‹ Manuel de pathologie interneChapitre 123 sur 404 · Krishaber. Gaz. hebd., 1898, n° IL · texte numérisé non relu

Krishaber. Gaz. hebd., 1898, n° IL

2. Fournier. Leçons sur la période prxataxique du tabès dongm

moins maître de ses mouvements, on constate chez lui des troubles de la station : si on lui demande de se tenir immobile, debout, les pieds rapprochés, les yeux fermés, il est pris d'oscillations et une chute pourrait en être la conséT quence (signe de Romberg). Le tabétique se tient difficilement sur>un pied, il tourne avec difficulté sur lui-même et il perd facilement l'équilibre. S'il est couché dans son lit et si on le prie de croiser une jambe sur l'autre, il lance sa jambe brusquement et sans mesure, car il ne peut plus diriger la force, la direction et Y étendue du mouvement. Chez l'ataxique, le mouvement dépasse le but ou ne l'atteint pas : aussi, quand il marche, le malade a-t-il continuellement les yeux fixés sur ses pieds, dont il règle la direction, ce qui explique pourquoi l'incoordination est plus accusée dans l'obscurité, ou lorsqu'on fait marcher le malade les yeux fermés. Plus tard, la marche devient difficile et désordonnée, le sujet ne peut plus faire un pas sans le secours d'une canne ou d'un appui, il lance follement ses jambes en avant et en dehors et frappe le sol avec le talon jusqu'au jour où le mal fait de tels progrès que la marche et la station debout deviennent impossibles. Brissaud a attiré l'attention sur l'impossibilité où se trouvent ces malades de se tenir dans l'attitude de la demi-génuflexion. Le dérobement subit des jambes, que redoutent les tabétiques, et qui les surprend inopinément, les contraint à raidir les jambes dans la station et dans la marche. Avant les travaux de Duchenne, on prenait ces malades-là pour des paraplégiques, mais il n'est pas question ici de paralysie, ou du moins les symptômes paralytiques sont secondaires et tardifs1 ; qu'on essaye de plier ou d'étendre la jambe d'un ataxique, et Ton verra quelle force de résistance il est capable d'opposer ; l'intégrité de la force musculaire est à peu près et longtemps conservée chez lui ; ce qui fait défaut, c'est la coordination de cette force musculaire.

1. Nous verrons au chapitre des scléroses combinées quelle est la signification des paraplégies dans le tabès.

Quant l'ataxie atteint les membres supérieurs, ce qui est habituellement rare et tardif, elle y produit des désordres qui sont en rapport avec les usages de la main ; s'agit-il de se raser, de faire un nœuf, de prendre entre les doigts un objet un peu fin, le tabétique est maladroit et son mode de préhension est assez caractéristique.

A cette période, et même plus tôt, les sensibilités sont altérées ; les sensations de toucUer. de douleur, de chatouillement, 'sont diminuées, abolies ou perverties, la sensibilité au froid est seule exagérée. De plus, on observe un retard dans la perception de la sensibilité : ainsi, tel malade à qui l'on pique le pied ou la jambe ne perçoit la piqûre que trois, quatre, cinq secondes plus tard.

Le sens stéréognostique, c'est-à-dire la faculté de reconnaître les objets à la palpation d'après leur relief, peut être diminué ou aboli. L'anesthésie n'est pas limitée à la peau, elle atteint aussi les muqueuses, notamment celle du larynx et tout l'appareil locomoteur, muscles, tendons, articulations1. A l'état normal, une sensibilité, une tactilité profonde, nous rend compte de l'effort de nos muscles moins par la sensation delà contraction (sens-musculaire de Ch. Bell, sentiment de l'activité musculaire de Gerdv), que par la mesure des résistances opposées à cet effort par les tendons, les ligaments, les surfaces articulaires et les téguments. En fait, Trousseau le premier a établi une distinction importante « entre la conscience du mouvement accompli et la conscience de la contraction musculaire qui accomplit le mouvement2 ». Trousseau ne nie aucunement la sensibilité que le muscle possède, comme tous les tissus vivants, mais il nie le sentiment d'activité

1 Ces appréciations de la force musculaire sont faciles a constater au dynamomètre. M. Jaccoud emploie un autre système : il suspend aux pieds Jun malade couché dans son lit des sacs dont le po.ds es connu, et tandis Inhomme sain, en soulevant ces poids avec le pied, différence parfaitement un écart de 100 à 150 grammes, rataxique,jm contraire, méconnaît des différences de 1000 à 5000 grammes.

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