Briquet. Traité de l'hyêUrie. Paris
S58 IfALilDIES DU SYSTÈME NERVEUX.
presque toujours annoncée» quelques heures ou quelques jours à l'avance, par des prodromes» tels que palpitations» bâillements» lassitude, malaise» pleurs ou rires sans motif» constriction du thorax et du cou (boule hystérique).
Le plus souvent» Tattaque débute par une aura. L*aura est complète ou incomplète. L*aura complète est caracté> risée par une sensation douloureuse qui part de Tovaire {ovarie), gagne le creux épigastrique {constriction épigastrique), remonte le long du sternum (sensation de boule) ^ arrive au pharynx» au larynx (strangulation) et se termine par des phénomènes céphaliques (sifflements d'oreilles, obnubilation de la vue)» qui sont plus marqués du côté d'où est partie l'aura. A ce moment l'attaque commence» la malade tombe; mais» contrairement à l'épi— leptique» elle a le temps de choisir le lieu de sa chute et elle ne perd pas connaissance» au moins au début de l'accès. Elle pousse des cris» de vraies vociférations» elle suffoque» elle a la figure congestionnée et les veines cervicales très distendues; elle porte violemment la main à son cou» comme pour arracher tout objet qui pourrait gêner la respiration et» au milieu des sanglots et du hoquet» les convulsions apparaissent.
Les mouvements convulsifs sont essentiellement cloniques» ils sont très étendus» désordonnés : tantôt ce sont des contorsions qui agitent les membres et déplacent le corps tout entier; tantôt les mouvements convulsifs sont plus cadencés» ils prédominent dans les muscles du bas— sin (hystérie libidineuse) ; le tronc est le siège d'une sorte de balancement (mouvements de salutation) ; parfois la tète» violemment secouée» va heurter les objets enyironnants. La figure n'est pas grimaçante comme dans l'épi^ lepsie ; l'abdomen est distendu par des gaz» la perte de connaissance est généralement absolue. Après une durée qui varie de quelques minutes à plusieurs heures, durée qui dépend du nombre d'accès qui se suivent, les mouvements se calment, la physionomie trahit les expressions diverses de la peur, de la colère, delà volupté, et l'attaque
se lermîne par d'abondantes larmes ou par l'émission d'urines incolores.
Les attaques d'hystérie ne sont pas toujours aussi violentes et aussi complètes ; il en est où les malades perdent à peine connaissance, entendent ce qu'on dit et savent ce qui se passe autour d'elles. Dans l'hystérie, comme dans l'épilepsie, les attaques peuvent se répéter coup sur coup pendant plusieurs jours, les évacuations sécrétoires qui marquent la fm de l'accès font défaut, et la malade sent que l'attaque doit recommencer. Contrairement à l'épilepsie, les accès d'hysténe n'ont pas lieu la nuit.
n est souvent possible de provoquer ou d'arrêter à volonté une attaque d'hystérie : il suffit de comprimer fortement les ovaires, l'ovaire gauche principalement, ou bien une zone hystérogène.
L'attaque d'hystérie ne se présente pas toujours au complet; parfois elle est précédée d'une phase de convulsions toniques, spasmes de l'œsophage, de la glotte, des masséters; et cette phase peut même, à elle seule, constituer toute l'attaque.
b. Grande hystérie, hystérie épileptiforme^, — L'hystérie vulgaire ou petite hystérie, celle que je viens de décrire, peut être considérée comme l'atténuation de la grande hystérie. La grande hystérie, ou hystérie épileptii'orme, infiniment plus rare, diffère de la petite attaque en ce qu'elle commence par une phase épileptiforme; voici comment elle procède :
La crise, précédée d'une aura et des prodromes déjà décrits, éclate et se compose de quatre périodes qui se mccèdent dans l'ordre suivant :
1* La première période, épileptoïde, simule absolument une attaque d'épilepsie, avec convulsions toniques, convulsions cloniques et résolution.
S* Après cette période épileptoïde qui dure de trois à
1. Blcher. ÉtmdM clinique tur la grande hygtérie. Paris, 1886.
quatre minutes, tout le reste est de Thystérie pure. H y a d'abord une phase de contorsions, de grands mouvements, de clownisme (Gharcot); la malade s*appuie sur la léte et sur les pieds en forme de pont, ou bien elle exécute un balancement rythmé de la partie supérieure du corps, une sorte de salutation, etc.
S"" Puis survient la phase des attitudes passionnelleè qui se manifestent sous l'empire d'hallucinations tristes ou gaies (frayeur, amour, volupté).
4'' La période terminale est celle des hallucinations avec visions effrayantes (rats, vipères, animaux noirs).
La succession de ces attaques constitue un état de mal qui peut durer plusieurs semaines avec cent attaques par jour; il n'y a pas ici d'élévation de température comme dans l'état de mal épileptique, et la compression de l'ovaire peut arrêter la grande attaque d'hystérie comme elle arrête la petite attaque.
