‹ Manuel de pathologie interne. v. 3 (volume 2)Chapitre 46 sur 246 · C. Anurie calculeuse. Urémie · texte numérisé non relu

C. Anurie calculeuse. Urémie

D. Pyélo-néphnteH^alculeuse.

E. Périnéphrites cakuleuses.

F. Fistules calculeuses.

G. Sclérose et atrovhie rénale calculeuse.

A. coLiQUR néphrétique; calculs mobilisés

Description. — Les graviers du rein qui s'engagent

dans luretère, ceux surtout qui sont trop volumineux ou

trop anfractueux pour le traverser librement, peuvent

provoquer un ensemble de symptômes qui constituent

a colique néphrétique. Tactôt l'accès éclate brusquement.

UALADIES DES REINS. 175

sans prodromes, sans averlissement ; tantôt il est précédé d'une période plus ou moins longue, de quelques heures ou de quelques jours, bien connue des personnes qui ont eu déjà des coliques néphrétiques. Cette période prodromique est caractérisée par quelques douleurs sourdes ou aiguës à l'un des deux reins (réflexe rénorénal), par une sensation de pesanteur au rein, par une tuméfaction douloureuse du testicule, par une ardeur à l'extrémité de la verge, par des envies fréquentes d'uriner, par l'émission de quelques urines sanguinolentes, par un tympanisme gastro-intestinal. Dans quelques cas, la colique néphrétique éclate à l'occasion de mouvements violents, ou à la suite de l'ingestion d'eaux diurétiques prises au moment d'une cure.

L'accès débute par une vive douleur, d'abord localisée d'un seul côté, à la région lombaire ; en quelques instants, en moins d'un quart d'heure, la douleur augmente d'intensité et éclate dans le flanc ; dès le début des souffrances, le scrotum se ride, le testicule tuméfié et douloureux est fortement rétracté vers l'anneau ; bientôt la douleur devient atroce, pongitive, et s'irradie en différentes directions, le long de l'uretère, à la verge, à l'urèthre, au gland, au périnée, au rectum, à la cuisse. Le patient, poussant des plaintes et des gémifssements, courbé en deux, replié sur lui-même, s'agite sans cesse, se roule dans son lit, cherchant par toutes les positions possibles à modérer sa douleur. Le pouls est petit, le visage est pâle et couvert de sueur, les nausées et les efforts de vomissements sont fréquents, l'angoisse est inexprimable et parfois le malade rend, au prix d'épreintes très pénibles, quelques gouttes d'urine. La fièvre est nulle.

Cet étal, atrocement douloureux^ peut durer cinq, six, huit heures et plus encore sans interruption, ou avec quelques rémissions légères. La fln de la colique néphrétique est souvent annoncée par un paroxysme violent avec ou s^ns vomissements, et lorsc|ue le gravier, aprè^

sa lente et pénible pérégrination, à travers un canal qui a 25 centimètres de long, tombe dans la yessie, tout cesse comme par enchantement; plus de douleurs, plus d'angoisse, plusd*efforts, plus de vomissements ; le patient éprouve un bien-être indicible, il passe sans transition des douleurs les plus vives à la santé.

L'accès terminé, le malade rend tantM des urines claires et abondantes {urines nerveuses), tantôt des urines troubles, muqueuses, parfois sanguinolentes. La région lombaire reste endolorie. Une petite hématurie peut persister plusieurs jours. Souvent le malade rend non seulement des graviers, mais du gros sable, en quantité plus ou moins considérable, du sang, des caillots fibrineux très minces, colorés ou décolorés, qui flottent dans Turine, prenant l'aspect de petits vers.

Il est rare qu'on rende le gravier aussitôt après la colique néphrétique, dès les premières émissions d'urine; on ne le trouve parfois que le lendemain, aussi faut-il surveiller de près chaque miction, et à voir ce petit graver» rougeâtre, noirâtre, framboise ou anguleux, dont le volume peut ne pas dépasser la dimension d'un grain de riz, on se demande comment un si petit corps étranger peut provoquer d'aussi terribles douleurs. Parfois, le gravier est assez volumineux pour obstruer le canal de Turèthre et pour provoquer une rétention d'urine nécessitant une mtervention. Chez un malade qui avait été autrefois atteint de coliques néphrétiques, j'ai constaté, il y a quelque temps, une rétention d'urine provoquée par un gravier volumineux qui, sans douleur, s'était arrêté dans le canal de Turèthre.

