‹ Manuel de pathologie interne (volume 5)Chapitre 126 sur 293 · Trousseau. Clin, méd., 1. 1, p · texte numérisé non relu

Trousseau. Clin, méd., 1. 1, p

MALADIES DE L’APPAREIL RESPIRATOIRE

hydatique qui s’ouvre dans les bronches est un kyste suppuré.

Si le kyste est volumineux, si la communication avec la bronche est largement établie, le malade est pris de quintes de toux, de sensation de déchirure, d'élat syncopal, de suffocation, d’accès violents d'oppression, et il rend, sous forme de vomique, une grande quanlité de liquide, qui est clair et transparent comme de l'eau de roche, si la suppuration ne s’est pas emparée du kyste; mais qui est louche, séro-purulent, sanguinolent, d’odeur et de goût nauséabonds si le kyste rompu étail en suppuration. Dans le liquide delà vomique on retrouve parfois des vésicules entières d’hydatide, du volume d’une tète d'épingle à une noisette, plus souvent des lambeaux membraneux d’hydatide de dimension variable.

Ces vomiques peuvent se répéter, à quelques jours, à quelques semaines de distance. Dans d’autres cas, si le kyste est peu volumineux, ou si la communication avec la bronche est de petite dimension, l'ouverture du kyste ne prend plus les allures d’une vomique; le malade, à la suite de quintes de toux, rend des crachats homogènes, colorés, analogues à de la gelée de groseille; parfois l’expectoration est franchement sanguinolente, et au milieu du sang des hémoptysies, ou dans le liquide d’une expectoration parfois fétide, on retrouve des crochets d’échinocoque, des lambeaux ou des vésicules d’hydatides qui permettent d'affirmer le diagnostic.

Dans bien des cas l'ouverture du kyste est précédée ou accompagnée de lésions broncho-pulmonaires importantes à connaître et à signaler; la congestion pulmonaire, la broncho-pneumonie, la pleuro-pneumonic, ont été observées (Walske, Lorieux). Ce côté de la question a été délaissé par quelques-uns des auteurs qui ont décrit l’hydalide pulmonaire. Un cas que j’ai observé l’an dernier dans mon service à l’hôpital Necker, résume bien cette question. 11 s’agit d’un de mes infirmiers qui fut pris de fièvre, de toux, de douleurs thoraciques et d'une

MALADIES DU I-OUMON.

expectoration hémoptoïque. A l’examen du malade on trouva des râles muqueux, sous-crépitants, et un souffle léger dans le tiers moyen de la poitrine, en arrière, dt côté droit. Cet état-là simulait une pneumonie bâtard» ou un infarctus pulmonaire. Pendant plusieurs jours ces signes stéthoscopiques 11e se modifièrent pas, à l’exception de quelques frottements qui vinrent se mélanger aux râles diffus. L’expectoralion continuait à être abondante, visqueuse et hémoptoïque, puis elle changea de nature, elle devint muco-purulente, et un jour, le malade rendit et nous montra quelques lambeaux de membranes hydatiques qui permirent immédiatement de faire le diagnostic de cette lésion broncho-pleuro-pulmonaire. La fièvre céda. Le kyste hydatique avait suppuré et tout le territoire pulmonaire avoisinant en avait subi le contrecoup sous forme de pneumonie bâtarde. Ces poussées pneumoniques (lésions à pneumocoques) peuvent exister à différentes périodes de l’évolution du kyste; elles sont aussi importantes à connaître que les pleurésies dont je parlais au début de cet article.

L’apparition de l’urticaire, que j’ai depuis bien longtemps signalée à propos des hydaüdes du foie, a également été observée dans l’hydatidc du poumon, avant ou après sa rupture, surtout après sa rupture dans la plèvre.

Le kyste une fois ouvert dans les bronches, comment se termine la maladie? Elle peut se terminer par la guérison ; dans d’autres circonstances le malade continue à rendre des membranes, des crachats abondants, purulents et fétides, la fièvre survient avec le cortège des accidents septiques, diarrhée, perte d’appétit, amaigrissement, sueurs, alors se déclare une véritable phthisie hydatique, provoquée par les associations microbiennes et par les infections secondaires. La tuberculose peut également se développer à titre d’infection secondaire dans le cours de l’hydatide pulmonaire.

L’ouverture du kyste dans la plèvre et le pyopneumothorax consécutif sont de très fâcheuses complications.

Diagnostic. — Le diagnostic de l’hydatide puJrnonaire est presque impossible avant la perforation et la vomique. Les hémoptysies, la pleurésie, les poussées pneumoniques ne fournissent aucun appoint au diagnostic.

Quand on voit un malade qui tousse, qui maigrit, qui a des hémoptysies répétées et des complications pleurales, on pense avant tout à la tuberculose pulmonaire. On recherche les bacilles, on n’en trouve pas, et le diagnostic reste en suspens. Puis un jour vient, où le malade rend une vomique dans les conditions que nous venons d’étudier, avec vésicules ou membranes hydatiques. Ce jour-là le diagnostic est fait.

Mais, dans quelques cas, môme après la vomique, même après le rejet du liquide séro-purulent à travers les bronches, le diagnostic est fort diflicile parce que les lambeaux membraneux sont si ténus que la lésion passerait inaperçue si on ne découvrait au microscope quelques vestiges de membranes ou des crochets d'échiuocoques. Dans quelques circonstances, enfin, la maladie prend les apparences d’une pneumonie, d’une broncho-pneumonie, comme chez le malade de mon service dont je viens de rapporter l’observation, et l'hydalide pulmonaire serait méconnue, si, au milieu des crachats pseudo-pneumoniques, on ne retrouvait les témoins de l'hydalide, membranes et crochets d’échinocoque.

Le pronostic est grave; bien des malades succomberaient sans l’intervention chirurgicale.

Traitement. — Le traitement de l’hydatide pulmonaire est complètement chirurgical. Les ponctions aspiratrices antiseptiques ne sont pas suffisantes; tout au plus pourraient-elles s'adresser aux kystes uni loculaires non suppures. Dans tous les autres cas, quand le kyste s’est ouvert dans les bronches, quand le foyer, au lieu de se tarir, donne naissance à une expectoration purulente et fétide, quand la fièvre survient, quand le malade maigrit et tend à s’acheminer vers les symptômes septiques, il n'y a pas à hésiter, il faut intervenir : la pneumotomie

MALADIES DU POUMON

pst absolument indiquée. Heureusement que bon nombre de kystes pulmonaires, une fois évacués par vomique, guérissent sans aucun traitement.

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