Béclère. Société médicale de» Mpitaux^ 10 janyicr
aperçoit déjà sur la peau de petites taches roses qui le lendemain soulèvent l'épiderme sous forme de vésicules et de bulles remplies d'un liquide clair ou légèrement teinté. Dès le second jour la bulle est constituée; parfois elle s'ombilique; elle atteint le volume d'une lentille, d'un petit pois ; le lendemain elle s'entoure d'une aréole inflammatoire douloureuse, le liquide qu'elle contient devient purulent, puis elle se rompt et se sèche, en laissant à sa place une croûte noirâtre analogue à celle qui succède à une pustule d'ecthyma. Trois jours suffisent donc à la bulle de la varicelle pour accomplir son évolution, tandis que huit jours sont nécessaires à la pustule de la variole.
Il n'est pas rare que Téruption de la varicelle laisse après elle quelques cicatrices légères, surtout si les enfants se grattent et arrachent les croûtes.
L'éruption de la varicelle ne se fait pas d'un seul coup ; elle se fait par poussées successives accompagnées d'un mouvement fébrile, et se succédant pendant quatre ou cinq jours et même pendant huit et quinze jours. L'éruption n'a pas de prédilection spéciale pour telle ou telle partie du corps; elle débute et elle se propage en même temps au visage, au tronc, aux membres; on compte une douzaine de « boutons » le premier jour; on en compte trois fois plus, dix fois plus, le jour suivant, et ainsi de suite pendant plusieurs jours. Toutefois, la varicelle reste toujours plus ou moins discrète, l'éruption, pour si généralisée qu'elle soit, ne devient pas conttuente. 11 n'y a pas une forme confluente de l'exanthème varicellique, il n'y a que des formes plus ou moins généralisées.
La varicelle est parfois accompagnée de rash scarlatiniforme, morbillilorme ou érythémateux*. Le rash ne dure guère plus de 24 heures ; il suit les éruptions varicelliques, mais il ne les précède pas.
1. Gaillard, Chauffard. Société médicale des hôpitaux^ 19 et 26 juin
L'éruplion de la varicelle peut envahir les muqueuses de différentes régions (bouche, langue, luette, amygdales), elle peut envahir la conjonctive et la cornée (kérato-conjonctivite), elle peut même siéger au larynx et déterminer une laryngite varicelleuse, des spasmes glottiques et des accidents mortels. Au cas d'éruption laryngée, les ulcérations, petites et nettement circulaires, occupent surtout les cordes vocales*.
Les complications sont rares au cours de la varicelle. Néanmoins, on a constaté la néphrite f habituellement bénigne et passagère et très exceptionnellement meurtrière (Henoch). La gangrène est une des complications les plus inattendues de la varicelle ; la maladie a évolué normalement, les vésico-pustules se dessèchent, la guérison est proche, lorsque sans cause appréciable, sans avertissement, quelques vésicules s'injectent de sang, se nécrosent, s'ulcèrent; les ulcérations gangreneuses gagnent en étendue et en profondeur, et la maladie se termine généralement par la mort. Ces faits sont heureusement tout à fait rares.
Diagnostic. — L'aspect vésiculo-bulbeux de l'éruption, se faisant par poussées successives, permet d'affirmer la varicelle. En examinant l'éruption sur toute la surface du corps, il est rare qu'au milieu de vésicules naissantes et de vésico-pustules plus ou moins purulentes ou desséchées, on ne retrouve pas quelques vésicules adultes, quelques bulles cristallines, transparentes, arrondies, indice certain de la varicelle. La distinction néanmoins est parfois délicate entre la varicelle et la varioloïde ou variole modifiée. Voici cependant quels sont les éléments du diagnostic : La période d'invasion de la varioloïde dure trois jours au moins, et la fièvre, la céphalalgie, la rachialgie, les vomissements en sont les symptômes habituels; tandis que la période d'invasion de la varicelle dure une
1. Varicelle du larynx; laryngite suffocante varicelleuse. Marfan et flailé. Revue det maladies de l'enfance^ janvier 1898.
journée et les symptômes d'inyasion sont insignifiants (inah'ifie, courLature, léger mouvement fébrile). L'éruption de la varioioïde n'apparaît pas avant la fin du troisième jour ou le commencement du quatrième, tandis que l'éruption de la varicelle apparaît en 24 heures.
L'éruption de la varioioïde débute par la face, Téruption de la varicelle se fait d'emblée, par une première poussée sur différentes régions du corps. L'évolution de l'éruption variolique aboutit lentement à une pustule ombiliquée, l'évolution de l'éruption varicellique aboutit en 24 heures à une vésicule, à une bulle limpide et transparente.
Cette discussion sur le diagnostic de la varicelle et de la varioioïde nous conduit à une autre question de premier ordre : la varicelle et la varioioïde sont-elles deux maladies distinctes, ayant chacune son individualité, sa spécificité, ou bien la varicelle n'est-elle qu'une atténuation, qu'une variété de la varioioïde?
C'est Trousseau qui le premier a nettement séparé la varicelle (petite vérole volante) de la varioioïde. Considérée d'une manière générale, disait Trousseau*, la varicelle présente des différences tellement tranchées avec la varioioïde, que l'on ne comprend pas comment cette confusion a pu être possible. En efi'et, l'histoire des épidémies nous l'apprend, la varicelle peut régner isolément; la varioioïde ne règne jamais épidémiquement sans être accompagnée de cas de varioles légitimes. Jamais la variole n'attaque un enfant qui a été vacciné deux, trois ans auparavant, et l'on peut impunément tenter sur lui l'inoculation de la variole; mais ce même enfant, au contact d'un autre enfant qui a la varicelle, prend très facilement cette maladie. De plus, si un individu qui vient d'avoir la varicelle se trouve dans un foyer de contagion variolique, il ne devrait pas contracter la variole, si la varicelle dont il porte encore les traces n'était qu'une variole modifiée ;