Tuffier, Traité de chirurgie
les téguments et qui a valu à la maladie la dénomination de bronzed disease, sous laquelle le docteur Addison Ta désignée en 18551. »
Description. — La maladie bronzée d'Addison est caractérisée, quand elle est au complet, par une asthénie profonde et particulière, par une coloration bronzée des téguments, par des symptômes douloureux et par des troubles gastro-intestinaux.
Asthénie addisonienne. — V asthénie qui débute avec la maladie, et qui en est habituellement le premier symptôme, a vraiment une physionomie spéciale. Elle est caractérisée par une extrême lassitude, par une fatigue musculaire qui rend impossible tout effort et tout travail, et cette asthénie, à ses débuts, présente ce caractère particulier « de n'être accompagnée, quand la maladie est primitive et isolée, ni d'albuminurie, ni d'hémorrhagies, ni de leucocytose, ni même de diarrhée habituelle » (Jaccoud2). Cette asthénie diffère donc singulièrement des asthénies cachectiques.
Un de mes malades me répétait à chaque instant : « Je suis brisé ; mes forces m'abandonnent ; je suis incapable du moindre effort. » Il est certain que l'addisonien a conscience de l'épuisement de ses forces musculaires; bien entendu, il ne peut plus être question, pour lui, d'exercice ou d'équitation, il ne peut marcher, il ne peut faire quelques pas sans être exténué; à une période plus avancée de sa maladie, le mouvement lui fait horreur; parler le fatigue, manger le fatigue ; il se couche pour n'avoir pas de mouvements à faire ; c'est à peine s'il aurait la force de rester debout sur ses jambes; ce n'est pas qu'il soit paralysé, car il n'y a point de paralysie; mais son système musculaire devient incapable d'un effort, même léger, tant soit peu soutenu. On peut s'en convaincre au moyen du dynamomètre; à supposer que, dans un premier effort, le malade puisse donner 20 kilos au dynamomètre, à un deuxième ou
i. Trousseau. Clinique médicale de Vllôtel-ïïicu, t. III, p. 542. 2. Jaccoud. Notes à la Clinique de Graves, art. Maladie bromre. Diot. d$ méd. et de chir., t. V, et Pathol. interne, t. III, p. 927.
à un troisième effort, il ne pourra plus donner que 10 kilos ou 5 kilos, a un quatrième ou à un cinquième effort il ne donnera presque plus rien ; sa force musculaire est déjà épuisée1. Un de mes malades, dans un effort de traction, donnait facilement une force de 40 kilogrammes; mais au cinquième ou sixième effort, il ne donnait plus que 10 et 5 kilogrammes. Ce rapide épuisement musculaire a été enregistré dans les plus minutieux détails au moyen de l'ergographe de Mosso2. Plusieurs de ces tracés sont consignés dans la thèse de Dupaigne; ils enregistrent non seulement le « travail qni a produit la fatigue, mais aussi la rapidité et la forme de cette fatigue3 ».
Cette asthénie musculaire addisonienne est due à la suppression de la fonction des capsules surrénales. Les animaux à qui on enlève complètement les capsules surrénales s'intoxiquent, eux aussi, par leur travail mécanique, leurs muscles sont de moins en moins capables d'efforts, mais il suffit de leur injecter du suc de capsule surrénale, pour détruire en partie les toxines musculaires et pour supprimer momentanément l'épuisement musculaire (Langlois).
Douleurs. — Les douleurs addisoniennes siègent à l'épigastre, aux lombes, à la région des reins, à l'hypochondre, aux membres, aux muscles, aux jointures. Elles acquièrent parfois une vive intensité; elles sont lancinantes et irradient jusque dans les aines en suivant les petits rameaux du plexus ovarique ou spermatique4; elles sont gastralgiques et simulent les crises gastriques du tabès avec ou sans vomissements5; elles se fixent à la région des reins et simulent le lumbago ; elles déterminent une hyperesthésie de tout le ventre et donnent l'idée d'une péritonite (Wurtz) ; elles envahissent les muscles et les jointures à la façon