‹ Manuel de pathologie interne. v. 3Chapitre 189 sur 198 · S 9. PELLAGRE · texte numérisé non relu

S 9. PELLAGRE

La pellagre, mot hybride, formé depellis, peau, et &tp>« affection, est une maladie générale, caractérisée par des altérations cutanées, érylhémateuses, des parties qui ne sont pas couYertes, et par des troubles nerveux et digestifs.

Ëtiologie. — La pellagre existe à l'état endémique ou à rétat sporadique. A Tétat endémique, on la rencontre dans différents pays, en France où elle est bien rare aujourd'hui après avoir été assez fréquente dans les Landes et sur la frontière des Pyrénées; en Espagne où on la trouve surtout dans les Asturies et la Galice ; en Italie qui lui fournit un contingent considérable dans les plaines de la Lombardie et de la Yénétie. A Tétat sporadique, la pellagre se rencontre partout : à Vienne, en Westplialie, en Grèce; et pour ce qui est de la France, on Ta constatée à Paris, dans TAlIier, en Sologne, en Normandie, dans le Rhône (Bouchard), dans la Marne (Landouzy).

Le sexe n'a aucune influence prédisposante, mais la pellagre est plus commune chez les adultes et chez les enfants que chez les vieillards. Elle n'est ni contagieuse, ni héréditaire (Bouchard). Certains auteurs admettent une origine parasitaire de la pellagre; l'agent pathogène, schizomycète bacillaire, siégerait sur le maïs avarié et gâté : on l'aurait retrouvé dans les viscères et dans la substance cérébrale de pellagreux (Majocchi); mais (( cette opinion aurait besoin d'être confirmée par de nouvelles recherches* ».

La pellagre est produite vraisemblablement par une alimentation défectueuse. On a voulu faire jouer un très

1. Gaucher et Barbe. Article Pbllaorb du TraUé de médecine et de Uiérapeuiique, t. lU, 1807, p. 64tt.

grand rôle à l'usage du maïs avarié (Balardini, Roussel). Dans l'intérieur des grains se développerait un champignon, qui causerait une maladie du maïs, le verdety et les grains atteints de cette afiection produiraient chez les animaux qui les ont ingérés une cachexie profonde (Balardini, Lombroso). Mais la pellagre peut se rencontrer chez des gens qui ne font aucun usage du maïs (Hameau, Bouchard, Gintrac), elle se développe, par contre, chez des gens qui sont dans la misère et qui se nourrissent avec des aliments défectueux, de mauvaise qualité. Aussi, la misère, l'alimentation insuffisante, les troubles de la digestion chez les aliénés et chez les alcooliques sont-ils le plus souvent la cause de la pellagre (Hardy, Gaucher). L'érythème cutané du pellagreux est en partie provoqué par la radiation solaire, et surtout par les rayons chimiques, les rayons violets (Bouchard).

Symptômes. — La maladie débute par une sorte de lassitude et d'abattement, avec céphalalgie, diarrhée, parfois nausées et vomissements, puis, vers le mois de mars suivant, on voit les mains se recouvrir à leur face dorsale, d'une teinte rouge bleuâtre, plus ou moins foncée, accompagnée d'une sensation de cuisson violente. La face dorsale des deux dernières phalanges est presque toujours respectée (P. Raymond). La rougeur s'arrête ordinairement à la face dorsale du poignet; elle envahit quelquefois Tavant-bras jusqu'au coude. L'érythème peut siéger aussi à la face dorsale des pieds, au cou, à la partie supérieure de la poitrine, à la face chez les enfants et chez les femmes. Au bout de dix à vingt jours, survient une desquamation qui se fait en lames foliacées grisâtres, plus rarement en squames furfuracées. En même temps l'érythème s'efface, la peau brunit, elle se pigmente par petites plaques qui s'agrandissent avec les nouvelles poussées érythémateuses, de sorte que les lieux d'élection de l'éruption finissent par prendre une teinte générale foncée brunâtre (Brocq). Au bout d'un certain temps la peau s'atrophie et ressemble « beaucoup à la peau

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sèche, ratatinée, de certains vieillards cachectiques* ».

Outre les lésions cutanées, on note des troubles digestifs très marqués, les lèvres et la muqueuse buccale sont rouges, enflammées et tuméfiées, les gencives sont parfois fongueuses et saignantes; la langue est rouge, lisse, quelquefois recouverte d'ulcérations aphtheuses. U existe de la galstralgie, des nausées, du pyrosis, le tout accompagné d'inappétence, ou, plus généralement, de boulimie. La diarrhée est presque constante, avec ou sans hémorrhagies intestinales.

Les troubles nerveux consistent en céphalalgie frontale, névralgies, rachialgie, fourmillements, bourdonnements d'oreille, affaiblissement graduel de l'ouïe et de la vue. Les membres inférieurs sont souvent parésiés (Hameau) ; la paralysie s'accentue et gagne les membres supérieurs. Parfois il existe des crampes, des contractures tétaniformes, des convulsions épileptiformes. Les troubles intellectuels peuvent simuler ceux de la paralysie générale (Baillarger) ; on note souvent de la lypémanie qui conduit parfois au suicide, surtout au suicide par submersion (Strambio).

La durée de la pellagre est très variable, elle est comprise entre quelques mois et quelques années ; même dix ou vingt ans. La guérison est possible quand la maladie se développe chez des jeunes gens et quand elle est traitée à temps. La terminaison mortelle est très fréquente, elle est due au suicide, à une complication pulmonaire (pneumonie hypostatique, tuberculose), ou à la cachexie pellagreuse. Le pronostic de la pellagre est donc fort grave.

Diagnostic. — L'érythème de la pellagre se distingue des érythèmes pellagroïdes en ce que les troubles intestinaux et les altérations mentales manquent dans ces derniers; l'érythème pellagroïde est une affection bénigne qui rétrocède souvent, tandis que la pellagre est sujette à des recrudescences saisonnières et périodiques

i. P. Raymond. Annales de dermatologie^ 1889, p. 027»

(Janselme) : cependant certains érythèmes pellagroîdes, pourraient bien n*être qu*une des formes de la pellagre (Gaucher). L*éry thème pellagreux se distingue facilement de Teczéma du dos des mains qui est plus généralisé et suintant, il ne sera pas confondu avec Térythème solaire qui ne s'accompagne d'aucun trouble général.

Anatomie pathologique. — Les lésions sont excessivement variées et peu caractéristiques^. U existe une atrophie générale de tous les viscères, surtout appréciable à la rate, parfois de la stéatose du foie, souvent de Fhyperhémie généralisée de la muqueuse du tube digestif, de la gastrite interstitielle et de Fentérite ulcéreuse. La moelle est souvent atteinte (Bouchard) ; ' les cordons postérieurs sont légèrement sclérosés au niveau des cordons de Goll, on a constaté la dégénérescence et Tatrophie du groupe postérieur des cellules des colonnes de Glarke (Tuczek, Marie). Les méninges sont parfois un peu injectées et adhérentes. Gomme lésions dominantes de la peau citons la diminution d'épaisseur de Tépiderme et la disparition des papilles (P. Raymond).

Traitement. — Une bonne alimentation, un traitement tonique, la protection des parties découvertes contre les rayons solaires, l'emploi de l'arsenic (Lombroso), sont les moyens habituellement mis en usage de combattre utilement la pellagre.

1. Gaucher et Sergent. Étude microscopique d'un cas de pcUagre sporadique. Soe. méd. des hÔpiL, 18 juillet 1895.

Fîli DU TOME QUATRIÈME ET DERNIER.

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