme du début-. L’altération de la parole est si caractéristique qu’elle suffirait seule à établir le diagnostic; au moment où le paralytique va parler, il se fait une sorte de trémulation dans les muscles qui convergent vers les lèvres, la parole est traînante, hésitante, tremblotante, elle participe du tremblement qui agite les lèvres et la langue.

Les troubles de motilité ne sont pas des troubles de paralysie complète, ils tiennent à la fois de l’incoordination et de l’affaiblissement des mouvements; c’est une sorte d’ataxie mélangée de parésie; les malades sont moins habiles aux travaux manuels et la marche devient chancelante et fatigante. 11 y a même des cas où les troubles d’incoordination sont prédominants, et la maladie revêt pour un temps les symptômes de l’ataxie locomotrice (voir le chapitre du tabes).

1. Des rémissions dans la forme maniaque de la parai, gén. [Ann méd. psych ., mai 1876).

2. Voisin. Des troubles de Ici parole dans la parai, génér ( Arch

gén. de méd., 1876). - Traité de la parai, génér. des aliénés. Paris', 1878* * *

DÎECLAFOY, PATHOL. T U.

Avec les progrès de la maladie, les troubles intellectuels et paralytiques s’accusent davantage, ils sont parfois compliqués d’attaques épileptiformes ou apoplectiformes, avec élévation de la température et hémiplégie passagère; on observe aussi, sous forme d’attaques spéciales (Magnan), des contractures et des paralysies.

Le système nerveux sensitif est assez peu touché dans la paralysie générale, l’anesthésie est plus fréquente que l’hyperesthésie; on a signalé (Teissier) des douleurs viscérales analogues à celles de l’ataxie locomotrice.

L’inégalité des pupilles (Baillarger) et l’hématome de Y oreille sont encore des symptômes de la paralysie générale. L’inégalité des pupilles est un symptôme fréquent et qu’on observe souvent dès la première période, il disparait parfois au moment des rémissions pour reparaître ensuite 1 . L’olhématome est une tumeur sanguine, située entre le cartilage et le périchondre, et attribuée par certains auteurs au traumatisme, par d’autres à un trouble vasculaire.

Chez la femme, le développement de la paralysie générale entraîne le plus souvent l’irrégularité ou la suppression de la menstruation, fonction qui peut se rétablir pendant les rémissions de la maladie2.

La période terminale de la paralysie générale est caractérisée par la déchéance intellectuelle et physique de l’individu. « Les malades, constamment souillés par leurs urines et par leurs selles, gâtent sans cesse et plongent leurs mains dans les ordures dont ils recouvrent tout. Ils sont presque entièrement isolés du monde extérieur, auquel ils ne semblent plus tenir que par la vie purement végétative » (Magnan). Quelques-uns arrivent au terme de leur existence ayant conscience de leur décadence; leur intelligence est affaiblie, mais ils n’ont pas d aliénation.

Marche. — Durée. — La paralysie générale débute

Page 1