FORMES CLINIQUES DE LA. FIEVRE TYPHOÏDE
Après avoir étudié l'évolution normale d'une fièvre typhoïde de moyenne intensité, il me reste à énumérer les formes et les aspects que peut revêtir la maladie, suivant les individus et suivant les épidémies. Ces formes^ on le verra, s'éloignent assez du tableau classique qui a servi de type à ma description.
Fièvre typhoïde légère. — Ici, comme dans toutes les maladies infectieuses, comme dans les fièvres éruptives, on trouve des formes légères, frustes, atténuées. Il y a des formes légères, qu'on désigne improprement sous le nom de fièvre muqueuse^ et dans lesquelles tous les symptômes sont atténués. Il faut abandonner cette dési-
1. Hutinel. Convalescence et rechute de la fièvre typhoïde. Thèse d'agrégation, Paris, 1883.
lOS MALADIES GÉNÉRALES ET INFECTIEUSES.
gnation de fièvre muqueuse, et savoir que ces fièvres typhoïdes légères, d'habitude fort bénignes, ne sont pas à l'abri des terribles accidents, hémorrhagie, perforations intestinales, péritonite, qui surviennent parfois dans le cours de cette maladie.
Fièvre typhoïde abortive, — La dénomination de typhm ahortif, créée par Lebert, correspond à ce que d'antres auteurs nomment typhus levissimus; et, suivant la jnste remarque de Griesinger, ce mot de levissimus ne doit pas s'appliquer à l'extrême bénignité des symptômes, mais plutôt à la courte durée de la maladie. Dans cette forme de fièvre typhoïde, l'invasion est brusque et fébrile, h courbe de la température et les symptômes, épistaxis, diarrhée, gonflement de la rate, exanthème rosé, ressemblent à peu près à ceux d'une dothiénentérie légère; puis, du septième au quatorzième jour, a la maJadie tourne court, se comportant à l'égard du typhus abdominal comme la varioloïde à l'égard de la variole ». (Jaccond.) Avec la chute de la fièvre coïncident habituellement des sueurs critiques. U est possible, ajoute M. Jaccoud, mais non démontré, que dans les formes abortives, l'altération intestinale soit bornée à l'infiltration des glandes et que la résorption remplace la nécrose et l'élimination consécutive.
Typhus ambulatorius, — La forme précédente, dite abortive, était caractérisée par sa courte durée et par dei symptômes assez nettement accentués quoique bénins. La forme ambulatoire, ainsi nommée parce que les sujets se sentent si peu malades qu'ils continuent à marcher, est pour ainsi dire latente. La fièvre est nulle ou du mmns insignifiante; le malaise, la céphalalgie, l'insomnie, la diarrhée, qui sont si accusés dans les formes habitudes de la diothiénentérie, sont ici à l'état d'ébauche ; on peut constater néanmoins du gonfiement de la rate, des taches rosées lenticulaires et des râles de bronchite, mais le sujet, ne se considérant pas comme malade et n'ayant pas perdu son appétit, quitte son ht, se lève, marche et cherche à s'occuper. Malgré cette apparente bénignité» Ift
malade n'en est pas moins sous le coup des hémorrhagies intestinales, des perforations et des péritonites, et à l'autopsie on trouve toutes les lésions de la fièvre tyhoïde*.
Fièvre typhoïde adynamique, — Cette dénomination ne vise pas les symptômes adynamiques secondaires qui surviennent dans le cours des fièvres typhoïdes graves, elle s'applique aux fièvre typhoïdes qui rapidement, dès les premiers symptômes d'invasion, revêtent les allures adynamiques. C'est un afi'aissement et un abattement de l'économie tout entère : mollesse excessive du pouls, stupeur profonde et persistante, délire tranquille, surdité, paralysie de la vessie, diarrhée extrêmement abondante, météorisme considérable, fétidité de la transpiration et de l'haleine, tendance aux hémorrhagies et au sphacèle, tels sont les caractères de cette forme adynamique, qui correspond aux fièvres malignes putrides des anciens, et dont le pronostic est généralement funeste.
Fièvre typhoïde ataxique, — Ce n'est plus, comme dans la forme précédente, « la prostration, l'afTaissement des fonctions animales ; c'est au contraire leur désordre, leur incohérence, leur défaut d'harmonie ». (Trousseau.) D'emblée la forme ataxique se révèle : la fièvre est intense, la température est excessive, le malade accuse des crampes et des douleurs lombaires, le délire est précoce, parfois violent, furieux, avec loquacité, hallucinations et vociférations; il y a du strabisme, du mâchonnement, du tremblement des muscles de la face et des lèvres, du tremblement des mains et des doigts, de la carphologie, des soubresauts de tendons, des mouvements convulsifs. Cette variété de dothiénentérie, fièvre maligne des anciens, est certainement la plus meurtrière; elle enlève les malades en quatre, cinq, six jours; dans quelques cas elle aboutit aux symptômes adynamiques et forme alors la variété mixte ataxo-adynamique. Il faut toujours se méfier des fièvres typhoïdes à forme ataxique, même quand les symptômes sont légers.