‹ Manuel de pathologie interneChapitre 364 sur 404 · NÉVRALGIE SCIATIQUE SYPHILITIQUE SCOLIOSE HOMOLOGUE · texte numérisé non relu

NÉVRALGIE SCIATIQUE SYPHILITIQUE SCOLIOSE HOMOLOGUE

Description. — Un jeune homme vient un jour dans mon service, se plaignant de souffrances cruelles. Je le vois entrer dans nos salles, la hanche gauche saillante, le corps courbé en deux et incliné sur le côté droit. Il s'avançait à petits pas, soutenu par un infirmier, s'appuyant à droite sur une canne, traînant la jambe droite iléchie et cherchant dans son attitude une atténuation à ses souffrances. Je le fais déshabiller, on le couche et nous l'examinons. Sa jambe droite, la fesse, la hanche et la région lombaire, sont couvertes de traces de vésicatoires et sillonnées de cicatrices de pulvérisations au chlorure de méthyle. 11 souffre, dit-il d'une façon intolérable et il nous raconte de la façon suivante l'histoire de sa maladie.

Il y a trois ans, sans cause apparente, il éprouva une douleur d'intensité croissante à la fesse droite, à la cuisse et à la jambe. Malgré ses souffrances, cet homme put continuer tant bien que mal son métier de charretier. Cet état se prolongea en empirant jusqu'au mois de novembre dernier. A cette époque, six mois avant son entrée dans le service, les douleurs prirent une extrême violence. Elles prédominaient tantôt à la cuisse, tantôt au mollet ; parfois elles irradiaient dans l'aine, au-devant de la cuisse, à la

i. Debove. Traitement de la névralgie sciatiquepar la congélation. Soc. méd. des hôp., août Î8&A.

verge, aux bourses, à la façon d'une névralgie lombo-sacrée. Là nuit, les souffrances redoublaient d'intensité. A peine ce pauvre garçon était-il couché que les douleurs semblaient plus vives; il se levait alors, essayant de taire quelques pas dans sa chambre, mais la marche ne faisait qu'exaspérer la souflrance; il s'asseyait avec mille précautions, mais aussitôt assis, la jambe était prise d une telle trémulation douloureuse, qu'il était obligé de se relever. Ainsi se passaient les nuits; la santé s'altérait, le malade maigrissait et se sentait dépérir; ces six derniers mois, il a perdu 8 kilos.

Pendant ces trois années de souffrance et surtout pendant les six derniers mois, il a consulté à l'hôpital ou ailleurs un grand nombre de médecins, « il a vu des pharmaciens, des herboristes et même des charlatans » ; onctions, frictions, fumigations, rien n'a fait; il a suivi une foule de traitements sans éprouver la moindre amélioration.

Ayant dépensé toutes ses économies, il obtint son admission à l'Hôtel -Dieu annexe; là, on diagnostiqua une névralgie sciatique, on pratiqua sans succès des pulvérisations au chlorure de méthyie, et on lui fit entendre qu'on ne le garderait pas plus longtemps. Il dut sortir. Quelques jours après, ne sachant que deveniret poursuivi par les idées les plus sombres, il se rendit à la consultation de l'Ilôtel-Dieu. Pour aller de chez lui, rue Charles-V, à l'hôpital, il mit une heure et demie au milieu des plus vives souffrances, alors qu'un homme bien portant ferait ce même trajet en dix minutes. Dès qu'il se présenta à l'IIôtel-Dieu, on l'en voya dans mon service.

Interrogé sur la nature de ses douleurs, il nous répond qu'elles ne cessent jamais, il lès compare à des tiraillements, à des écrasements; elles sont supportables le jour, au repos', mais elles sont terribles la nuit, quelle que soit la position! Parfois, il se sent devenir a rende comme un piquet », la jambe entre en contracture douloureuse et la région lombaire y participe. A la pression, on trouve les points douloureux de la névralgie sciatique : à la fesse droite, à l'échancrure sciatique, le long dé là gouttière isebio-

DIEULAFOY, PATHOL. T. III.

trochanténenne, au creux poplité, à la région antéroexterne de la jambe et à la face dorsale du pied. De plus, la douleur remonte dans la région lombaire, elle s'étend aux muscles fessiers, le malade affirme même qu'au moment des grandes crises, la douleur irradie aux bourses (sphère du génito-crural) et au membre inférieur gauche.

