‹ Manuel de pathologie interne. v. 3Chapitre 78 sur 198 · Widal et Besançon. Soc. méd, des hôpH.^ 1895, p · texte numérisé non relu

Widal et Besançon. Soc. méd, des hôpH.^ 1895, p

lâ salive, à titre d'hôtes inoffensifs, des streptocoques dénués de toute virulence ; il semblerait vraiment qu*il s'agisse là d'une espèce particulière ; mais que la virulence de ces streptocoques vienne à être exaltée pathologiquement, ou expérimentalement, et ces streptocoques, primitivement inoffensifs, vont acquérir toutes les propriétés pathogènes des streptocoques les plus virulents ; ils pourront produire chez les animaux, ainsi que l'ont vu Widal et Besançon, l'érysipèle, la suppuration, la septicémie, l'endocardite végétante.

Les expériences de Widal sont fort concluantes : le même microbe en transformant sa virulence peut produire tantôt la suppuration, tantôt la plaque érysipélateuse ; si l'on fait passer chez le lapin le streptocoque retiré du pus, la virulence en est exaltée, le microbe peni ses propriétés pyogènes et il devient apte à produire l'érysipèle*.

Tout cela prouve bien que le même agent peut déterminer l'érysipèle et la suppuration. Ce fait éclaire la pathogénie de certains érysipèles phlegmoneux ainsi que la coïncidence et la contagion réciproques de l'érysipèle et de l'infection puerpérale observés dans certaines épidémies.

En résumé, tous les streptocoques d'origine humaine peuvent être ramenés au même type. Ils peuvent momentanément s'écarter de ce type, suivant le terrain et suivant le milieu dans lequel ils évoluent, mais ils retrouvent à un moment donné leurs aptitudes spéciales et ils créent suivant le cas « la plaque de l'érysipèle, la lymphangite, le pus de l'abcès, le caillot de la phlegmatia, les dégénérescences cellulaires les plus diverses,les hémorrhagies, la fausse membrane de certaines angines » (Widal).

Dans le présent chapitre, nous n'avons à nous occcuper que de l'érysipèle.

1. F. Widal. Étude sur l'infection puerpérale , la phlegmatia nttta dolent et Vérysipèle, Th. de Paris. 1889.

IULADIE8 INFBCTIEUSES PROPRES A L'HOMIIE. S05

JeicrlpUaa. — L'érysipèle de la face s'annonce «Kalitfaèllement par des symptômes d'inYasion, frissons, Malaise, courbature, céphalalgie, nausées, vomissements, fièvre à 59 ou 40 degrés. Ces symptômes peuvent précéder de quelques heures, d'un jour ou deux, Tapparifion de la plaque érysipélateuse, ce qui avait fait comparer l'érysipèle à une fièvre éruptive (Borsiéri). Parfois même, un engorgement douloureux des ganglions sous-maxillaires (qui anatomiqucment est secondeyance l'érysipèle.

L'érysipèle apparaît sous forme d*uiie plaque rouge et sensible^. L'orifice des narines, Tangle de l'œil, le pavillon de l'oreille en sont habituellement le point de départ. Du reste, si la peau du visage ou du cuir chevelu présente quelque excoriation (eczéma, herpès), c'est habituellement auni?eau de la partie excoriée que débute Vérysipèle. La plaque érysipélateuse devient bientôt rouge foncëy luisante, douloureuse, la peau est brûlante, tendue. saillante, sèche, parcheminée. La rougeur ne disparaît pas complètement par la pression comme dans lerythème. La plaque prise entre les doigts ne se laisse pas plisser, éUe résiste, elle donne une sensation d'épaisseur qui est due à l'envahissement du derme et du tissu sous-jacent. La plaque érysipélateuse s'étale irrégulièrement. Sur Il limite envahissante, elle présente un bourrelet saillant, m relief, qui tranche nettement sur les parties saines. Quand le bourrelet saillant disparait, on peut dire que Férysipèle touche à son terme. Suivant le cas, Térysipèle marche plus ou moins rapidement. Quand il débute par Il racine du nex, il s'étend symétriquement aux joues ttimne une paire de lunettes. En progressant, Térysipèle l'éteint sur les parties primitivement envahies. Il peut se limiter à une partie de la face ou gagner tout le visage, <iui devient alors méconnaissable. Les paupières rouges ^ (edématiées recouvrent Tœil, les narines gonflées et

1- BcKnr. Étade clinique de l'érysipèle. Revue de médecine, mars

206 MALADIES GÉNÉRALES ET INFECTlEUSfiS.

déformées sont presque bouchées, les joues sont tuméfiées, les oreilles sont rouges, luisantes et doublées de volume; le visage ainsi déformé rappelle la figure de certains magots chinois (Raynaud). Le front, le crâne, la nuque, le cou sont parfois envahis. Au cuir chevelu, la teinte érysipélateuse est moins foncée qu'au visage, mais la douleur y est plus vive.

