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GRAVIERS ET CALCULS DU REIN

Les sels que charrie l'urine, en se précipitant, forment dans le rein des concrétions qui, suivant leur volume, sont désignées sous le nom d'infarctus, de sable, de gravelle, de calculs. Les infarctus sont des dépôts intra-canaliculaires plus fréquents dans la substance médullaire que dans la substance corticale; ils sont calcaires ou uratiques; on les observe surtout chez les nouveau-nés et chez les goutteux; ils seront étudiés dans un autre chapitre avec le rein goutteux.

Les graviers, les calculs, n'existent que très rarement dans la substance même du rein : c'est dans les calices et dans le bassinet qu'on les trouve toujours. Ils peuvent avoir toutes les dimensions, depuis le sable, depuis les petits graviers pas plus gros que des têtes d'épingle, jusqu'aux calculs qui atteignent la dimension d'un œuf de poule. Le nombre des graviers varie comme leur volume. Ils siègent dans les dépressions qui entourent les papilles, dans les calices, dans les bassinets, sur lesquels ils semblent parfois se mouler, et jusque dans les uretères, dont ils peuvent prendre la forme. Les petits graviers sont arrondis, polyédriques, irréguliers, framboises, à facettes; le gros calcul

est mamelonné, en forme de sablier, anguleux ou ramifié comme une branche de corail1, épousant les formes des calices et du bassinet. Le gros calcul est parfois solitaire, mais plus souvent il est accompagné d'un ou plusieurs petits graviers. La lithiase est limitée à un seul rein dans la moitié des cas environ.

Pathogénie. — Il est d'usage de décrire une lithiase secondaire et une lithiase primitive. La lithiase secondaire est celle qui survient dans le cours de lésion suppurée du rein. Qu'une pyélo-néphrite se déclare, au cours de la tuberculose rénale ou de la dégénérescence polykystique du rein, ou à la suite d'une infection urinaire ascendante, la suppuration et la fermentation de l'urine fourniront un terrain des plus favorables au développement des. calculs secondaires ; les phosphates vont imprégner la matière nécrosée, les déchets organiques vont se calcifier et la concrétion phosphatique est constituée. Litten a reproduit expérimentalement le processus de ces calcifications; il a interrompu pendant quelques jours la circulation dans le rein d'un chien, et déjà les épithéliums se calcifiaient et les canalicu- !es urinifères étaient remplis de sels calcaires. Les calculs secondaires sont donc presque toujours composés de sels de chaux; carbonate et phosphate ammoniaco-magnésiens; ils sont grisâtres, crayeux, ils sont friables, ils se brisent et s'émiettent facilement ; ils expliquent les coliques néphrétiques qui surviennent parfois chez les gens atteints de lésions suppuratives du rein.

Les calculs primitifs ont une autre composition et une autre origine; ils sont habituellement uriques et oxaliques, composés de sels d'urate et d'oxalate souvent associés à des phosphates et aux sels de calcium. Ces calculs, petits ou gros, sont durs et résistants ; les petits graviers sont arrondis ou allongés, lisses, brunâtres; ils sont mûriformes et rougeâtres si l'acide oxalique domine; les gros calculs

1. Raye. Atlas, pi. XIV, fig. 11, 22, 29 — Torrés. Thèse de doctorat, 878, pi. 1 et suivantes. Il existe de belles collections au musée Dupuytren et à l'hôpital Necker (collection Guyon).

sont ramifiés comme une branche de corail, ou ils sont massifs et rappellent le moule du bassinet. Les gravclles unque et oxalique se confondent souvent, l'acide ..oxalique dérivant directement de l'acide urique par une oxydation plus complète. Cette gravelle urique est favorisée par l'alimentation généreuse, par le défaut d'exercice, en un mot par toutes les circonstances capables d'augmenter la quantité de l'acide urique; elle est également favorisée par les causes qui provoquent l'insuffisance des mutations nutritives et qui aboutissent à amoindrir la solubilité de l'acide urique (Bouchard)1. Tout cela est vrai théoriquement, mais en pratique nous voyons à chaque instant des gens vivre dans les meilleures conditions hygiéniques possibles, ce qui n'empêche chez eux ni la formation des graviers, ni les coliques néphrétiques.

Dans la très grande majorité des cas, ce qui domine l'étiologie de la lifhiase rénale primitive, en dehors de toute causé adjuvante, c'est la transmission héréditaire de la diathèse goutteuse. Ce côté de la question a été singulièrement élucidé par mon vénéré maître Trousseau. La gravelle rénale peut se transmettre directement, un père graveleux peut engendrer des enfants qui sont graveleux, mais ce qui se transmet surtout, c'est la prédisposition spéciale qui se traduit chez les descendants par les diverses manifestations de la diathèse : goutte, asthme, migraine, obésité, eczéma, lithiase biliaire, lithiase intestinale, et j'y ai ajouté la lithiase appendiculaire, ainsi qu'on pourra s'en convaincre en lisant le chapitre consacré à l'appendicite.

Tel individu qui a eu pendant son adolescence, migraine, hémorrhoïdes ou eczéma, pourra avoir plus tard la goutte, l'asthme, les coliques néphrétiques. En somme la lithiase rénale est très souvent liée à la diathèse goutteuse : a J'ai la néphrétique et tu as la goutte, écrivait Érasme à l'un de ses a"mis; nous avons épousé les deux sœurs » goutte et gravelle rénale sont fréquentes chez le même

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