‹ Manuel de pathologie interne (volume 5)Chapitre 285 sur 293 · CG · texte numérisé non relu

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agisse sur les deux cordes vocales à la fois et soit susceptible de produire le spasme glollique; comment une excitation unilatérale a-t-elle un effet bilatéral7. Car enfin la paralysie d’un nerf récurrent n’entraine que la paralysie de la corde vocale correspondante-, pourquoi donc l’excitation d’un seul nerf, comme c’est le cas dans l’anévrysme aortique, ou dans toute autre tumeur médiastine, produit-elle le spasme des deux lèvres de la glotte et les accès de suffocation qui en sont la conséquence? Krishaber nous donne l’explication de ce fait intéressant en étudiant le rôle du muscle aryténoïdien.

Ce muscle aryténoïdien, muscle impair, qui s'implante sur les deux bords des cartilages thyroïdes, a toujours pour effet, lorsqu’il se contracte, de rapprocher ses deux insertions. C’est le seul muscle de l’économie qui étende simultanément son action aux deux côtés d'un organe symétrique. Aussi l'excitation de l’un des nerfs récurrents détermine, d’une part, le rétrécissement de la glotte interligamenteuse par l’action des muscles cricoaryténoïdien latéral et thyro-aryténoïdien du côté correspondant, et, d’autre part, l’occlusion complète de la glotte respiratoire par l’action bilatérale du muscle aryténoïdien. Il en résulte des troubles respiratoires et des troubles vocaux.

Ces résultats, fournis par l’expérimentation, ont été vérifiés sur un malade examiné au laryngoscope au moment d’un accès de suffocation provoqué par un anévrysme aortique. La corde vocale gauche (côté de l’excitation du nerf récurrent) était rapprochée du plan médian dans toute sa longueur; la corde vocale droite conservait son état normal dans ses deux tiers antérieurs, mais l’espace compris entre les cartilages aryténoïdes, c’est-à-dire la glotte respiratoire proprement dite, était complètement fermé. 11 résultait de ce spasme glottique une gêne extrême do. la respiration, et la voix était altérée. L’altération de la voix était due à la tétanisation d'une corde vocale, au rapprochement forcé des aryté-

MALADIES DES VAISSEAUX

noïdes et à l’anxiété respiratoire. Dans une autre observation 1 la corde vocale gauche était parésiée et la voix était enrouée, bitonale, mais pendant les accès de sullbcation on voyait au laryngoscope que les deux cordes, sous l’influence d’un état spasmodique, oblitéraient presque complètement la glotte; le spasme atteignait les deux cordes .vocales, bien que le nerf gauche (fait vérifié à l'autopsie) fut le seul atteint par l’anévrysme de l’aorte.

Cette étude permet d’expliquer les accès de suffocation, de strangulation, de dysphonie, d’aphonie, de pharyngisme et d’œsophagisme qui accompagnent souvent l’anévrysme type récurrent. Suivant le cas, ces symptômes apparaissent isolément ou simultanément, ils se succèdent ou se combinent. Il est difficile d’expliquer pourquoi la présence d’une tumeur au niveau du nerf récurrent produit tantôt la paralysie du nerf, tantôt des symptômes d’excitation. 11 semblerait, théoriquement, que le nerf doive être d’abord excité pendant une première période où ses fibres sont encore intactes, et plus tard paralysé pendant une seconde période où ses fibres sont dissociées et en partie détruites par la compression de la tumeur. Mais il n’en est rien : dans certaines observations la phase paralytique s’établit d’emblée, sans avoir été précédée par une phase d’excitation, et, dans d’autres observations, on a constaté à l’autopsie une destruction presque complète du nerf récurrent, sans que pour cela le malade ait présenté de symptômes récurrents. 11 est également difficile de dire pourquoi les symptômes d’excitation, suffocation, strangulation, surviennent sous forme d’accès intermittents, alors que la cause qui les détermine agit d’une façon continue; mais c’est là une façon de procéder qui est assez habituelle aux troubles du système nerveux qui revêtent fréquemment la forme intermittente, alors que la cause qui les a provoqués est continue.

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