Dans quelques cas Tépiderme du visage est soulevé pai une sérosité qui se collecte sous forme de vésicules, de bulles, de phlydènes; parfois le liquide des phlyctèneï devient louche, purulent, hémorrhagique. Le pus se col lecte sous forme d'abcès. Après leur rupture, bulles el phlyctènes se recouvrent de croûtes jaunâtres et épaisses. A la suite de Térysipèle, la peau se desquame en plaques. La chute des cheveux est habituelle dans Térysipèle du cuir chevelu; elle n'aboutit pas à la calvitie, mais h chevelure subit parfois une grave atteinte. La chute dea sourcils peut être définitive.

La maladie a une durée moyenne de six à dix jours. Ls fièvre est violente le soir avec rémission matinale plus ou moins accentuée, tantôt elle diminue graduellement, tantôt elle tombe brusquement en une nuit. Dans quelques cas, l'érysipèle qu'on croyait terminé se ravive, k fièvre se rallume, et la maladie dure quinze à vingt jours.

Aux désordres gastriques des premiers jours succède un état saburral des voies digestives avec anorexie el constipation, les urines sont rares et albumineuses, k céphalalgie est violente, et les symptômes nerveux, l'agitation, le délire, surtout quand le cuir chevelu est atteint prennent parfoiis une notable intensité.

Ërysipèle des muqueuses. — Habituellement l'éry sipèle reste localisé à la peau de la face, mais dans d'autres circonstances il atteint les muqueuses soit avant, soit après la face. Étudions ces différentes localisations sur les muqueuses :

Angine et stomatite, — La bouche est rarement envahie, eu du moins elle n'est qu'effleurée par l'érysipèle, tandis

lAUDIES INFECTIEUSES PROPRES A L'HOMME. 207

qm Je pharynx est une des localisations les plus l'réqnenfes de la maladie. L'érysipèle du pharynx, ou mieux dela^orgfefLasègue*), est caractérisé par une rougeur pourprée, luisante, et par une angine violente ; il est paribis accompagné de phlyctènes, de gangrène et d'abcès rêtn^-pharyngien. Dpeut se propager à la face en suivant différents tngets : parla muqueuse buccale, par les fosses nasales et parles conduits lacrymaux (Peter >).

Yma respiratoires. — Les fosses nasales sont souvent le siège initial de Férysipèle ; ce coryza érysipélateux est fort douloureux, accompagné de fièvre violente et d'adénoptthie cervicale. Parfois la rhinite érysipélateuse s'étend jusqu'à la caisse du tympan (surdité), gagne les ceDules mastoïdiennes et les méninges.

Le larynx est envahi secondairement i>ar l'érysipèle, on I signalé néanmoins une laryngite érysipélateuse primitive'. Un boursouflement intense de la muqueuse glossoéjMglottique, aryténo-épiglottique, un oedème plus ou moins rapide, des troubles dyspnéiques plus ou moins intenses, tels sont les symptômes habituels de ces localisations laryngées.

La bronch<Hpneumonie érysipélateuse est bien connue depiris l'observation de Straus* : le malade avait un érysipële bénin de la face; la fièvre tombe, mais voilà qu'en mtoe temps se déclare un point de côté à droite ; on constate alors une pharyngite érysipélateuse etunepneunionie de la base droite ; la pneumonie envahit le poumon dans toute sa hauteur, on observe de ralbuniinurie, du snWctère, des épistaxis, et le malade succombe. J'ai obsené un cas analogue chez un ouvrier qui fut pris do pneomonie au déclin de son éi7sipèle do la faco. Dans le Cis de StrauSy l'autopsie démontra que l'érysipèle avait

t* fraiié des angineê, p. 143.

^ Pot^. Art. Angikb. IHci. enc, des se. méd, S. Mniei, Congrès de Berlin, août 1890. ^ Striai. B09U9 de médeeinct 1879.

suivi la trachée, les bronches et le poumon ; histologiquement, Texsudat pneumonique était formé uniquement de leucocytes sans fibrine. Rendu a rapporté un cas analogue : rérysipèle de la face, fort bénin du reste, avait débuté par l'angle de l'œil*.

Dans le cas de Mosny* l'érysipèle pulmonaire était primitif; une domestique, en soignant son maître atteint d'érysipèle, gagne une broncho-pneumonie qui la tue; Texamen bactériologique fit reconnaître Texistence du streptocoque.

Complications. — Néphrite. — L'albuminurie est très fréquente dans le cours de l'érysipèle de la face ; habituellement, cette albuminurie avec cyhndres et parfois avec streptocoques est le seul témoin de la lésion rénale, mais dans d'autres circonstances les œdèmes et des symptômes d'urémie aiguë se joignent à l'albuminurie. La néphrite érysipélateuse guérit, mais le rein adultéré peut à un moment donné fournir un appoint au développement du mal de Bright.

Les manifestalions articulaires sont assez rarement associées à l'érysipèle de la face ; il s'agit en tout cas de pseudo-rhumatisme infectieux à forme légère ; on a constaté néanmoins des synovites des gaines tendineuses du poignet (Quinquaud) et des arthrites suppurées (Aubrée).

La péricardite est fort rare; dans deux cas, où il y avait épanchement, on a constaté des chaînettes de streptocoque (Denucée).

V endocardite est plus fréquente s; habituellement très bénigne et passagère, elle revêt parfois des allures d'endocardite infectieuse, végétante, mahgne, elle peut provoquer des embolies, l'aphasie et la gangrène*.

Page 1