‹ Manuel de pathologie interne. v. 3 (volume 2)Chapitre 51 sur 246 · Legueu. Mercredi médical^ 189i, p. Su · texte numérisé non relu

Legueu. Mercredi médical^ 189i, p. Su

qu'une douleur vive de colique néphrétique a éclaté brusquement au flanc gauche et dès ce moment les urines et les hématuries se sont arrêtées; il était évident que l'uretère était oblitéré par un calcul. Bientôt après, ont apparu des vomissements qui se sont répétés les jours suivants, vomissements urémiques avec obscurcissement de l'intelligence et diminution des forces. A l'examen du malade, les reins ne paraissent pas augmentés de volume, mais le flanc gauche est douloureux et les muscles de ce côté se défendent et sont en contracture. Les accidents urémiques devenant menaçants, l'opération fut pratiquée par Legueu. Le rein fut mis à découvert, décortiqué et fendu sur son bord convexe ; dans le bassinet existaient quelques calculs friables qui furent extraits. Dans l'uretère, à trois centimètres de distance, on sentait le calcul oblitérant, cause des accidents ; on put l'extraire eu le faisant remonter par pression jusque dans le bassinet; c'était un calcul phosphatique du volume d'une fève. Les suites de l'opération furent particulièrement simples ; le premier jour de l'opération, le malade urina spontanément, dans les 24 heures, 1500 grammes d'urine; le deuxième jour, 2 litres 300 ; le troisième jour, 2 litres ; le quatrième jour, 1600 grammes. L'urine était de moins en moins colorée ; la guérison fut rapide.

Je viens de parler des cas dans lesquels l'amurie calculeuse éclate dans le cours de coliques néphrétiques, mais il n'en est pas toujours ainsi ; Tanurie càlculeuse peut survenir chez des gens qui n'avaient pas, ou qui n'avaient jamais eu la moindre atteinte de douleurs néphrétiques. £n voici un exemple : Un homme de 56 ans, robuste et bien portant, fut étonné un jour de ne pas uriner ; il n'en éprouvait aucun besoin ; il fit mander un médecin, qui pratiqua le cathétérisme, mais la vessie était vide, elle ne contenait pas une seule goutte d'urine; il no s'agissait donc pas de rétention d'urine, il s'agissait bien d'anurie. Cette anurie persista pendant quelques jours sans douleur, sans autre incident, et le malade entra à

l'hôpital dans le service de Tennesson. A ce moment» le malade n'avait pas uriné depuis dix jours et la vessie était vide (anune). On pensa tout d'abord à une anurie calculeuse, mais toutes les réponses du malade furent négatives, il n'avait jamais eu de coliques néphrétiques, jamais d'hématurie, rien, en un mot, qui pût indiquer l'existence de la lithiase rénale. A la palpatîon de l'abdomen, pas de tumeur, à la pression, pas de sensibilité des régions lombaires. Cependant, voici que les accidents urémiques entrent en scène : vomissements, hoquets, diarrhée, dyspnée, secousses convulsives, délire, se succèdent, et le malade succombe dans le coma urémique an quatrième jour de son anurie. A l'autopsie, on constate la vacuité de la vessie ; l'uretère droit est complètement obstrué à son tiers supérieur par un calcul unique du volume d'un gros pois. Pas d'hydronéphrose, c'est à peine si un des calices est dilaté en forme d'ampoule grosse comme une noix. L'uretère gauche est complètement libre ; dans un des calices de ce rein, existe un calcul urique du volume d'un haricot. Il s'agissait donc bien d'une anurie calculeuse survenue dans le cours d'une lithiase rénale absolument latente ^

Les observations que je viens de citer contiennent toute l'histoire de l'urémie calculeuse. Nous y voyons d'abord que cette urémie calculeuse ne survient pas toujours dans le cours d'une colique néphrétique, comme on serait trop tenté de le supposer; il est vrai que dans la mi^o* rite des cas, elle fait pour ainsi dire partie de la colique néphrétique, elle lui succède, elle la suit de près, mais dans d'autres circonstances, elle survient chez des g^ns qui n'ont eu qu'une ébauche de oolique néphrétique ou même chez des lithiasiques qui n'en ont jamais eu, elle éclate alors comme le premier et terrible signe révélateur de la lithiase rénale.

U y a deux périodes dans l'évolution de l'urémie calculeuse; une période de tolérance et une période d'uré»

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