B. GROS CALCULS RÉNAUX IMMOBILISÉS DOULEURS
HÉMATURIES
La lithiase rénale ne provoque la colique néphrétique que si les graviers du rein sont assez petits pour s'engager dans l'uretère, unis les graviers pins volumineux, ramifiés ou non ramifiés, ceux qui sont immobilisés dans les calices, les gros calculs qui sont enclavés dans le bassinet, peuvent rester très longtemps silencieux et ne trahir leur présence par aucun symptôme. Legueu1, dans un travail fort documenté, a réuni bon nombre d'observations, qui prouvent que la fixité des calculs dans le rein et leur évolution aseptique sont des conditions très favorables à la tolérance rénale. Ne voif-on pas des gens chez lesquels l'anurie, rhydronéphrose, la pyélite, le phlegmon périnéphrétique surviennent et se développent comme première manifestation de calculs du rein qui évoluaient depuis des années à l'état latent? Clark, dans sa statistique, a consigné 15 cas de calculs latents sur 24 cas de pierre des reins. La deuxième observation de Legueu concerne une malade chez laquelle plusieurs calculs des reins s'étaient 'développés sans avoir jamais suscité ni hématurie, ni douleurs. Toutefois, lecalcul ou les calculs immobiles du rein suscitent habituellement deux symptômes principaux : la douleur et l'hématurie.
La douleur. — C'est à la région lombaire, que le malade
1. Legueu. Calculs du rein et de l'uretère au point de vue chirurgical. Th.de Paris, 1891.
atteint de gros calcul du rein éprouve une sensation de pesanteur, un endolorissement, une douleur qui augmente par la pression, par la palpation, par la percussion. L'escrime, la marche, la course, requit ation, les voitures mal suspendues ravivent les douleurs. Il est rare que la douleur soit continue, elle donne parfois des semaines et des mois de trêve, on cite cependant des exemples où la douleur persistait sans intermittence depuis des années; j'ai eu cet hiver à l'hôpital une malade à gros rein calculeux, chez laquelle la douleur était pour ainsi dire continuelle depuis onze ans. Une observation de Lentz1 concerne un jeune homme de dix-huit ans qui, depuis l'âge de huit ans, soufflait de douleurs dans la région rénale gauche sans autres symptômes. La néphrotomie lombaire fut pratiquée, le rein fut sectionné et on retira un calcul volumineux.
Les douleurs du calcul immobilisé ne sont pas généralement comparables par leur intensité aux douleurs des coliques néphrétiques, elles peuvent néanmoins acquérir par moments une très vive intensité et simuler par leurs irradiations les douleurs des migrations calculeuses. Les gros calculs du rein ne sont pas seuls douloureux; dans une observation de Le Dentu, des petits graviers immobilisés dans le rein avaient donné lieu à des douleurs atroces qui nécessitèrent l'opération; dans une observation de Moty, cité par Legueu,les douleurs persistaient intolérables depuis dix ans, et dans le rein ulcéré on ne constata qu'un seul et petit calcul coralliforme. L'intensité des douleurs n'est donc pas toujours en rapport avec le nombre ou avec le volume des calculs, elle tient également à l'hyperesthésie du rein, l'infection rénale semblant rendre le rein moins tolérant.
Dans bien des cas, les douleurs des gros calculs du rein ne restent pas cantonnées à la région lombaire, elles irradient vers le testicule et simulent la colique néphrétique ; elles irradient vers la paroi abdominale à la façon d'une névralgie lombo-abdominale ; vers le rein du côté opposé