‹ Manuel de pathologie interne. v. 3Chapitre 109 sur 198 · Jaccoud. CUh, méd., 1886. p. fô · texte numérisé non relu

Jaccoud. CUh, méd., 1886. p. fô

cadée, épanchement pleural plus ou moins considérable se résorbant généralement après l'accès.

Relativement à leur type, les fièvres pernicieuses offrent quelques différences.

Torti et Morton, qui observaient, Tun dans le nord de ritalie, Fautre en Angleterre, avaient dit que les accès pernicieux prennent le type tierce, et leur assertion reste en partie vraie pour les climats tempérés, mais il n'en est plus ainsi dans les pays chauds (Algérie) et surtout dans les contrées tropicales (Indes, Sénégal), où les fièvres pernicieuses revêtent principalement le type rémittent et le type continu; on voit même dans quelques climats européens (Campagne romaine, Grèce, Corse, etc.) la fièvre pernicieuse changer son type périodique en type continu (Colin).

Généralement, dans le climat méditerranéen, les accidents pernicieux n'éclatent qu'après un certain nombre d'accès antérieurs, intermittents ou rémittents, mais dans certaines contrées, dans les pays où la malaria sévit épidémiquement avec intensité, aux Indes, au Sénégal, au Tonkin, etc., les accidents peuvent être pernicieux d'emblée. Il est fort rare que la fièvre pernicieuse soit mortelle dès son invasion ; mais comme les fièvres pernicieuses, anomales de leur nature, n'ont pas dans leurs accès la régularité des fièvres intermittentes, comme les paroxysmes sont souvent anticipants et subintrants, comme la pernicieuse, je le répète, perd souvent son type périodique pour prendre un type continu, les symptômes pernicieux, le délire, l'algidité, le coma, durent parfois une demi-journée, une journée et plus encore, sans qu'on puisse saisir ni rémission, ni périodicité ; la fièvre même peut faire défaut ; on aurait donc grand tort de prendre la périodicité comme guide dans des cas qui réclament une attention toute spéciale et une intervention qui ne souffre aucun retard.

Il est souvent difficile de saisir les nuances qui indiquent qu'une fièvre rémittente ou intermittente ?a de*

KALADIES INFECTIEUSES PROPRES A L*UOMME. 309

venir pernicieuse ; cependant, en temps d'épidémie, les symptômes anormaui, les troubles nerveux qui apparais- MDtpendant la période de rémission, doivent donner réveil. Le diagnostic des fièvres palustres pernicieuses est souvent fort difficile, dans les pays chauds surtout, où le paludisme, par ses aspects multiples, simule si bien d'autres maladies (fièvre typhoïde bilieuse, fièvre jaune, choléra, dysenterie, coup de chaleur) maladies qui se développent à ses côtés. Dans le cas d'hésitation, on commence toujours, il est vrai, par administrer la quinine, mais c'est un moyen souvent insuffisant pour éclairer le diagnostic. L'examen du sang est le seul vrai contrôle, et, à part quelques rares exceptions, la recherche de ^^hématozoaire permet de lever tous les doutes.

PALODISMB GHRONIQUE. — ANÂMIE ET CACHEXIE PALUSTRE.

Les malades qui ont eu la fièvre intermittente ou la Qèvre rémittente conservent souvent des troubles organises d'autant plus accusés que leurs accès ont été plus intenses ou plus souvent répétés. L'anémie est précoce, Ce qui n'a pas lieu de surprendre quand on sait qu'un 3eul accès fait perdre au sang plusieurs centaines de ttiille de globules rouges par millimètre cube (Kelsch). La peau prend une pâleur terreuse, les malades mai- Krissent et se plaignent d'abattement, de lassitude, de lourdeur de tète, de palpitations.

