Art. Chorée du Nouv. Dict. de méd. et de chir
Les muscles de la langue, du larynx et du pharynx participent àd'incoordination musculaire; il en résulte une sorte de bégayement et d'aboiement ; la mastication et la déglutition sont difficiles, la parole est entrecoupée. L'agitation est incessante, que le malade soit assis ou couché, qu'il veuille ou non exécuter des mouvements : c'est une folie musculaire (Bouillaud), et malgré ces mouvements continuels, le malade est peu fatigué.
Tout mouvement volontaire exagère la chorée; néanmoins le but finit toujours par être atteint; ainsi le malade arrive à porter un verre d'eau à sa bouche, mais c'est après a mille gestes et mille contorsions » (Sydenham) qui n'ont aucun rapport avec le but à atteindre. Quand la chorée est violente, le sommeil est impossible; quand elle est de moyenne intensité, l'agitation cesse pendant le sommeil, à la condition toutefois qu'il n'y ait pas de rêves (Marshall- Hall).
La force musculaire diminue pendant la maladie et reparaît aussitôt. Dans quelques cas, les troubles parétiques ou paralytiques sont dominants, les mouvements choréiques sont relégués au second plan, et même, sans un examen attentif, pourraient passer inaperçus. Cette variété a reçu le nom de chorée molle1. La parésie, parfois limitée à un bras, aune jambe, peut se généraliser ; elle peut envahir les muscles des membres supérieurs et inférieurs, les muscles de la nuque et du cou, les muscles de la mastication, de la déglutition et de la phonation; le malade, immobile dans son lit, est incapable de faire le moindre mouvement. Les réflexes tendineux sont généralement conservés; on ne constate ni atrophie musculaire ni perte de la sensibilité. Tantôt la chorée molle guérit directement, tantôt elle aboutit à la chorée vulgaire.
La chorée est parfois accompagnée d'anesthésie ou d'hyperesthésie; l'hémianesthésie est fréquente dans l'hémichorée symptomatique d'une lésion cérébrale. Chez les femmes,
1. Ollive. Des paralysies chez les ohoréiques. Th. de Paris, 1883.
la chorée est souvent associée à la chloro-anémie et à des troubles dyspeptiques (gastralgie, constipation):
Les désordres psychiques sont fréquents. D'une façon générale, on peut dire que les facultés intellectuelles sont plus ou moins effleurées chez la plupart des choréiques. Cet état mental des choréiques a été fort bien étudié par un grand nombre d'auteurs (Trousseau, Marcé, Bail). Raymond et Joflroy1 l'ont envisagé sous toutes ses faces. Chez le choréique, les troubles psychiques sont variables, depuis les symptômes les plus légers jusqu'aux manifestations mentales les plus accusées et les plus graves. Il est fréquent de voir des enfants dont le caractère se modifie plusieurs semaines avant l'apparition de la chorée. Ces enfants deviennent irascibles, volontaires, désobéissants, paresseux, taciturnes, émotifs. Tel enfant qui était studieux, travailleur, devient distrait et tombe au dernier rang de sa classe; tel autre s'émeut d'un rien, et pleure sans motif; celui-ci, tendre et affectueux pour les siens, devient indiffèrent à tout ce qui l'entoure; l'un perd la mémoire et ne retient plus ses leçons; l'autre est agité, remuant, excité; son sommeil est troublé par des rêves et des cauchemars! On en voit dont la figure prend un air hébété, l'œil devient hagard, les facultés intellectuelles subissent une réelle dépression. Certains choréiques ont des troubles de la parole, qui relèvent de la chorée proprement dite (bégayement, incoordination de la langue et des lèvres); d'autres ont une sorte de mutisme qui relève d'une véritable paresse intellectuelle.
Marcé avait fort bien décrit cet état intellectuel des choréiques : « Chez la plupart des choréiques, dit-il, se rencontre cette mobilité nerveuse qui accompagne toutes les névroses; les sujets sont impressionnables, faciles à émouvoir, leur sommeil est léger, ils ont des vertiges, des étouf lements et quelques autres symptômes hystériformes.... On
1. Joflroy. Folie cJnréique, leçon consignée dans b thèse de Breton ■ Liai mental dans la chorée. Pari*, 1893, p. 72.
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peut observer, surtout chez les enfants, tantôt une gaîté insolite, un rire niais qui surviennent à propos fies causes les plus futiles; tantôt de la tristesse, de rabattement, delà tendance aux pleurs, ou bien encore d'incessantes alternatives d'excitation et de dépression. En même temps le caractère s'altère; les enfants les plus souples, les plus dociles, deviennent irascibles, impatients, disputeurs; ils mentent à tout propos et frappent ceux qui les approchent. Les adultes subissent, mais à an moindre degré, ces diverses îrausformations : on les voit devenir extravagants, bizarres dans leurs allures, incapables de supporter la moindre contradiction1. )) Nous verrons au chapitre suivant, à propos des chorées mortelles, l'importance que prend Y état mental des choréiques.
Durée. Complications. — La chorée du jeune âge gu'at après une durée moyenne de deux à trois mois; sou-ent elle laisse après elle des tics, des tressaillements inv ,lonf aires, et, de plus, elle est sujette à des récidives* qui éclatent au sujet d'une émotion, aux approches de la puberté ou à l'occasion d'une grossesse. On voit quelquefois une maladie fébrile intercurrente (pneumonie, fièvre éruptive) modifier ou suspendre la chorée (febris acccdens spasmos solvil).
La danse de Saint-Guy a ses complications. Certains malades ont une telle agitation qu'ils sont forcés de garder le lit, et dans leurs mouvements incessants ils usent littéralement leur peau : il en résulte des écorchures, des ulcérations, des plaies, des plegmons et des suppurations abondantes. D'autres ont des insomnies terribles, des cauchemars, des hallucinations accompagnées de délire, et des accès de manie aiguë qui peuvent entraîner la mort en quelques jours, ainsi que nous le verrons au chapitre suivant concernant les chorées mortelles.
î Marcé. De l'état mental dans la chorée {Mém. Académie de méie~ vint', ls.;s.