Jaccoud. Patli. int ., t. I, p. 9SS
MALADIES DU POUMON
se fait dans le parenchyme même du poumon, c’csi-ù-dire dans les cavités alvéolaires (domaine des vaisseaux pulmonaires) prend le nom de pneumorrhagie. Quant au mot apoplexie pulmonaire, qui servait, et qui sert encore par abus de langage, à désigner l’hémorrhagie du poumon, on devrait l'abandonner, comme un terme à la lois impropre et vicieux1. Le crachement de sang consécutif aux hémorrhagies broncho-pulmonaires, l’ hémoptysie•, n’est qu'un symptôme qui sert à désigner le rejet du sang venant des voies respiratoires, comme l'hématéinèse désigne le vomissement de sang venant de l’estomac.
Étiologie. — Les hémorrhagies bronchiques ( bronchor rhagie) sont habituellement causées par une fluxion sanguine (ell'orts, refroidissement, hystérie); elles sont parfois supplémentaires d’un flux ou d’une hémorrhagie habituelle (menstruation, hémorrhoïdes); elles sont très souvent associées à la tuberculose pulmonaire. Suivant le cas, les hémoptysies tuberculeuses devancent ou accompagnent l'éclosion des tubercules; elles sont souvent dues à la rupture de petits anévrysmes dans les cavernes. Les hémorrhagies bronchiques sont quelquefois associées à l’eclasie des artérioles qui accompagne la dilatation des bronches. On les attribue à une dystrophie des capillaires, dans l’hémophilie et dans le purpura.
Les hémorrhagies pulmonaires (pneumorrhagie) sont souvent passives (stase sanguine); elles ont pour causes principales les maladies du cœur (surlout les lésions mitrales). Le processus de la pneumorrhagie dans lesalfec-
1. Le mot apoplexie pulmonaire Dit créé par Latour en 1813 et adopté par Laënnec; cet abus de langage était dû à Itochoux qui, dans ses travaux sur l’hémorrhagie cérébrale, avait détourné le terme apoplexie de son vrai sens, et en avait fait le synonyme d'hémorrhagie. Plusieurs auteurs ont réagi contre cette dénomination vicieuse: Gendrin, en créant le mot de pneumo-hcmorrhaijie, et Trousseau, en nommant cette lésion infiltration sanguine.
MALADIES DE L'APPAREIL RESPIRATOIRE
l ions du cœur a été diversement interprété1 : les uns invoquent la gène mécanique apportée à la circulation pulmonaire par les lésions de l'orifice mitral; les autres ajoutent à cette cause l’hypertrophie fréquente du ventricule droit et l’altération des capillaires du poumon. Une théorie plus récente attribue l’hémorrhagie à une embolie (Gerhardt) qui, partie des coagulations de l'oreillette droite, arrive dans les petites ramifications de l'artère pulmonaire, et provoque, à la façon des embolies capillaires, un infarctus hémorrhagique2 décrit à l’un des chapitres précédents
Les fièvres éruptives (variole noire), l’ictère grave, etc., provoquent des hémorrhagies qui paraissent unies à la lois à l’altération des capillaires et à un état pathologique du sang, nommé, faute de mieux, état de dissolution. Les causes des hémorrhagies pulmonaires associées au mal de Bright sont mal connues.
Chez les enfants nouveau-nés, on observe des hémorrhagies pulmonaires, le plus souvent liées au sclérème (Hervieux)*.
Dans certains cas, il est difficile de dissocier les causes qui appartiennent à l’une ou à l'autre hémorrhagie; telles sont les hémoptysies consécutives à la lithiase bronchopulmonaire, à la syphilis, aux hydatides du poumon, à la gangrène pulmonaire, au cancer
Anatomie pathologique. — Les altérations de l'hémorrhagie bronchique sont superficielles, la muqueuse des bronches est anémiée, ou congestionnée, avec ou sans coagulations sanguines dans les ramification bronchiques.
Les lésions de l’hémorrhagie pulmonaire sont autrement importantes : si l’hémorrhagie, ce qui est rare, se fait par effraction, le sang déchire le parenchyme du pou-
1. On ne peut pas accuser ici les altérations atliéromalcuses, car elles sont extrêmement rares dans les vaisseaux pulmonaires (Rokilansky).
2. Duguct. De l'apoplexie pulmonaire, thèse d’agrégat ion, Paris, 1872. 5. Gazelle médicale de Paris, 1SJ3, p. 577.
MALADIES DU POUMON'
mon, il se réunit en foyer diffus comme dans le cerveau, et peut faire irruption dans la cavité pleurale (Gendrin, Gueneau de Bussy)1.
Mais a’habitude, l’hémorrhagie procède autrement : le sang s’infiltre dans les alvéoles et dans le parenchyme sans trop le détruire, cette infiltration sanguine se fait par noyaux (infarctus hémorrhagiques de Laënnec), dont la forme conique, à base périphérique, à sommet dirigé vers le centre, rappelle la distribution des bronches et des vaisseaux. Ces infarctus hémoptoïques, variables comme volume et comme nombre, sont nettement circonscrits, et siègent de préférence dans la profondeur du poumon et aux lobes inférieurs. La coupe de ces noyaux est noirâtre ; elle est granuleuse comme l’hépatisation de la pneumonie, à cause des coagulations fibrineuses qui mettent en relief les infundibula. Les bronches et les vaisseaux pulmonaires du territoire qui avoisine l’infarctus sont oblitérés par des caillots2. Le noyau hémoptoïque peut subir ou provoquer les modifications suivantes : il s’indure et conserve sa pigmentation; il passe à la dégénérescence graisseuse ; il détermine à sa périphérie une pneumonie secondaire; il provoque une gangrène limitée ; quand il est sous-jacent à la plèvre, il devient cause de pleurésie partielle.
Symptômes. — L’hémorrhagie bronchique a pour symptôme dominant Y hémoptysie-, quand l’hémorrhagie est violente, le sang est rendu à flots par le nez et par la bouche (expuition), il peut même êlre refoulé dans l’estomac, d’où il sera rejeté sous forme d'hématémèse. Mais habituellement l’hémoptysie est plus modérée, et le malade rend en toussant un sang vermeil, spumeux, prenant dans le crachoir l’aspect « de l’écume qui se pro-