Carnot. Opothérapie. Paris
sanlaient en lui disant qu'il se lavait sans doute avec de la réglisse.
Il s'agissait donc d'une maladie d'Addison ; restait à connaître la nature de la lésion des capsules surrénales. Comme la fosse sous-épineuse gauche présentait quelques signes de tuberculose commençante, il était évident que cet homme avait ses capsules surrénales envahies par la tuberculose. Je fais pratiquer tous les deux jours une injection de 1 centimètre cube d'extrait glycérine surrénal préparé par mon ancien interne Caussade, Rapidement les symptômes s'amendent, les vomissements, les douleurs, la diarrhée disparaissent, l'appétit est excellent et l'asthénie musculaire disparait à ce point, que le malade, qui les premiers jours de son séjour à l'hôpital ne pouvait quitter son lit, aide maintenant le personnel de la salle et cire le parquet. Il demande à quitter l'hôpital, Il revient trois mois après dans un état de faiblesse et d'asthénie musculaire encore plus accusé que la première fois; en le voyant passer étendu sur son brancard, il donne l'idée d'un typhique à la dernière période; vomissements, diarrhée, douleurs, tous les symptômes ont reparu, la teinte bronzée s'est accrue et l'amaigrissement est tel, que le malade ne pèse plus que 50 kilos. Les signes de tuberculose pulmonaire ne se sont pas modifiés, des bacilles existent dans les crachats. Je prescris alors de nouveau les injections de suc de capsules surrénales, et devant des menaces de lymphangite, je remplace les injections par des capsules d'extrait surrénal, préparées par Berlioz, chaque capsule contenant 10 centigrammes de glande surrénale desséchée. On donne quatre capsules par jour. L'amélioration est plus rapide encore que la première fois ; tous les symptômes cessent en peu de jours, le malade engraisse à vue d'œil, il augmente de 8 kilos en un mois.
Il sort de nouveau de l'hôpital et reprend son travail, mais il est obligé de revenir le 5 décembre, éprouvant les mêmes symptômes, la même faiblesse, ayant de nouveau maigri et ne pesant plus que 53 kilos. Pour la troisième fois le traitement auquel on associe de grandes doses d'huile de foie
de morue, fait disparaître tous les symptômes (moins la mélanodermie), et le malade, deux mois et demi plus tard, ayant repris ses forces, pesait Gl kilos: les lésious pulmonaires s'étaient elles-mêmes amendées, l'expectoration était presque nulle et ne contenait plus de bacilles.
Pech, médecin aide-major à Sidi-bcl-Abbès, m'a envoyé l'observation d'un addisonien à une période fort avancée, qu'il a traité par des capsules surrénales de bœuf préparées en brochette et rôlies sur le gril. Après quelques jours de cette alimentation, l'amélioration du sujet a été surprenante, « il a éprouvé une sensation de force et de bien-être, les vomissements n'ont pas reparu et, ce qui frappe le plus les autres malades et les personnes du service, c'est que la peau de cet homme perd sa coloration bronzée. Il monte les csca'iers et se promène au jardin, lui qui était incapable de faire le moindre mouvement; il mange avec voracité, et sans vomir, alors qu'il était en proie a des vomissements incoercibles ». Les photographies jointes à cette observation témoignent de cette étonnante résurrection.
Malheureusement, les améliorations obtenues par l'opothérapie surrénale ne sont pas de longue durée; du moins nous ne sommes pas encore définitivement fixés sur la valeur de la médication. Toutefois, dans une observation de M. Béclère, la pigmentation avait disparu, la force dynamomètrique était remontée dans des proportions inespérées et la guérison se maintenait encore trois ans après. Quel que soit l'avenir réservé à l'opothérapie chez les adelisoniens, il n'en est pas moins vrai que la médication dont je viens déparier a donné d'incontestables résultats. Je propose donc, dans les cas de maladie d'Addison à forme fruste, d'éclairer le diagnostic par la médication en question; on donne au malade des capsules surrénales, préparées en brochette ou sur le gril; ou bien on pratique des injections sous-cutanées d'extrait glycérine de capsules, et si l'on parvient à modilier en quelques jours l'état asthénique du malade, c'est une raison de plus pour formuler le diagnostic de maladie d'Addison, *
Certes, il ne faut pas s'empresser de porter sur ce traitement une opinion trop favorable; il faut tenir compte des conditions hygiéniques et du repos absolu, qui sont dans la thérapeutique addisonnienne un si précieux auxiliaire; mais il me paraît indéniable que l'ingestion d'extrait surrénal est, dans certaines formes d'intoxication addisoniennes, un moyen auquel il faut avoir recours. Je ne conseille pas de faire usage des injections sous-cutanées, car les extraits glycérines, même aseptiques, ont d'après Caussade, une action nécrosante sur les tissus. Je recommande soit la pulpe fraîche de capsules surrénales, soit les capsules d'extrait desséché. Les capsules surrénales des jeunes veaux sont les meilleures (Pettit); elles sont préférables, pour plusieurs raisons, aux capsules surrénales des autres animaux.
§ 2. INSUFFISANCE DES CAPSULES SURRÉNALES HÉMORRHAGIES — SURRÉNALITES
Le rôle des glandes surrénales dans l'économie est si important que toute altération du fonctionnement capsulaire peut entraîner l'apparition d'un certain nombre de troubles d'ordre toxique dont l'ensemble constitue un véritable syndrome d'insuffisance surrénale 4.
Les différents éléments de ce syndrome sont l'asthénie, l'hypotension artérielle, les vomissements, la diarrhée, les phénomènes cérébraux, les douleurs abdominales2.
On les retrouve dans presque toutes les lésions capsulaires, plus ou moins accentuées, mais ils n'apparaissent pas toujours avec la même brusquerie.
Tantôt l'insuffisance surrénale se manifeste brutalement, en quelques jours ou en quelques heures : c'est l'insuffisance aiguë fort analogue à celle que détermine l'ablation ou la destruction brusque des deux glanges de l'animal3.
1. Sergent et Bernard. Congrès international de médecine de 1900,