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EMPOISONNEMENT PAR L'OPIUM, LA MORPHINE

ET LA cocaïne.

Opium, — VempoUonnemeni aigu par l'opium est un des plus fréquents. Le laudanum compte parmi les moyens de suicide les plus usités, et l'emploi thérapeutique dft l'opium expose à de nombreux accidents. Les jeunes> enfants, surtout les nouveau-nés, sont particuhèrement sensibles à l'opium, et il a quelquefois suffi d'une seule goutte de laudanum pour amener des accidents morleis*

Chez l'adulte la dose toxique mortelle serait de I gramme (Boffmann).

L'empoisonnement peut être foudroyant quand il succède à l'absorption de doses massives d'opium, et les malades tombent d'emblée dans le coma. La mort survient rapidement, en quelques heures, parfois en une demi-heure, sans convulsions et sans délire, avec dilatation des pupilles (Tardieu).

£n général, la marche de l'intoxication est moins rapide, et les malades d'abord excités se plaignent de maux de tête, ils accusent des battements dans les tempes. Le cœur bat avec violence, le pouls est rapide. La peau se couvre souvent de plaques d'érythème et de purpura. La langue et la gorge sont rouges et sèches. Les nausées et les vomissements apparaissent, les urines se suppriment. La constipation est absolue. U existe du délire, de l'agitation et un symptôme qui est presque pathognomonique de Tintoxication, une contraction des pupilles, un myosis absolu. Au bout de quelques heures, l'excitation cesse pour faire place à une phase de dépression absolue. Le coma dure plus ou moins longtemps, interrompu quelquefois par des mouvements convulsifs, et la mort ne tarde guère : elle est annoncée par la dilatation des pupilles et par le relâchement des sphincters.

V empoisonnement chronique par l'opium est extrêmement rare en France et en Europe, mais très fréquent au contraire en Chine, au Japon, en Annam, au Tonkin où l'opium est fumé, et en Asie Mineure, en Perse, en Turquie où l'opium est absorbé parla bouche. Les symptômes de cette intoxication se traduisent par une déchéance organique et par une décrépitude complète.

Le traitement de l'empoisonnement aigu consiste à éva cuer ce qui reste de poison dans l'estomac (vomitifs, lavages de l'estomac). 11 faut stimuler les malades, donnerdu café en infusion et en lavements.

Morphine. — Le morphinisme s'observe dans les conditions suivantes : tel individu atteint d'affection incurable.

douloureuse, prend l'habitude de calmer ses soufTpances uvec la morphine ; ce qui n'était d'abord qu'un moyei de soulagement devient plus tard un besoin, on ne peiil plus se passerde l'injection de morphine, on en augmente graduellement les doses et on devient morphinomane. Telles personnes cherchant dans la morphine un oubh à leurs ennuis, à leurs chagrins, ou trouvant dans la morphine un excitant de l'intelligence ou des sens, arriveil peu à peu à l'abus de la morphine et au morphinisme. Bon nombre de morphinomanes sont des névropathes eL le plus souvent c'est parce qu'on est névropathe qu'on, devient morphinomane. Les doses de morphine prises em. injections journalières sont des plus variables; elles peu — vent atteindre 25 et 50 centigrammes ; 1,2 ou 3 grammes^

Les symptômes du morphinisme mettent un certaiim temps à évoluer, et ce n'est qu'au bout de 6 à 8 mois, uim an, que le morphinomane présente un aspect spécial. La. face est pâle, couverte de rides précoces, parfois terreuse.- Les pupilles sont rétrécies; la volonté est affaiblie. L'in — somnie est la règle. La bouche est sèche, la soif ardente». L'appétit est perdu ou exagéré. Les digestions sont lentes^ sans nausées ni vomissements. D existe parfois du pyrosis^ L'injection de morphine détermine souvent une sensatioi» de constriction épigastrique bien connue des malades. Laconstipation est opiniâtre et le ventre ballonné. Les pal — pitations sont fréquentes, le pouls est irrégulier et inter — mittent. Les facultés génésiques s'afTaibhssent ; chez le^ femmes la menstruation peut être troublée, et il y a tendance à l'avortement. Les urines sont quelquefois sucrées ou albumineuses. La peau des malades est à la longue couverte de nodosités indurées, de croûtes, d'abcès, d'ulcérations, autant d'accidents parfois très graves qui sonL dus à l'usage de seringues mal entretenues ou de solutions sepliques.

