‹ Manuel de pathologie interne (volume 5)Chapitre 284 sur 293 · Diijardin-BeaumeU. Société méd. des hâpit., 14 mars · texte numérisé non relu

Diijardin-BeaumeU. Société méd. des hâpit., 14 mars

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bien connu. Ils se révèlent par de la matité, par des souilles, par des pulsations et par des battements expansifs, dont le maximum siège au niveau de la tumeur, et dont l’intensité est en rapport avec la saillie de l’anévrysme et avec la disparition plus ou moins complète des parois thoraciques Mais l’ouverture de ces anévrysmes dans la trachée n’est pas à craindre, à moins toutefois que la tumeur n’occupe tout le calibre de l’artère, y compris sa paroi postérieure, ce qui est rare, et ne provoque vers la trachée le même travail ulcératif.

Au contraire ces terribles accidents sont relativement fréquents, quand l’anévrysme se développe dans la région de l’aorte qui confine à l’anse du nerf récurrent gauche. Cette variété mérite d’être spécialement bien connue; je l’ai nommée : anévrysme à type récurrent.

A cette région, l’aorte, ayant dépassé la bifurcation de l'artère pulmonaire, se place au-devant et un peu à gauche de la trachée, et elle se dirige de là vers la bronche gauche, qu’elle contourne d’avant en arrière et de droite à gauche. En ce point, l’aorte, qui va devenir aorte descendante, est donc en rapport immédiat avec la partie inférieure de la trachée et avec la naissance de la bronche gauche; elle confine à ces conduits aériens par sa concavité et par son segment antérieur. Eh bien, au point de vue du pronostic, les anévrysmes qui se développent à ce niveau sont des anévrysmes redoutables, même quand ils ont de petites dimensions, parce que l’expérience prouve que c'est dans cette région que se font le plus habituellement les perforations des conduits aériens, l’ouverture de l’anévrysme dans la trachée, dans les bronches, et les hémorrhagies terribles qui en sont la conséquence (Ordonneau)1.

1. Chenet. Bulletin de la Société anatomique, 1" mai 1875. — Savard. Bulletin de la Société anatomique, 1879, 1" fascicule, p. 287. — Rouxeau. Thèse d'Ordonneau, p. 13. — Ordonneau. Rupture des anévrysmes de l’aorte dans la trachée et dans les bronches. Thèse de Paris, 1875.

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Comment donc reconnaître le siège de ces anévrysmes?

La dysphagie douloureuse, les accès d 'œsophagismc (spasmes de l’œsophage), les accès de pharyngisme (spasmes du pharynx), les accès de suffocation et de strangulation (spasmes de la glotte), les troubles de la voix (défaut de synergie des cordes vocales), les accès de douleurs précordiales, sont autant de symptômes qui, par leur apparition combinée, successive ou isolée, permettent d’affirmer le diagnostic topographique de cet anévrysme aortique, type-récurrent. Ces symptômes sont dus, presque tous du moins, au voisinage de l'anse du nerf récurrent gauche, qui sert de guide, par les troubles qu'il occasionne. L’importance de cette variété d’anévrysme justifiera les détails anatomiques et physiologiques dans lesquels je vais entrer.

Les deux nerfs récurrents ou laryngés inférieurs, nés du pneumogastrique et de la branche interne du spinal, ont des rapports différents. Ainsi le nerf récurrent du côté droit naît au niveau de l’artère sous-clavière, qu’il embrasse en formant une courbure à concavité supérieure; il n’a pas de portion thoracique, et par conséquent il échappe le plus habituellement aux tumeurs du médiastin et aux anévrysmes aortiques. Le nerf récurrent du côté gauche, au contraire, a une portion thoracique qui est mesurée par la hauteur des deux premières vertèbres dorsales; il prend naissance à gauche du cordon fibreux, vestige de l’oblitération du canal artériel, il contourne la partie inférieure et postérieure de la crosse de l’aorte qu'il embrasse en formant une. courbure à concavité supérieure, c'est dire qu'il est exposé à recevoir le contre-coup des tumeurs du médiastin et en particulier des tumeurs aortiques.

Les nerfs récurrents émettent les branches suivantes (llirschfeld) :

a. Des branches cardiaques qui naissent de l’anse d’origine des nerfs récurrents et qui se rendent au plexus cardiaque, soit directement, soit par leur union aux

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branches cardiaques du grand sympathique et du pneumogastrique ;

b. Des branches œsophagiennes qui sont fournies en plus grande quantité par le récurrent gauche et qui se distribuent à toutes les tuniques des parties supérieures de l’œsophage. Les parties inférieures de ce conduit reçoivent leurs nerfs directement du pneumogastrique;

c. Des branches pharyngiennes destinées au muscle constricteur inférieur du pharynx ;

d. Des branches trachéennes qui naissent en partie du récurrent droit;

e. Après avoir traversé le constricteur inférieur du pharynx, les récurrents, par leurs branches terminales, se rendent à tous les muscles du larynx, moins les muscles crico-thyroïdiens, qui sont animés par la branche laryngée externe du nerf laryngé supérieur.

