‹ Manuel de pathologie interne. v. 3Chapitre 7 sur 198 · VACCINE · texte numérisé non relu

VACCINE

Je ne m'occupe ici de la vaccine que comme traitement prophylactique de la variole ; pour tout ce qui concerne l'histoire complète de la vaccine, je renvoie aux leçons magistrales de Bouley*.

Historique. — Avant la découverte de la vaccine, il était d'usage d'inoculer la variole ; on choisissait pour cela un sujet porteur d'une variole aussi discrète que possible, on inoculait le liquide d'un bouton varioleux comme on inocule le liquide d'un bouton de vaccin, et quatre jours après. se déclarait une vésicule qui se transformait bientôt en pustule, pustule mère, elle-même entourée d'un certain nombre de pustules satellites secondaires; vers le septième jour, la fièvre d'invasion se déclarait et la variole suivait son cours. Le plus souvent, le sujet inoculé avait une variole fort discrète, gagnait l'immunité et n'avait plus à redouter les terribles conséquences du fléau épidémique. Malheureusement l'inoculation provoquait parfois des varioles graves et mortelles; de plus, le sujet variolisé devenait un centre d'épidémie; aussi le vaccin lui fut-il préféré. Mais le vac-

1. Le progrès en médecine par l'expérimentation. Leçons du Muséum, Paris, 1882.

cin ne fut pas accepté du premier coup, et il ne fallut rien moins, en Angleterre, qu'un arrêt du Parlement pour substituer la vaccination à la variolisation.

Bien que Jenner n*ait pas découvert le vaccin, il en est à tel point l'initiateur et le vulgarisateur, qu'à lui revient l'honneur d'avoir légué à l'humanité cet immense bienfait. Jenner, inoculateur dans son district (comté de Glocester), avait remarqué que, suivant une tradition populaire, les vachers et les vachères qui au contact des vaches avaient contracté une maladie pustuleuse, le cow-poxy restaient indemnes pendant les épidémies de variole. Jenner inocula alors au bras d'un enfant de huit ans, le liquide de ces pustules qu'une vachère avait contractées en soignant des vaches ; du coup le vaccin était découvert, cet enfant était vacciné, et deux mois plus tard la variolisation pratiquée chez ce même enfant restait stérile. Telle est l'origine de la vaccine. Jenner fît sa première publication en 1798.

Le vaccin {vacca, vache) tire son origine d'une maladie éruptive de l'espèce bovine qui atteint les vaches et surtout les jeunes génisses de deux à trois mois. Cette maladie éruptive, le cow-poxy est caractérisée par une éruption de quelques pustules plates, larges et ombiliquées aux pis et aux trayons de l'animal. Le cheval a, lui aussi, une maladie éruptive de même nature, dont les pustules siègent autour des narines, dans les cavités nasale et buccale, et se concentrent de préférence à la partie inférieure des jambes, avec sécrétion abondante. Cette maladie, qui est accompagnée de symptômes généraux violents, a été nommée horse-poxy eaux aux jambes (grease de Jenner).

C'est le virus du cow-pox qui, inoculé à l'espèce humaine, prend le nom de vaccine et la préserve de la variole. L'inoculation à l'espèce humaine du virus du liorse-pox donne le même résultat. Mais alors le virus vaccin n est-il que le virus varioleux modifîé par son passage sur lu vache: ou bien est-il une maladie spéciale^ ^

FIÈVRES ÉRUPTIYES. 17

à Fespèce bovine? A ces questions nous n^pondrons par les conclusions de Cliauveau :

l" La vaccine, pour si exalté que soit son virus, ne se (ransforme jamais en variole.

2" On peut inoculer la variole à la vache, mais celte variole ne se transforme pas en vaccine en passant par Tespèce bovine, elle est variole, elle reste variole et elle donne naissance à la variole si on la reporte sur l'espèce humaine. On peut en dire autant de la variole inoculée au cheval et reportée à l'homme. Le virus varioleux et le virus vaccin sont donc de nature différente. Au contraire, le horse-pox et le cow-pox sont de même nature, toutefois le vaccin se cultive mieux chez la vache que chez le cheval.

Les affirmations de Chauveau n'ont pas été acceptées sans résistance. Depaul était convaincu de l'identité de nature de la variole et de la vaccine ; de nombreuses expériences entreprises récemment en Allemagne, en Suisse, tendraient, elles aussi, à identifier ces deux maladies*, mais ces expériences ne sont pas suffisamment concluantes. Au point de vue clinique, les dualistes l'emportent évidemment sur les unicistes. — Vous voyez bien, disent les dualistes, que vaccine et variole sont maladies différentes, car la variole est essentiellement contagieuse et épidémique, tandis que la vaccine n'est jamais épidémique et jamais contagieuse (Bousquet, Hervieux); vous voyez bien que variole et vaccine sont deux maladies différentes, car elles peuvent évoluer silmultanément sur le même individu ou sur le même animal '. — De plus, dit Chauveau*, sur des millions de vaccinations pratiquées depuis Jenner, jamais on n'a vu la vaccine récupérer sa soidisant virulence et reparaître à l'état de variole ; tant de passages successifs n'ont jamais pu exalter sa virulence,

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