Les troubles psychiques et mentaux ne sont pas rares - Le morphinisme aggrave les traumatismes, retarde Ja guérison. Le morphinomane peut être pris, soit à l'oc-

casion d'une maladie intercurrente, soit du fait de son intoxication, de delirium tremens et d*excitation maniaque terrible, analogue aux accidents aigus de Talcoolisme.

Le seul traitement est la suppression de la morphine, mais comment faire entendre raison aux malades? L*injection de morphine devient chez eux un besoin tellement impérieux, que pour rien au monde ils ne veulent s'en passer. Tel morphinomane qui est triste, sombre, abattu, inquiet, s'il n'a pas eu sa piqûre de morphine depuis quelque temps, devient gai, loquace, animé, dès que sa piqûre de morphine a été faite. Le morphinomane a la nostalgie de sa piqûre, il se privera de boire et de manger, il se privera de tout, mais il ne se privera pas de sa piqûre. Qu'il soit au théâtre, qu'il passe la soirée chez des amis, il trouve toujours moyen, à la dérobée, de faire sa piqûre. Dans la crainte de manquer de morphine, le morphinomane en fait des provisions parfois énormes, il en a dans ses armoires, dans les tiroirs de son bureau, dans ses poches, il possède une série de seringues de Pravaz et une quantité d'aiguilles de rechange. Le morphinomane qui est en traitement et chez lequel on cherche à supprimer la morphine déjoue la surveillance la plus absolue; il trouve toujours moyen, à prix d'argent, ou autrement, de se procurer de la morphine; il la cache dans son lit, dans ses chaussures; quand il ne peut se l'injecter sous la peau, il la prend autrement, j'en ai vu un qui dans un accès d'excitation maniaque, mangeait sa morphine, dont il avait une énorme provision.

On comprend combien doit être difficile le traitement chez des gens qui voudraient bien s'y soumettre, mais qui ne le peuvent pas. Il faut éviter de supprimer brusquement la morphine, car la suppression brusque expose les malades à une série d'accidents dont les plus graves sont un délire violent, une diarrhée rebelle et des accès de collapsus. On met deux, trois mois, six mois, s'il le

faut, à diminuer semaines par semaines, et très peu à la fois la dose de morphine.

Cocaïne. — La cocaïne, même à faible dose, peut amener la mort quand il n'y a pas accoutumance au médicament, mais quand les doses sont successives et surtout progressives, on n'observe jamais de terminaison fatale, mais on voit se dérouler une série d'accidents qui sont décrits sous le nom de cocaïnisme chronique.

Dans Vintoxication aiguë, à la suite d'injections faites dans un but analgésique (ouverture d'abcès, avulsion de dents), les malades éprouvent presque immédiatement une angoisse précordiale des plus pénibles. Le cœur bat violemment, le pouls devient petit et filiforme. En même temps apparaissent des nausées, des vomissements, et le patient, pâle, anxieux, défaillant sent la vie qui lui échappe et a la sensation de la mort prochaine. Parfois les muscles de la face et du cou sont pris de convulsions qui dans les cas graves simulent une attaque d'épilepsie, et peuvent se terminer par la mort. En général ces accidents durent peu, et la guérison survient rapidement..

Les troubles du cocaïnisme chronique sont surtout des troubles intellectuels, qui donnent lieu à une véritable folie, la folie cocaïnique. Le délire est essentiellement hallucinatoire (Saury) : les malades croient avoir sous la peau des petits corps, des insectes, des petits animaux qui les piquent sans cesse et qu'ils essaient toujours d'extraire : il existe aussi des hallucinations de la vue, de l'ouïe, de l'odorat et du goût. Parfois il s'y joint du délire de persécution. Les troubles de la mémoire et Tabolition de la volonté sont des symptômes très fréquents. On observe également une accélération et une irrégularité du pouls, des sueurs profuses, de la diarrhée. L'amaigrissement est rapide et constant. L'impuiss sance génitale est habituelle.

L'intoxication par la morphine peut être associée au cocaïnisme» surtout chez certains névropathes qui sont

héréditairement nerveux et qui deviennent de vrais toxicomanes.

A Tempoisonnement aigu, il faut opposer les injections sous-cutanées d'éther et Tinfusion de café. Le traitement du cocaïnisme chronique se borne à la suppression lente et progressive du poison.

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