Tiuusscau. Clin, méd., t. II, p
9i0 MALADIES DU bio.ËME NERVEUX.
La pression exercée sur les téguments est particulièrement douloureuse : 1° au lieu d'émergence des troncs nerveux; 2° aux points où un filet, nerveux sorl d'un muscle pour se jeter dans la peau; 5° à l'épanouissement du nerf dans les téguments. Ce sont là les points douloureux de Valleix, qu'on retrouve avec les mêmes caractères dans la plupart des névralgies périphériques. A ces points douloureux il faut ajouter le point apophysaire (Trousseau), qui siège sur la tubérosité occipitale externe et sur les deuxième et troisième apophyses épineuses cervicales. Tels sont les caractères généraux de la névralgie faciale, mais suivant les branches envahies la névralgie se traduit en outre par les symptômes suivants :
, A. Névralgie du nerf ophihalmique. — La branche ophthalmique de Willis pénètre dans l'orbite par la fente sphénoïdale et fournit trois nerfs : le lacrymal, qui émerge à la partie externe de la paupière supérieure '(point palpébral); le frontal, dont la branche externe sort de l'orbite par le trou sus-orbilaire (point sim-orbUaire); le nasal, dont la branche externe sort de l'orbite près du nez au-dessous de l'angle interne de l'œil (point nasal), et dont la branche interne pénétre dans les fosses nasales et fournit un filet qui traverse le cartilage latéral du nez et s'épanouit au lobule du nez (point naso-lobaire) . D'après la distribution anatomique de ce nerf, on voit quelles sont les régions envahies par la névralgie. Pendant l'accès l'œil est rouge, injecté et douloureux, il ne peut supporter la lumière; les larmes sont abondantes; on a signalé du chémosis, de la mydriase, de l'amaurose passagère (Notta ').
B. Névralgie du nerf maxillaire supérieur. — Le nerf maxillaire supérieur, après avoir traversé le canal sousorbitaire, émerge par le trou sous-orbitaire (joow* sous-orbitaire). Au nombre de ses nombreux rameaux se trouvent : le nerf orbitaire, dont un filet, le temporo-malaire, traverse l'os de ia pommette et s'épanouit à la joue (point malaire);
i. Arc h. g en. de mcd.y 1854.
les nerfs dentaires, chaque racine dentaire pouvant devenir un foyer douloureux (points dentaires). Le ganglion sphénopalatin qui est annexé à cette branche explique peut-être la sécrétion de la muqueuse nasale au moment des accès (Yulpian).
G. Névralgie du nerf maxillaire inférieur. — Du nerf maxillaire inférieur naissent des branches qui sont fréquemment névralgiées; ce sont : le nerf auriculo-lemporal qui, après avoir traversé la glande parotide, contourne le col du condyle et se distribue à la tempe et au pavillon de l'oreille (point auriculo- temporal); le nerf lingual, qui s'épanouit sur les bords de la langue (point lingual) ; le nerf dentaire inférieur, qui fournit aux dents inférieures (points dentaires) et qui émerge par le trou menton nier (point mentonnier). Au moment des accès, les mouvements de la langue, la parole, la maslication, la déglutition, sont excessivement douloureux, et la salive sécrétée, en abondance (action réflexe du lingual sur la corde du tympan), s'écoule hors de la bouche.
La planche ci-après " donne une idée de la distribution
superficielle des trois branches sensitives du nerl trijumeau qui peuvent être atteintes de névralgie. I. — Territoire de l'ophthalmique : <z, point sus-orhitaire ; b, point nasal. 11. — Territoire du maxillaire supérieur; c, point sous-
orbitaire. IIÏ. — Territoire du maxillaire inférieur: d, point dentaire; e, point auriculo-temporal.
Troubles trophiqttes. — À la suite des névralgies faciales violentes ou invétérées, et probablement quand e nerf est atteint de névrite, on voit survenir des troubles trophiques variés.
L'herpès est fréquent à la peau et aux muqueuses, ii «apparaît ici avec tous les caractères du zona, il se localise, suivant le cas, aux lèvres, à la langue1, au front, à la face. L'herpès de l'œil, ou zona ophthalmique, a été le sujet de descriptions spéciales2; il peut envahir les paupières, la conjonctive et la cornée.
On a signalé l'atrophie de la peau, son induration (selérodermie), son hypertrophie. Les cheveux et la barbe sont quelquefois atteints; les poils tombent, ils perdent leur coloration, deviennent blancs dans toute leur longueur ou ne sont privés de pigment que par segments, cette alternance coïncidant avec les paroxysmes de la névralgie. On avait d'abord supposé que les troubles trophiques n'existent que lorsque le ganglion de Gasser participe à la lésion; cette interprétation, qui est vraie dans bien des cas, n'est pourtant pas absolue, car ces mêmes troubles peuvent se produire alors que la lésion porte au delà du ganglion, sur la racine bulbaire du trijumeau (Duval3).
Tic douloureux de la face. Névralgie épilepti forme. — Chez certains individus, la névralgie faciale revêt des caractères particuliers : le sujet est pris tout à coup d'une horrible douleur; il gémit et pousse des cris de souffrance, il presse son visage dans ses mains, il le frictionne violemment, espérant ainsi atténuer la douleur, et après quelques secondes, une minute au plus, l'accès est terminé. Le plus souvent, au moment de l'accès, les muscles
i. Gellé. Trib. méd., 1886, p. 219.
2. Hybord. Du zona ophthalm. Th. de Paris. — Coppez. Revue se. méd.\ t. XI, p. 96t. — -Dardignac. Revue de méd.\ octobre 1888.
3. Journal de Variât, et de la phys., novembre 1877 ; janvier 1878
du visage, principalement du côté de la névralgie, sont agités de mouvements eonvulsifs rapides, qui donnent à la physionomie les attitudes grimaçantes les plus diverses, ce qui a fait donner à la maladie le nom de lie douloureux de la face. Ces deux formes de névralgie faciale, l'une non convulsive, l'autre convulsive, avaient été nommées par Trousseau épilepti formes1, parce qu'elles ont les allures du vertige et de Y aura épileptiques ; elles en ont la soudaineté et la durée. Néanmoins, dit Trousseau, il n'y a là que des analogies avec l'épilepsie, il n'y a pas d'identité.
Le (ic douloureux ne s'établit pas toujours d'emblée, il est parfois la transformation d'une névralgie faciale non convulsive2. Chez certains malades les accès se répètent coup sur coup et presque sans répit ; chez d'autres ils sont plus espacés.. Tantôt l'accès se reproduit sans sollicitation apparente, tantôt i! est provoqué par les causes les plus diverses et les plus légères ; un simple attouchement, un frôlement, l'acte de la mastication, le contact des aliments et des boissons, les mouvements effectués pour parler ou pour cracher, tout rappelle le spasme atrocement douloureux, et le malade est un véritable martyr Si l'on veut bien connaître cette question, on n'a qu'à lire l'admirable leçon que mon maître Trousseau lui a consacrée; j'en détache l'observation suivanle .
« Une vieille dame d'Anvers, dit Trousseau, me fit l'honneur de se confier à mes soins, en 1845; elle était atteinte d'une névralgie épileptiforme de la face depuis plus de dix ans. Les accès névralgiques duraient depuis quelques secondes jusqu'à trois minutes; ils commençaient tantôt par le nerf sous-orbitaire, tantôt par le mentonnier, tantôt par le sus-orbitaire. Le mal irradiait rapidement dans les trois rameaux, et, lorsque le paroxysme était à son summum de violence, les muscles du visage grimaçaient convulsivement. La pauvre femme avait quelquefois vingt accès par heure,