La recherche du signe de Lassègue est positive; quand on redresse la jambe droite en la pliant en même temps, le malade n'accuse qu'une légère douleur, mais si on relève la jambe étendue, il pousse un cri de souffrance. En un mot, c'est bien une sciatique que nous avons sous les yeux, mais une scialique un peu spéciale que nous aurons à discuter dans un instant.

Au lit, le malade maintient sa jambe en légère flexion, évitant de l'étendre; il ne peut s'asseoir sur une chaise qu'au prix de vives souffrances. Encore ne s'assied-il que d'une façon spéciale, ne faisant porter sur le bord de la chaise que la fesse gauche et dégageant complètement la fesse droite. A peine assis, il est pris de trépidation épileptoïdede la jambe droite et d'élancements douloureux qui le forcent à se relever. La vie, nous dit-il, est devenue impossible ; chaque mouvement doit être pour ainsi dire décomposé sous peine de cruelles souffrances. Ainsi, quand il veut délacer ses souliers, il ne se penche pas en avant comme fait toute autre personne; mais, restant debout, il relève son pied en arrière, il incline le corps latéralement et de son bras étendu, il atteint sa chaussure sans avoir à fléchir sa jambe, sans rapprocher son genou de la poitrine. Au moment de ses repas, il prend les positions les plus diverses, tantôt debout, avec un genou sur une chaise, tantôt le c^rps incurvé.

La jambe est amaigrie, elle a un centimètre de diamètre de moins que la jambe gauche, sa consistance est moindre, sa sensibilité est normale, l'examen électrique ne dénote pas de dégénérescence. Les réflexes cutanés crémastérien cl plantaire sont intacts; les réflexes rotuliens sont exagérés surtout à droite. On obtient aux deux jambes la trépidation

épileptoïde, néanmoins elle esta peine ébauchée à la jambe saine.

En présence de ces derniers symptômes qui avaient une tendance à la bilatéralitê, on pouvait se demander si !e diagnostic de névralgie sciatique était suffisant, et s'il ne fallait pas placer plus haut la lésion et penser à une méningômyéiite. Nous aurons à discuter plus loin cette hypothèse.

Notre malade, lors de son arrivée dans nos salles, avait l'attitude d'un homme atteint de sciatique avec scoliose homologue; homologue veut dire que la scoliose était du même côté que la scialique : le tronc était fortement incurvé latéralement, formant une concavité du côté de la sciatique, la hanche gauche était saillante, l'épaule droite inclinée à droite, l'intervalle compris entre le bord inférieur du thorax et la crêfte iliaque était notablement diminuée, le pli fessier était abaissé. Chez un individu atteint de sciatique, la scoliose homologue, c'est-à-dire la scoliose du côté de la sciatique, est une rareté; la scoliose est presque toujours croisée; autrement dit, l'incurvation latérale du rachis et du tronc, l'abaissement de l'épaule se font du côté opposé à la sciatique. Cette scoliose croisée, « est la position que prend d'instinct le malade atteint de sciatique pour soulager le membre douloureux; il l'allège en déplaçant le centre de gravité, et la hanche du côté malade devient saillante1 ». (Je renvoie au chapitre précédent pour l'étude des scolioses dans la sciatique.)

Eh bien, chez notre malade, il s'agissait de sciatique spasmodique avec scoliose homologue comme dans les cas de Brissaud et de Laini.

Dans une observation étiquetée névrite sciatique, Brissaud parle d'un malade qui avait une scialique gauche avec scoliose homologue, exagération des réllexes rotuliens" des deux côtés et trémulation épileptoïde, dès qu'on redressait le pied. La névralgie lombo-sacrée, à scoliose homologue,

t. Phulpin. La sciatique: scoliose homologue et alternante. Th. de Paris, IS95.

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