Les nerfs récurrents n’envoient que des fdets moteurs au larynx, tandis qu’ils envoient des filets nerveux mixtes à l’œsophage, au pharynx et à la trachée. Ces différents organes reçoivent, du reste, des nerfs spinal et pneumogastrique, une innervation directe et indirecte. L’innervation indirecte leur est transmise par l'intermédiaire des nerfs récurrents; leur innervation directe leur est donnée par des branches immédiatement émanées du spinal et du pneumogastrique.

Quant à savoir quelle part respective revient au spinal et au pneumogastrique dans les mouvements si compliqués de ces différents organes, de nombreux et mémorables travaux, dus aux physiologistes de notre pays (Cl. Bernard, Chauveau), ont permis de formuler les conclusions suivantes.

Le pneumogastrique est le nerf moteur de l’œsophage, soit par ses branches directes, soit par l’intermédiaire du nerf récurrent. Le pneumogastrique et le spinal entrent pour une part dans l'innervation du pharynx, le constricteur inférieur reçoit des fdets du pneumogastrique par l'intermédiaire du récurrent, et la partie supérieure du

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constricteur supérieur reçoit directement un rameau du spinal.

Parmi les muscles du larynx, les uns, et c’est le plus grand nombre, muscles constricteurs de la glotte et vocaux proprement dits, tirent leur innervation du nerf spinal par l’intermédiaire du récurrent ; les autres reçoivent leur innervation du pneumogastrique, ce sont les crico-thyroïdiens, muscles tenseurs des cordes vocales, qui reçoivent directement leur innervation du pneumogastrique par le nerf laryngé externe, et les thyro-aryténoïdiens postérieurs, muscles dilatateurs de la glotte, et par conséquent respiratoires, auxquels le pneumogastrique envoie ses filets par l’intermédiaire des récurrents.

Ces notions anatomiques étant posées, il nous sera facile de comprendre le mécanisme des symptômes énumérés plus haut dans le cas d’anévrysme aortique, type récurrent.

1° Les accès de dysphagie douloureuse, spasmes de l’œsophage (œsophagisme) et spasmes du pharynx (pharyngisme), s’expliquent facilement par l’excitation du nerf récurrent dont certaines branches se rendent à la partie supérieure de l’œsophage et au constricteur inférieur du pharynx. Ce sont bien là des symptômes d’excilalion, et non de paralysie, car la dysphagie due à la paralysie d’un nerf récurrent serait incomplète et provoquerait une gène continue, mais ne se traduirait pas par des accès paroxystiques et douloureux, accès qui sont le propre des spasmes musculaires.

2“ Les accès de suffocation et de strangulation, ainsi que les troubles de la voix, ont aussi leur explication dans l'excitation du nerf récurrent. Pendant longtemps on a mal interprété ces troubles dyspnéiques. Les auteurs qui les mettaient sous la dépendance du nerf récurrent étaient dans le vrai, mais ils étaient dans le faux en les rapportant à la paralysie du nerf et au relâchement consécutif des cordes vocales. C’est Krishabcr qui, en 1860, dans un mémoire « sur l’opportunité de la trachéotomie

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dans las anévrysmes de la crosse de l’aorte », a le premier donné, avec une merveilleuse sagacité, la véritable interprétation de ces accidents dyspnéiques1. Il faudrait citer tout entier ce mémoire de quelques pages, où l’auteur se révèle expérimentateur aussi habile que clinicien consommé.

Voici les faits, tels qu’ils ont été établis par Krishaber • Les accès de suffocation qui surviennent chez les gens atteints d’anévrysme aortique ne sont pas dus à une paralysie du nerf récurrent comme on l’avait supposé ; loin d’être paralysé, le nerf récurrent est excité par le voisinage de la poche anévrysmale ; loin d’être relâchés, les muscles du larynx sont contracturés à la suite de cette excitation ; la glotte, par conséquent, se trouve rétrécie spasmodiquement et la gêne de la respiration est due à ce rétrécissement. Cette assertion est confirmée par l’expérimentation et par l’examen laryngoscopique.

La section d’un nerf récurrent chez un animal adulte produit le relâchement de la corde vocale correspondante et la dysphonie, mais la respiration n’est en rien gênée. De même la paralysie d’un nerf récurrent chez l’homme produit le relâchement et l’immobilité de la corde vocale correspondante avec troubles vocaux, mais sans accès de suffocation. Cette paralysie du nerf récurrent s’observe quelquefois dans le cas d’anévrysme aortique, et M. Potain a publié une observation où la paralysie de la corde vocale, constatée au laryngoscope, permit de confirmer le diagnostic d’un anévrysme de l’aorte.

Lorsque, au contraire, on excite chez un animal les nerfs récurrents, les muscles intrinsèques du larynx entrent en action, et comme les muscles constricteurs l’emportent de beaucoup sur le muscle dilatateur qui est unique, la glotte se trouve rétrécie et l’animal suffoque. Le même phénomène se produit chez l’homme. Mais comment se fait-il que l’excitation d 'un seul nerf récurrent

1. Krishaber. Mémoires de la Société de biologie, 1876, p. 132.

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