La rate est volumineuse ; lorsqu'elle est peu hypertrophiée, elle échappe à la palpation et ne dépasse pas le rebord des côtes ; toutefois on la découvre à la percussion et l'on constate que son diamètre longitudinal reste parallèle au rebord des fausses côtes. Lorsque l'hypertrophie est considérable, la rate forme une énorme tumeur parallèle à la ligne médiane, elle envahit l'hypochondre gauche, empiète sur les régions voisines, et, si ton ligament phrénico-splénique est allongé ou rompu.

elle devient mobile et se déplace. La rate hypertro;phiée provoque souvent une sensation douloureuse de pesanteur et de tiraillement. Toutefois une tumeur splénique ancienne n*est pas incompatible avec un état de santé satisfaisant,

Le foie subit une tuméfaction analogue à celle de la rate, mais les lésions du foie sont plus rares et plus lentes à se produire ; je parle de ce qui se passe dans nos contrées, car, dans les pays chauds, un premier paroxysme détermine souvent une tuméfaction hépatique aiguë. L'hypertrophie hépatique, bien que générale, se fait surtout vers la surface de l'organe (gâteau hépatique). Dans certains cas les tumeurs hépatique et splénique se rejoignent et envahissent une partie de la cavité abdominale.

L'impaludisme chronique peut déterminer des lésions des poumons et dès bronches au même titre que les lésions de la rate et du foie. Les observations publiées à ce sujet sont concluantes (Frerichs, Lancereaux, Grasset)*. Les bronchites chroniques et la sclérose pulmonaire d'origine paludéenne peuvent débuter par des poussées aiguës ou sont chroniques d'emblée.

Parmi les manifestations pulmonaires de Timpaludisme, dit de Brun> dans un excellent travail, il existe une forme de congestion chronique se localisant à un ou au deux sommets du poumon et se traduisant par de la submatité, de l'exagération des vibrations thoraciqucs, du souffle et un retentissement vocal exagéré. Cette congestion s'accompagne rarement de râles. Elle cède en général à un traitement prolongé par le sulfate de quinine. Gomme elle coexiste le plus souvent avec la cachexie fébrile, on pourrait facilement confondre cette lésion avec une induration tuberculeuse du poumon (de Brun).

1. Grasset. Affections ehron. des voies respiral, d'origine paludéenne. Th. de Montpellier, 1873.

2. De Brun, l^lndc sur le pneiiino-pnlndismo <lii âonmx'l. Revue de niéil,:cine^ mai et linvriiil re IS. 5.

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muons INFEGTIEliSES PROPRES A L'HOMME. 311

Des himorrkagies rétiniennes ont été observées dans le Ociiirs de i'impaludisme chronique comme après des accès -'V^rfles aigus; il en résulte des Iroubles oculaires qui «ayant se reproduire et persister pendant plusieurs ois^

Chei les gens qui ont élé profondément atteints par nfection palustre, chez ceux qui se sont mal soignés et i ont vécu dans de mauvaises coijdilions hygiéniques, 2s symptômes d'anémie palustre arrivent à la cachexie infirmée. Le teint est bistré, la peau est sèche, Tamai- Tissement contraste avec le volume du ventre conséwitif au déYeloppement du foie et de la rate ; il y a sou- «nt des œdèmes, de Tascite, de Talbiiminurie, de la iarrhée, des épistaxis, des ulcémtions aux jambes, de L "* aménorrhée. Cette période cachectique, quelquefois K.jT-'aTersée par des paroxysmes irréguliers, peut se ternnioer par la guérison, mais elle aboutit plus souvent à 1 ^mort (ûèYre hectique, tuberculose, hépatite chronique, v^^phrite chronique, pneumonie).

Dans certaines contrées à malaria, un grand nombre cl "habitants portent Tempreinte de Tanéinie et de la ^^achexie palustres, sans avoir jamais eu d'accès intermittents ou rémittents : la cachexie s'établit d'emblée, à la t'açon d'une intoxication chronique ; on voit mAme des ^infants qui naissent avec des engorgements de la rate et du foie et avec la teinte cachectique des tégiimonts. Chez ^es anciens paludiques, les fractures se consolident mal et la formation du cal est souvent retardée (Verncuil *).

Le pronostic de la cachexie palustre est fort grave, cette cachexie étant Faboutissant de toutes les manifestations de rinfection palustre, et survivant aux recru- <lc^nces endémo-épidéniiques de la malaria.

1- Lévrier. Accid. oculaires dan» tes f. tntermit. Th. de Paris, 1879. ^ Vorneuil. Du paludisme {Revue de médecine, 1880 et 1882).

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