Dans quelques cas, le malade n'éprouve pas à la fin de son accès un bien-être complet, les douleurs ne sont pas totalement éteintes, le rein reste douloureux, les envies d'uriner sont encore fréquentes, et quelques heures après, dans la même journée, ou le lendemain, éclatent de nouveaux accès, dont la réunion constitue Vatiaque de colique néphrétique, qui peut durer plusieurs jours»

MALADIKS DRS UELNS.

La mère d*un de mes externes, goutteuse et sujette à la iiéplirétique, a eu une attaque qui a duré vingt jours et qui s'est terminée par l'expulsion d'un gros calcul.

Ces longues attaques de coliques néphrétiques consti-

Schéma de la colique néphrétique.

R. Rein. — B. Bassinet. — U. Uretère. — V. Vessie. — U. Urèthre. — a. Grand calcul ramifié du rein. — b. Petits calculs arrondis du rein. — c. Calcul engagé dans l'uretère au moment d'une colique néphrétique. — d. Calcul tombé dans la vessie après la colique néphrétique. — e. Calcul engagé dans l'urèthre et pouvant provoquer ime rétention d'urine.

tuées par une série de dix, quinze, vingt accès, successifs ou subintrants, sont heureusement fort exceptionnelles; j*en ai constaté un cas, tout récemment avec Guinon ; ils doivent nous laisser très réservés sur le pronostic, ils peuvent être, à un moment donné, une indication formelle d'intervenlion chirurgicale.

bl£l)LAFuy, PAIttOL. T. 11. \t

178 HAUDIES DE L'APPAREIL URISAIIUS.

La colique néphrétique ii*a pas toujours, il s'en faat, la forme intense que je Tiens de décrire ; elle peut être fruste et réduite à un symptôme isolé, tel que le vomissement; elle est souvent atténuée; il y a même des calculeux qui rendent dans leurs urines des graviers asseï volumineux sans éprouver la moindre douleur. li y a une quinzaine d'années, j*ai soi^ié à Meaux, avec Dutraigne, un malade atteint de pyélite calculeuse dont U guérît; ce malade, à nom prédestiné (il s'appelait Pierre de son nom de famille), avait été opéré autrefois d*UDe pierre à la vessie par Sanson, et depuis bon nombre d'années, il rendait à chaque instant, en urinant, sans la moindre douleur néphrétique, des calculs presque aussi gros que des pois; il en avait collectionné un plein boisseau.

Certains individus n*ont dans leur vie qu'une seule atteinte de colique néphrétique; chez d'autres, les acct* dents se reproduisent tous les ans, ou plusieurs fois par an, ou à plusieurs années d'intervalle. Une chose est quelquefois consolante, c'est que les premières coliques sont les plus douloureuses; se fait-il à la longue, une accoutumance, ou une plus grande extensibilité de Turetèrc, je rignore ; mais il est certain que tel patient qni soutirait terriblement pour expulser des graviers d'une certaine dimension, arrive plus tard à expulser des graviers de même dimension avec des douleurs très, atténuées. La cohque néphrétique n'est jamais double d'emblée, mais après avoir eu des cohques par calculs du rein droit, on peut avoir des coliques par calculs du rein gauche.

En dehors des attaques, certains malades éprouYént parfois a la région lombaire une sensation pénible de gène et de pesanteur, ils sont sujets à des douleurs qu'ils qualifient de lumbago, ils marchent légèrement courbés. Us ne peuvent se redresser sans douleurs, ils rendent dans lenra mines du gros sable rougeàtre, peut-être ont^ils dana leur rein le gros calcul dont nous parlerons un peu plua loin.

MAIJ^DIES DES RECSS. I7f

La gravelle rénale et la graTelle bîlîanre ait cmcat m»a

souvent chez le même sujet.