L'attaque d'hystérie épileptiforme revêt encore d'autres formes plus rares ; telles sont : la forme syncopale (Briquet), la syncope constituant toute l'attaque, la forme cataleptique (Lasègue), la léthargique^ le coma et la léthargie survenant comme terminaison de l'attaque.
Hystérie non convolsive. — Les manifestations non convulsives de l'hystérie sont extrêmement multiples : les paralysies, les troubles trophiques, les atrophies musculaires, les contractures, les tremblements, les ânesthésies, les névralgies, les congestions avec ou sans hémorrhagie, les troubles respiratoires, digestifs et urinaires, les désordres des organes génitaux et des organes des sens, les troubles intellectuels, l'altération des facultés mentales, tout cela se rencontre dans l'hystérie. Ces manifestations multiples de l'hystérie peuvent être étudiées successivement, et sans ordre, car elles ne suivent aucune règle dans leur époque d'apparition.
Paralysies. — Les paralysies hystériques atteignent les muscles de la vie organique aussi bien que les muscles delà vie de relation, elles ont été notées 139 fois sur 430
malades (Briquet)*. Les paralysies à forme hémiplégique* ou paraplégiques sont les plus fréquentes; parfois un seul membre est atteint {monoplégie), surtout le membre supérieur". Les paralysies hystériques succèdent à une attaque ou surviennent en dehors de toute manifestation convulsive : un traumatisme, même léger, une émotion, une frayeur en sont souvent la cause déterminante. Suifant le cas» leur apparition est brusque ou graduelle, elles sont mobiles, paraissent et disparaissent avec une égale facilité, persistent indéûniment ou guérissent brusquement. Une paralysie accompagnée d'anesthésie, Tanesthéûe prenant la forme de contours perpendiculaires à l'axe longitudinal du membre, avec contractilité électrique normale, réflexes exagérés, normaux ou diminués, tels sont les caractères des paralysies hystériques*.
L'hémiplégie hystérique difl'ère de Thémiplégie par lésion cérébrale en ce qu'elle atteint rarement la face; c'est là un signe distinctif bien important à connaître. Toutefois, ce signe distinctif n'est pas absolu, car on a publié des observations d'hémiplégie hystérique dans lesquelles la face était légèrement déviée. Mais, répond Charcot, on a commis une erreur, on a pris pour une hémiparalysie faciale ce qui est une contracture, un hémispasme, a Dans rhémiplégie hystérique il n'existe jamais, du côté paralysé, de participation du facial inférieur comparable à celle qui se voit dans l'hémiplégie vulgaire. Les déviations de la face qui se surajoutent à rhémiplégie hystérique, sont la conséquence d'un spasme glosso-labié hémilatéral, qui occupe tantôt le côté opposé a l'hémiplégie, tantôt le même côté. Dans cet hémispasme glos^o-labié, la commissure des lèvres et la langue
1. Briquet. Traité clinique et thérapeut. de l'hystérie. Paris, 1859.
8. Goronel. De rhémiplégie hystérique. Thèse de Paris, 1875. — Dttbrosse. Thèse de Paris, 1876. — Chevalier. Thèse de Paris, 1887.
S. Méchin. Monopl. brach, hyst. Thèse de Paris, 1887.
4. Ptom^tMS, caniracturest affections douloureuses de causes pfjfchiqwt. Lober. Thèse d'agrr^pr ilioii, 1886.
MIBLArOT, PATIOL. T. U. 36
avait eu pendant cinq ans des contractures généralisées, avec troubles trophiques, atrophie musculaire et contractions ûbrillaires des muscles (Klumpke^).
Le bras contracture est généralement en flexion forcée, la jambe est en extension avec pied-bot varus-équin. Toute tentative faite pour vaincre la contracture est accompagnée de douleurs violentes. Si, pendant l'état de contracture du membre inférieur, on redresse fortement la pointe du pied, on détermine dans ce membre une trépidation épileptoïde qui dure quelque temps et qui peut être arrêtée à son tour par la flexion brusque du pied. L'application d*un aimant détermine quelquefois le transfert de la contracture au côté opposé. Voici Ténumération d'un certain nombre de contractures hystériques : la contracture des extrémités (tétanie), les contractures péri-articulaires du genou, de Fépaule, souvent fort douloureuses (Brodie) ', les contractures des muscler de la hanche qui simulent la coxalgie, la contracture des muscles du cou (torticolis) , des muscles masticateurs (trismus), des muscles moteurs de l'œil (strabisme), des muscles de la langue ; sans compter la contracture des sphincters (rétention d'urine), les spasmes de l'œsophage pouvant durer des semaines et des mois (rétrécissement spasmodique), les spasmes de la glotte et accès de dyspnée consécutifs, etc., qui seront étudiés avec chacun de ces organes.
Les contractures hystériques surviennent tantôt spontanément, sans cause apparente, tantôt elles sont suscilées par des causes insignifiantes, par un léger iraumo' tisme (chute, contusion, entorse, piqûre d'aiguille) *, et il est remarquable que la contracture déterminée fortuit» ment par un traumatisme est souvent la première manifestation d'une hystérie jusque-là latente*.