Mairet. Épilepsie procursive. Rev. de méd., février
Les rapports de l'épilepsie avec l'aliénation mentale sont des plus importants à connaître au point de vue médicolégal. Les troubles intellectuels peuvent se manifester soit pendant l'attaque d'épilepsie, à titre d'épiphénomène, soit en dehors des attaques et d'une façon indépendante. Généralement, l'épileptique est irritable, colère, morose; souvent il est enclin aux mauvais instincts, parlois il est sujet à un véritable délire. Le caractère du délire épileptique est d'être essentiellement impulsif et instantané (F air et1); son invasion est beaucoup plus rapide que celle des autres variétés delà manie, et il cesse aussi brusquement qu'il a éclaté. Sous l'influence d'impulsions irrésistibles, le malade, pris de délire épileptique, quitte son domicile et marche au hasard; il se croit persécuté, il a des hallucinations terrifiantes, et de la manière la plus inattendue et la plus subite il se livre au suicide, à l'homicide, au vol, à l'incendie, n'ayant presque plus, quand il revient à lui-même, le souvenir de ce qui s'est passé. Ces accès de manie peuvent durer quelques heures ou quelques jours, et ils revêtent comme intensité une foule d'intermédiaires, depuis l'obscurcissement passager de l'intelligence jusqu'à l'agitation la plus furieuse. En pareil cas, la responsabilité de l'individu est absolument dégagée, et c'est l'affaire du médecin légiste de résoudre ce problème souvent difficile. Le petit mal, aussi bien que le grand mal, peut conduire à la marne épileptique.
Étiologie. — L'épilepsie vraie, idiopathique, est souvent héréditaire, les parents étant eux-mêmes épileptiques ou étant atteints de paralysie générale, d'aliénation, d'hystérie, de tabès. L'épilepsie apparaît plus fréquemment vers l'âge de la puberté et de l'adolescence; passé vingt ans, il est bien rare qu'elle se déclare; la frayeur, les impressions morales vives, les excès alcooliques, l'onanisme, seraient, suivant certains auteurs, les causes déterminantes les plus habituelles. On a incriminé une malformation congéni-
1. Falrel. De l'état mental des épileptiques. Arch. gén. de méd., 1860 et 1861. — Voisin. Art. du Dictionn. de méd. et de chir. prat.
taie de la boîte crânienne; Lasègue a soutenu une théorie analogue en signalant les rapports de l'épilepsie avec l'asymétrie faciale1. Cette asymétrie faciale serait le reliquat d'un vice de conformation ou d'une consolidation vicieuse des os de la base du crâne.
La cause déterminante de l'accès d'épilepsie paraît siéger dans l'excitation anormale du bulbe (Schrôder van der Kolk). Primitive ou réflexe, cette excitation et les irradiations cérébrales qui l'accompagnent expliquent jusqu'à un certain point les convulsions, la perte de connaissance et v la pâleur initiale de la face (contraction spasmodique des ■vaisseaux de la pie-mère et de la face2).
D'après Chaslin, l'épilepsie serait liée à des altérations cérébrales plus ou moins appréciables; voici la description de ces lésions concernant les cerveaux de plusieurs épileptiques : « Sur les trois premiers cerveaux, il y avait des lésions visibles à l'œil nu. Les méninges n'étaient pas adhérentes ni notablement altérées; les circonvolutions, qui par places paraissaient complètement normales, par places étaient réduites de dimension, dures au toucher comme du cartilage, quelques-unes chagrinées, d'autres lisses. Les cornes d'Ammon et le bulbe étaient aussi atteints à un degré plus ou moins marqué3. )) L'examen microscopique a démontré à Chaslin l'existence d'une sclérose névroglique ou gliose qui est pour lui le résultat d'un processus héréditaire.
Diagnostic. — Nous ferons, à l'un des chapitres suivants, le diagnostic de l'épilepsie avec la grande hystérie. Il faut bien se garder de confondre l'épilepsie vraie avec les états