‹ Manuel de pathologie interne (volume 5)Chapitre 70 sur 293 · Arch. de méd. expérimentale , 1890, p. 677 et · texte numérisé non relu

Arch. de méd. expérimentale , 1890, p. 677 et

rature oscillant entre 30 et 35 degrés. Sur agar ou sur sérum gélatinisé, il forme des colonies transparentes analogues à des gouttes de rosée.

Sa virulence s’atténue si rapidement, qu’en général elle a complètement disparu au cinquième jour dans les cultures laissées au contact de l’air.

Le pneumocoque détermine des effets pathologiques différents suivant les espèces inoculées. Chez la souris et le lapin, on observe peu de réaction au point d'inoculation, mais une infection généralisée sans autre lésion viscérale qu’une hypertrophie de la rate. Chez le rat, le mouton, le chien, animaux plus réfractaires, la réaction locale est très intense et l’inoculation intra-pulmonaire détermine une hépatisation caractéristique du poumon; le sang renferme peu de microbes1.

Chez l’homme, le microbe se trouve dans tous les produits pneumoniques, exsudât pneumonique, tissu pulmonaire hépatisé, exsudât fibrineux des bronches, ganglions du hile, inflammations fibrineuses de la plèvre, du péricarde, des méninges, végétations de l’endocardite pneumonique, rein, articulations, parotides.

Au cours de l'affection, on peut se procurer le pneumocoque en puisant dans le poumon une goutte d’exsudat par ponction capillaire antiseptique.

On peut trouver le pneumocoque dans le sang du pneumonique, mais cette infection sanguine coïncide presque toujours avec des pneumonies extrêmement graves.

Pour déceler le pneumocoque dans les crachats rouilles ou la salive, le procédé par coloration sur lamelles est incertain et le procédé par culture sur gélose est d'une application difficile. L’inoculation à la souris reste le moyen sûr et commode. Cet animal est le réactif par excellence du virus pneumonique. Sa sensibilité est telle

1. Gamaléia. Annales de l’Institut Pasteur, 1SSS, p. -MO. — Netter. Avcli. de physiologie, août 188G.

MALADIES DU POUMON

que la mort survient par infection généralisée. Vingtquatre heures environ après l’inoculation des crachats et à l’autopsie, on trouve, le pneumocoque, à l’état de pureté, dans le sang et dans les organes.

La toxine sécrétée par le pneumocoque a été isolée par Klemperer.

Nous verrons plus loin quel rôle est dévolu au pneumocoque dans la pathogénie de la pneumonie.

Description. — Dans la proportion de 23 pour 100 la pneumonie lobaire est précédée de prodromes 1 2 : fatigue, courbature, céphalalgie, épistaxis, trachéite, insomnie, mouvement fébrile, ces prodromes pouvant durer un ou deux jours. Plus souvent, la pneumonie s’annonce brusquement par un frisson unique, aussi prolongé que le frisson d'un accès intermittent, et accompagné d’une élévation de température qui, dans l’aisselle, atteint et dépasse 59 degrés. Cette invasion est parfois accompagnée de vomissements.

Vers la fin du premier jour, quelquefois plus tôt, ou au commencement du second, apparaissent la douleur, la louxe t la dyspnée. Le malade se plaint d’un point de côté'1 au niveau du mamelon ; ce point de côté est exaspéré par les mouvements respiratoires et par les saccades de la toux. Dans quelques cas la douleur est abdominale, susépineuse, elle peut même siéger du côté opposé à la pneumonie. L'oppression apparaît dès le début de la maladie. La toux, quinteuse et très pénible, est sèche d’abord,

1. La coloration de l’une ou des deux pommettes, jointe à une sensation de chaleur, précède quelquefois le frisson de plusieurs heures (Cubler. Union méil., 1837). M. Jaccoud a eu l’occasion d’observer sur lui-mèine ce phénomène (Jaccoud. Cours de cliniq. médicale, 1867, p. 30).

2. La douleur peut siéger dans tous les points du thorax et même dans l’abdomen; on se demande si elle part du poumon ou de la plèvre, si elle est duc à une névrite, à une névralgie intercostale. Toutes ces interprétations ont été admises; M. Peter, comme Beau, admet une névropathie intercostale (Lepons déclin. méd., t. I, p 423).

MALADIES DE L'APPAREIL RESPIRATOIRE

mais dès le second jour, ou dans le courant du troisième, le malade rend des crachats teintés de sang, ambrés, rouillés, aérés, visqueux, adhérents au vase, pathognomoniques, en un mot, de la pneumonie lobaire aiguë. Ces crachats, d’abord ambrés, de la couleur du sucre d’orge, de la marmelade d'abricots, puis rouillés, deviennent, les jours suivants, d’un rouge brique; ils représentent exactement l’exsudât pneumonique : on y retrouve des globules blancs et rouges, des cellules d’épithélium entourées de fibrine coagulée, et quelques filaments fibrineux venant des petites bronches. Les crachats pneumoniques sont riches en mucus et en chlorures; c’est leur constitution muqueuse qui les rend transparents et gélatineux. Dans les crachats, on retrouve en abondance les microcoques ellipliques, en grain de blé, encapsulés.

La pneumonie n’est pas une maladie anémiante, le nombre des globules rouges diminue peu, et les globules blancs, dont le nombre augmente les premiers jours, reviennent vite à leur état normal (Hayem, Grancher).

La percussion de la région envahie dénote tantôt une submalilé, tantôt, d’après M. Jaccoud, un son tympanique passager1; et l’auscultation révèle le plus sec, le plus fin de tous les râles, le râle crépitant 2, qui éclate par bouf-

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