Diagnostic. — Avec un peu d'attenlion, on ne confondra la colique néphrétique, ni aTec la colique héya^tique, ni avec l'attaque appendiculaire, ni avec le lumbago ; mais ce qui est souvent difficile, très difficile, c'est de distinguer les pseudo-coliques néphrétiques de la vraie colique néphrétique calculeuse; je m'explique :

Nous savons depuis Maurice Raynaud que certains tabétiques ont des crises néphralgiques, comme d'autres ont des crises gastriques; or ces crises néphralgiques reproduisent absolument le syndrome de la colique néphrétique calculeuse, et c'est par l'étude approfondie des autres signes ou stigmates du tahes qu'on arrivera au diagnostic. Bien des gens, n'ayant pas la moindre lithiase rénale, peuvent être pris néanmoins des symptômes de la colique néphrétique calculeuse la plus classique : douleurs lombaires avec irradiations, douleur, gonflement et rétraction du testicule, vomissements, oligurie, anurie, brutalité de l'attaque et cessation brusque des accidents, rien n'y manque; et cependant, je le répète, ces gens là n'ont pas la moindre lithiase rénale. Et je ne fais pas allusion ici à ces pseudo-coliques néphrétiques qui peuvent accompagner les lésions saignantes des reins et qui sont dues à la migration de caillots cruoriques à travers l'uretère momentanément oblitéré, mais j'ai en vue les maladies des reins dans lesquelles, par des mécanismes divers, éclate le syndrome néphrétique ; telles sont la tuberculose du rein, les néoplasmes du rein, la dégénérescence polykystique, le rein mobile avec ou sans hydronéphrose intermittente, les pyélites. Tuffîer a fait de ces pseudo-coliques néphrétiques une excellente étude ' ; il a démontré, preuves en mains, qu'on peut avoir ^es accès graves de coliques néphrétiques sans hthiase rénale, et même sans lésion appréciable du rein ou de l'uretère, lï

1. Tuffier. Des pseudo-coliques néphrétiques. La Semaine médicale, 1893, p. i81.

groupe ces faits en deux catégories, suivant qu'il existe ou non, un obstacle au cours de l'urine dans l'uretère.

Dans la première catégorie, rentrent toutes les lésions capables d'amener une obstruction brusque et totale de Kuretère avec distension du bassinet et du rein. Telles sont les pyélouéphrites, y compris la tuberculose rénale, et les hydronéphroses intermittentes, quelle qu'en soit la cause, rein déplacé, coudure de l'uretère, etc. En parefl cas, il est probable que c'est la brusque oblitération de l'uretère et la brusque distension du réservoir rénal qui produit le syndrome néphrétique.

Dans une deuxième catégorie, Tuffîer range les pseudocoliques néphrétiques, dans lesquelles il n'existe aucune cause, ni aucun signe d'obstruction urétérale; il en dte une observation absolument probante : il s'agit d'une jeune femme ayant depuis deux ans des accès de coliques néphrétiques sans hématurie et sans expulsion de graviers. Peu à peu, les accès étaient devenus plus fréquôits et les douleurs absolument intolérables. Soignée dans un service de médecine, celte femme avait été considérée comme une neurasthénique atteinte de névralgie. Après chlorolormisation, on sent le rein légèrement déplacé et Tuffier s'arrête au diagnostic de pseudo-coliques néphrétiques probablement symptomatiques d'une mobilité peu étendue du rein droit. Tous les moyens mé* dicaux mis en usage, y compris la suggestion, restèrent sans etfet. Ce n'est qu'à la longue, les douleurs augmentant toujours d'intensité, que l'opération fut résolue. Le rein fut trouvé absolument sain, sans adhérences; l'aenpuncture, pratiquée dans tous les sens, ne Ût découfrir aucun calcul ; le rein fut fixé et la malade fut guérie sans que les douleurs aient jamais reparu. Peut-être pourraiton invoquer comme pathogénie de ces dernières formeSi une congestion du rein consécutive à une inflexion de la veine rénale; l'expérimentation * semblerait donner raison ù cette hypothèse.

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