NÉPHRITES AIGUËS — NÉPHRITE ALBUMINEUSE AIGUË
Discussion. — L'histoire des néphrites aiguë* est encore entourée de quelque obscurité; la nature des lésions, l'étiologie de la maladie, ses modes <!»> terminaison, ont été le sujet d'opinions si contradictoires, qu'il n'est pas possible actuellement de proposer une classification des toxi-infeefions aiguës du rein.
Il n'y a pas longtemps, on divisait les néphrites aiguës en néphrite catarrhale et néphrite parenchymateuse; la néphrite catarrhale avait pour attributs d'être légère et passagère, de limiter son processus à l'épithélium des canaux excréteurs et de rendre à l'organe sa complète intégrité, tandis que la néphrite parenchymateuse, plus grave, plus persistante, était localisée à l'épithélium des canaux sécréteurs (tubuli contortï). Pour accentuer cette distinction, on avait imaginé une comparaison qui assimilait la néphrite catarrhale des tubes excréteurs à la bronchite vulgaire et la néphrite parenchymateuse des tubes sécréteurs à la pneumonie lobulaire, à la bronchite capillaire (Lécorché). Mais cette distinction ne répond nullement aux lésions vraies des néphrites aiguës, dans lesquelles le rein tout entier participe plus ou moins au processus morbide. Une
autre division consistait à séparer les néphrites aiguës en néphrite épithéliale et en néphrite interstitielle, Tune envahissant les épithéliums du rein, l'autre le tissu conjonctif ; mais cette division, si simple en apparence, alternativement admise et rejetée, n'a pas sa raison d'être et ne peut servir de base à une description des infections aiguës du rein.
Pendant longtemps on avait regardé le processus aigu des néphrites comme exclusivement dévolu aux épithéliums du rein, tandis que le tissu interstitiel de l'organe ne semblait se prêter qu'à un processus chronique (Bartels). Mais bientôt on crut s'apercevoir qu'on avait eu tort de rejeter la néphrite interstitielle du cadre des néphrites aiguës; on alla même jusqu'à contester la nature inflammatoire des néphrites épithéliales (Klebs) ; on prétendit que le processus des néphrites aiguës épithéliales n'est pas un processus irritatif, mais seulement un processus dégénératif, et le rôle vraiment actif du processus inflammatoire fut dévolu au tissu interstitiel. C'est alors que les néphrites de la variole (Traube), de la scarlatine (Klebs), de la diphthérie, du choléra (Kelsch), de la fièvre typhoïde, furent considérées comme des néphrites aiguës interstitielles, et l'on put croire un moment que la néphrite interstitielle aiguë allait résumer l'histoire presque entière des néphrites aiguës.
Mais de nouveaux travaux, aidés de l'expérimentation et favorisés par des modes de préparation perfectionnés (Gornil), ont permis de rétablir les faits dans une plus juste mesure; on a fait la part des lésions interstitielles, on a vu que ce qui avait été décrit comme lésion interstitielle se réduit, en partie, à la diapédèse des globules blancs, et, en somme, la prépondérance du processus morbide est restée au parenchyme. Les lésions des néphrites aiguës sont des lésions parenchymateuses, qui atteignent les différentes parties de la glande, tube excréteur, tube sécréteur et glomérule, lésions auxquelles s'associent, suivant le cas, des altérations interstitielles et vasculaires plus ou moins prononcées.
Les formes anatomiques des néphrites aiguës sont-elles
variables suivant les causes qui les engendrent, et la néphrite de la scarlatine, par exemple, a-t-eile un type distinct de la néphrite syphilitique précoce, ou de la néphrite typhoïde, ou de la néphrite qui éclate après un refroidissement? Nullement. Les néphrites aiguës n'ont pas de type anatomique distinct qui permette de les différencier. Que la néphrite soit primitive (a frigore), ce qui n'est pas prouve, qu'elle soit de nature expérimentale (injections de cantharides) (Cornil), qu'elle apparaisse dans le cours de la scarlatine, de la syphilis, de la variole, de la diphthérie, de la pneumonie, on peut dire que les altérations aiguës du rein ne revêtent, dans aucun cas, de type vraiment dictinct; ces altérations peuvent être plus ou moins étendues, plus ou moins intenses, plus ou moins passagères, plus ou moins durables, plus ou moins dégénérativej, elles peuvent aboutir plus ou moins vite à la nécrose des épithéliums, elles peuvent être prédominantes sur telle ou telle partie de 1 organe, mais, en somme, elles n'ont aucun caractère propre, et la topographie des lésions, pas plus que leur étiologie, ne permettent d'établir une division des néphrites aiguës en espèces distinctes.
Voilà pourquoi je réunis dans un même chapitre toutes les néphrites aiguës, autrefois décrites par les ailleurs sous le nom de néphrite catarrhale, néphrite aiguë albumineuse, néphrite aiguë parcnclupiudcusc, nrphrilc épilhëliale*,
Malgré cette simplilication apparente, la description anatomique des néphrites aiguës reste entourée de difficultés, parce que, suivant la cause, suivant la durée et suivant l'intensité du processus inflammatoire, les lésions offrent des différences notables. En effet, tantôt les altérations sont superficielles et transitoires, tantôt elles sont profondes et durables.
Il y a des néphrites aiguës légères, dans lesquelles la lésion est plus hyperémique que phlegmasique, et Ton
1. Lancereaux. Diction, des scienoes médic, article Rein, 5* série, t. III, p. 233.
serait tenté de remplacer le mot néphrite par les dénominations d'œdème congestif1, d'hyperémie phlegmasique, de néphrite congestive. Il y a des néphrites aiguës intenses, dans lesquelles dominent les infiltrations leucocytiques et la dégénérescence aiguë des épithéliums, tandis que les lésions irritatives du tissu conjonctif et des glomérules sont peu accentuées. Il y a enfin des néphrites aiguës dans lesquelles les altérations diffuses atteignent les épithéliums, les vaisseaux et le tissu conjonctif.
Du reste, une division des néphrites aiguës en néphrite congestive, néphrite légère et néphrite intense, serait ellemême purement artificielle; il n'y a pas de limite tranchée entre ces différentes formes, on passe de Tune à l'autre par nuances insensibles. Il n'y a pas de relation absolue à établir entre la néphrite et la cause qui lui a donné naissance, car une même cause, la scarlatine, par exemple, la syphilis, ou le refroidissement, peuvent engendrer des néphrites congestives, des néphrites légères et transitoires, des néphrites graves et permanentes. Il faut ajouter cependant que les formes intenses sont assez rares dans le cours de la plupart des maladies infectieuses, elles sont fréquentes dans la scarlatine, dans la syphilis, et peut-être aussi à la suite d'un refroidissement.
Anatomie pathologique. — D'après les considérations précédentes, il n'y a pas lieu d'établir des chapitres spéciaux pour des formes distinctes, car, nous le répétons, néphrites légères et néphrites intenses sont reliées entre elles par de nombreux intermédiaires.
A Yautopsie d'un sujet mort de néphrite aiguë, on trouve les deux reins également affectés. Ils sont plus volumineux qu'à l'état normal. L'augmentation du volume tient à la congestion vasculaire et à la tuméfaction de la substance corticale. La capsule se détache facilement, la surface de l'organe est lisse et marbrée. Suivant le cas, le rein est blanchâtre, grisâtre, rougeâtre. Dans les cas d'inflammation