‹ Manuel de pathologie interne. v. 3Chapitre 8 sur 198 · Académie de médecine, 27 octot)re · texte numérisé non relu

Académie de médecine, 27 octot)re

DIEDLAFOY, PATUOL. T. IV. 2

jamais on n*a constaté ces retours ataviques « caractéristiques du virus atténué, dont les exemples sont assez fréquents avec les vaccins artificiels les mieux préparés, tels que le vaccin charbonneux de Pasteur ». En résumé, et jusqu'à preuve du contraire, c'est Topinion de Ghauveau, c'est la doctrine dualiste qui doit prévaloir.

Ânatomie pathologique. — La structure de la pustule vaccinale est com^iarable à celle de la variole (Gornil) : même transformation vacuolaire des cellules de l'épiderme, même nécrose cellulaire. La base de la pustule est indurée, sa cavité est cloisonnée, et les sucs dont elle est imbibée constituent la pulpe vaccinale et la lymphe vaccinale, La lymphe, claire et transparente chez l'homme jusqu'au septième jour, chez la vache jusqu'au cinquième jour, contient des leucocytes, des globules sanguins, des granulations et des micro-organismes.

On ne connaît pas encore le microbe du vaccin. Straus a suivi jour par jour l'évolution de la pustule vaccinale chez le veau, et a pu montrer, au moyen de préparations histologiques, la pustule à ses différentes phases. Sur ces coupes on voit très nettement des colonies de microbes qui occupent d'abord les lèvres de la plaie d'inoculation, s'engagent ensuite dans la couche de Malpighi et gagnent sous forme de traînées les fentes lymphatiques.

Différentes bactéries, le staphylococcus aureus, un bacterium termo, un saccharomyces, et d'autres encore, ont été trouvées dans la lymphe vaccinale (surtout chez le veau), mais ce sont là des microbes d'infection secondaire. L'absence du streptocoque pyogène expUquerait, d'après Pfeiffer, la rareté de l'érysipèle dans la vaccination. Un coccus (Voigt) auquel on a attribué une certaine importance a été également signalé par Garré*.

Vaccination. — Jusqu'à ces dernières années on faisait

1. Voyez : Kodet, In /culations vaccinales {Rev. de méd., 1889).

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surtout usage du vaccin humain, encore nommé vaccin jennerien, mais la vaccination animale tend à juste titre à se généraliser, si bien qu'avant peu de temps elle sera le seul mode de vaccination.

Si Ton prend du vaccin jennerien, il faut avoir soin de bien choisir son vaccinifère, un enfant sain, attentivement examiné, et arrivé au septième jour de son vaccin. On pratique sur l'un des boutons, au moyen d'une lancette, une ou plusieurs mouchetures, de façon à faire sourdre la lymphe; on charge la pointe de la lancette avec cette lymphe, en évitant le mélange du sang, et l'on fait trois ou quatre piqûres au bras du sujet qu'on veut vacciner.

Si l'on prend du vaccin animal, voici quelles sont les conditions préalables d'un bon vaccin, telles que M. Saint-Yves Ménard les a formulées : on choisit une jeune génisse déjà sevrée, on évite ainsi chez l'animal la diarrhée et les maladies fréquentes avant le sevrage. Cette génisse est inoculée soit avec du horse-pox, soit avec du cow-pox naturel (quand on en trouve), soit avec le cow-pox d'autres génisses. La génisse est mise à l'étable, et on l'attache un peu court pour qu'elle ne puisse pas lécher ses plaies. Sa fièvre est nulle ou insignifiante. Le vaccin qu'on recueille le cinquième et le sixième jour est le meilleur.

Le vaccin peut être préparé sous forme de pulpe vaccinale ou de poudre vaccinale, avec toutes les précautions antiseptiques. Ce vaccin peut se conserver longtemps, mais il offre évidemment moins de garanties de réussite que le vaccin pris directement sur la génisse.

Le sujet étant vacciné avec toutes les précautions antiseptiques élémentaires f l'évolution de son vaccin sera la même, que le vaccin ait été puisé à une source humaine ou sur l'animal. Quelle est donc cette évolution? Il n'y a pas ici de période d'invasion comme dans les fièvres éruptives, mais il y a trois périodes nettement délimitées. A une première période correspond Véruptict de la vac-

20 màudies Générales et infectieuses.

cine; vers le quatrième jour après la vaccination un bouton populeux se forme ; au cinquième ou sixième jour il s*ombilique ; le liquide qu*il contient est clair, transparent, c'est la lymphe vaccinale. Au septième jour la pustule vaccinale est constituée ; elle est aplatie, ombiliquée au centre, gonflée à la périphérie par la lymphe vaccinale et entourée d'une aréole rougeàtre. Vers le huitième jour commence la période de maturation ou de suppuration ; la fièvre, la courbature, la céphalée, l'embarras gastrique s'observent parfois, les ganglions correspondant au vaccin deviennent douloureux, les pustules vaccinales prennent une teinte blanche et mate, l'ombihcation disparaît, la lymphe devient louche, séro-purulente, la peau de la région est rouge et luisante. Vers le dixième jour commence la dessiccation; une tache brune apparaît au centre de la pustule, puis envahit toute la pustule. Au quatorzième jour la dessiccation est faite; c'est une croûte brunâtre, sèche, épaisse, adhérente, qui ne tombe que vers le dixhuitième jour si on ne l'a pas déjà arrachée. Aux pustules vaccinales succèdent des cicatiices blanchâtres, gaufrées, indélébiles, qui sont les traces et les témoins du vaccin.

