Sainton. Gaz. des hôp.y V janv
névroses: 877
fi y. R£VROPÀTHIE CÉRÉBRO CARDIAQUE MALADIE DE KRISHABER
Description. — Sous ie nom de névropalhie cérébro-cardiaquei, Krishabeï a fait connaître une névrose dont les caractères sont si accusés et les symptômes si constants, que je n'hésite pas, à son exemple, à considérer la névropathie cérébro-cardiaque comme une entité morbide, n'ayant avec les autres états nerveux décrits sous le nom de nervosisme (Bouchut), d'irritation spinale (Brown), de neurasthénie, que des analogies plus ou moins éloignées.
Le début de la névropathie cérébro-cardiaque est lent ou rapide, et la lenteur du début est généralement un indice favorable de bénignité.
Le début rapide est le plus rare. La maladie survient presque sans prodromes, comme une attaque; le sujet a une sensation de vide cérébral extrêmement pénible; il se plaint de vertiges, d'insomnie, de cauchemars, de photo psie, de palpitations, d'angoisse de poitrine: il est sous le coup de lipothymies et de syncope.
Ces mêmes accidents, au lieu d'être brusques dans leur apparition, surviennent graduellement dans la forme lente de la névropathie, ils se succèdent et se remplacent jusqu'à ce que la maladie soit entièrement constituée.
Que les accidents soient soudains ou lents dans leur apparition, il arrive un moment où la description des deux formes de la maladie peut être confondue. Le vertige est un des symptômes du début, et c'est aussi l'un des plus tenaces : il dure des mois et des années. Les organes des sens sont atteints, et en première ligne la vue et l'ouïe, qui acquièrent une sensibilité extrême; une lumière un peu vive est intolérable, l'ouïe est exaltée au point que le plus lé0cr bruit
1. Krishaber. De la névropathie cérébro-cardiaque. Paris, 1873. Article Névrop. cérébro-car»., du Uict. encyclop.
devient une vraie douleur, la sensibilité tactile est accrue.
Le malade vit au milieu de sensations de vide, de rêve ou d'ivresse; l'aspect du monde extérieur lui paraît changé, sa propre voix lui est étrangère; il se trouve lui-même si modifié, qu'il se reconnaît à peine, et volontiers il se prendrait pour un autre individu, si la raison, qui finit toujours par avoir le dessus, ne rectifiait les aberrations de ses sens. // n'y a jamais d'aliénation, le malade se rend compte que « ses sens seuls sont pervertis et lui donnent des notions inexactes sur le monde extérieur » (Krishaber).
Les troubles cardiaques consistent en palpitations, angine de poitrine, lipothymies, syncopes, ils sont souvent accompagnés de sensations de strangulation.
Les névralgies sont multiples, névralgies de la tête, de la face, de l'oreille, névralgie sciatique.
L'insomnie est un des symptômes les plus douloureux de la forme grave; le malade ne peut goûter un instant de repos, et s'il s'endort, c'est pour être aussitôt réveillé par des cauchemars accompagnés d'angoisse et de palpitations. La durée de la névropathie cérébro-cardiaque varie de quelques mois à plusieurs années. Elle guérit presque sûrement; elle n'aboutit jamais à l'aliénation mentale, mais la nature et la ténacité des symptômes en font une maladie douloureuse et cruelle. Elle est provoquée par tous les excès, surtout quand ces excès (travaux, veilles, plaisirs) rencontrent une organisation prédisposée. La cause prochaine des accidents paraît due à une anémie cérébrale, provoquée elle-même par une contracture permanente des vaisseaux de l'encéphale (Expériences de Krishaber).
Diagnostic. — Là névropathie cérébro-cardiaque diffère des états nerveux désignés sous les noms de névralgie générale, irritation spinale, nervosisme.
Dans la névralgie générale (Valleix), le phénomène principal est une douleur disséminée à presque toute la surface du corps; à cet état douloureux se joignent des névralgies qui seront décrites avec les névralgies de chaque nerf en particulier. Des éblouissements, des étourdissements, u»
état plus ou moins accentué de faiblesse, de tristesse, de découragement, complètent le tableau de cet état nerveux. L'irritation spinale1 est caractérisée par un état nerveux général dans lequel la rachialgie prend une importance dominante. Cette rachialgie, qui est plus accusée, suivant le cas, aux régions cervicale, dorsale ou lombaire, est accompagnée de faiblesse musculaire, de faiblesse excitable, de spermatorrhée, d'hypochondrie. Cet état nerveux serait dû, d'après Hammond, à une anémie des cordons postérieurs de la moelle2.