La fausse vaccine, ou vaccine avortée, celle qui ne confère aucune immunité, est caractérisée par des vésicules qui apparaissent dès le lendemain de la vaccination ; ces vésicules sont accompagnées d'une vire démangeaison, elles se dessèchent rapidement sans présenter d'ombilication, elles ont parfois l'aspect de boutons furônculeux.

Telle est l'évolution de la vaccine. La vaccination peut être pratiquée à tout âge, il est même remarquable que chez le nouveau-né elle ne provoque habituellement aucune fièvre. La vaccine jennerienne et la vaccine animale donnent les mêmes résultats, elles confèrent la même immunité, elles mettent le sujet vacciné à l'abri de la variole. Combien de temps dure cette immunité. L'immunité commence huit jours environ après la vac-

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cination; chez quelques personnes la vaccination confcTe l'immunité et préserve de la variole pour la vie entière; chez d'autres la période d'immunité est limitée à une durée de dix à douxe ans, ce qui rend les revacctna^ton^ absolument nécessaires, surtout en temps d'épidémie. On ne saurait donc recourir aux revaccinations avec trop de rigueur.

Vaccvie généralisée» — Dans quelques cas l'éruption vaccinale ne se limite pas au lieu d'inoculation, mais on observe en différentes parties du corps une éruption de vaccine plus ou moins disséminée : c'est la vaccine généralisée. Elle peut résulter d'un vaccin animal aussi bien que d'un vaccin jennerien, il paraîtrait néanmoins qu'elle survient surtout après vaccination avec le horse-pox. Quelques dermatoses (eczéma, impétigo) mettent la peau en état de réceptivité et favorisent la dissémination du vaccin. L'éruption vaccinale généralisée évolue en même temps que l'éruption vaccinale d'inoculation; ces deux éruptions sont contemporaines, ce qui prouve bien que la vaccine généralisée n'est pas un fait à' auto-inoculation, elle doit en être distinguée, elle constitue une vraie fièvre éruptive vaccinale, qui détermine parfois chez l'enfant un état fébrile intense et même des accidents infectieux qui peuvent être mortels.

Éruptions vaccinales. — Du huitième au douzième jour après le vaccin, alors que le sujet est en pleine éruption vaccinale, on voit quelquefois apparaître, sans avertissement, sans fièvre, sans symptômes généraux, des éruptions de diverse nature : tantôt c'est une roséole vaccinale, morbilliforme, scarlatiniforme, érythémateuse, exsudative, papuleuse, ortiée, débutant autour des pustules du vaccin et s'étendant de là au cou, aux bras et à tout le corps. Tantôt l'éruption vaccinale a l'apparence de la miliaire, elle est vésiculeuse, accompagnée de prurit et de desquamation. Parfois enfin, mais très rarement, l'éruption vaccinale est pemphigoïde ou purpurique. Ces éruptions vaccinales sont comparables aux éruptions médica.

22 ItALADIES GÉNÉRALES ET INFECTIEUSES.

menteuses, aux éruptions qui sont provoquées par les toxines de bon nombre de microbes, et par les injections de sérum.

Accidents de la vaccine. — La vaccination est quelquefois suivie ô* accidenté, les uns bénins, les autres graves*; il en est un, la syphilis vaccinale, qui est exclusivement Tapanage de la vaccination jennerienne.

Syphilis vaccinale. — L'accident le plus terrible de la vaccination est la syphilis vaccinale (Fournier)*. Cette syphilis vaccinale est prouvée cliniquement par les faits arrivés à Coblentz (19 personnes syphilisées), à Rivalta (39 enfants syphiHsés), à Alger (58 soldats syphiHsés), à Paris 5 (5 personnes syphilisées), etc. Elle est prouvée par l'expérience qu'a faite Cory en s4noculant volontairement la syphilis au moyen du vaccin d'un enfant syphilitique. L'inoculation vaccin o-syphilitique revêt les modalités suivantes : a. Le chancre se développe seul et le vaccin fait défaut, b. Le chancre se développe soit sur une pustule vaccinale, soit sur une des piqûres qui n'ont pas abouti au vaccin. De toute façon, chronologiquement, le chancre apparaît plusieurs semaines après la vaccine, l'éruption vaccinale est depuis longtemps terminée quand le chancre commence, le chancre syphilitique ayant une incubation de trois à quatre semaines ; c'est même là un des meilleurs signes de diagnostic avec la vaccine ulcéreuse. Au début, le chancre a l'aspect d'un bouton papuleux qui devient croûteiLx; sous la croûte est une plaie bien circonscrite, à base indurée.

La contamination vaccino-syphilitique peut se faire sans que le vaccinifère soit en état de syphilis active; il peut être en état de syphilis latente (héréditaire ou acquise), n'ayant encore sur la peau ou ailleurs aucune trace de syphihs; voilà pourquoi le choix du vaccinifère

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