‹ Manuel de pathologie interne. v. 3Chapitre 93 sur 198 · S 6. PESTE · texte numérisé non relu

S 6. PESTE

gjj^^^ peste est une maladie qui, après avoir ravagé la plus 1^ ^^de partie de l'ancien continent, semble aujourd'hui p^^^isée à certaines provinces de la Turquie d*Asie, à la ^ ^se et aux États limitrophes. Elle y est endémique avec è^^ périodes de recrudescence constituant de véritables j^^îdémies. Celles-ci peuvent d'ailleurs apparaître par ^V^portation à une distance très grande de leurs foyers ^ origine ; ces foyers secondaires de prédilection sont ç^^rtout les bords de la mer Rouge, du golfe Persique et ^ la mer Caspienne.

Maladie transmissible de l'homme malade à l'homme ^^in, les germes qui produisent la peste sont encore ^ ^connus. Ils semblent pouvoir se propager par la voie ^Qspiratoire et par les voies digestives. Les objets de '^terie, les vêtements, les linges, les cadavres eux-mêmes ^ti sont les vecteurs principaux. Les températures rela- ^Tement assez élevées sont favorables à leur dévelopt^ement, mais ils peuvent également reproduire la maladie à basse température, au-dessous de zéro. En revanche l^s températures torrides ont parfois arrêté net la tXiarche d'une épidémie.

La peste ne respecte ni âge, ni sexe, ni race, mais l'en-

oombrement, la misère, les privations, la famine, la mal-

S>ropreté, favorisent considérablement son développement.

Sa période d'incubation ne paraît guère dépasser huit

jours.

Description. — Le début de la peste est habituellexnent brusque : d'emblée le malade se plaint d'une «céphalalgie intense et quelquefois de douleurs diverses ^v-achialgie, gastralgie, sensation de brûlure à la gorge), le faciès s'altère, la démarche devient incertaine et titut^aote, et rapidement le malade est obligé de se coucher.

Ce qui domine alors, c*est Fanéantissement des forces, la parole est embarrassée ou abolie ; le regard est morne et résigné, parfois le malade est pris de nausées, de vomissements, de diarrhée.

La fièvre s'allume bientôt, la température peut atteindre 40 à 41 degrés sans cycle bien défini, le pouls ^

monte à 120, 140, la respiration s'accélère, la langue est ^

noire, sèche, fendillée, les lèvres se recouvrent de fuligi-

nosités. A cette période, éclate un délire, tantôt calme, ^ tantôt violent avec convulsions, carphologie, refroidis- — 4. sèment des extrémités, cyanose des lèvres. Les vomis- — ^ sements, la diarrhée augmentent d'intensité ; la toux, les ^» ^s signes de congestion bronchique s'accusent davantage, ^ ^,

enfin des hémorrhagies diverses contribuent à caracté ^-

riser cette période d'état dont la durée peut être de: 1 à 3 jours

La troisième période, ou période de terminaison, pH sente deux symptômes presque caractéristiques qui peu — vent du reste apparaitre plus tôt : ce sont les bubons eW les charbons.

Les bubons de la peste peuvent occuper tous les ganglions lymphatiques, mais ils atteignent principalemen' les ganglions des aines, des aisselles, des creux poplités et du cou. Ils ne provoquent pas toujours un change ment de coloration à la peau, à moins que la suppuratioc s'établisse. Souvent les ganglions profonds (médiastinaux mésentériques) sont pris en même temps et il en résulte une foule de troubles qui varient suivant le siègi des ganglions engorgés.

L'apparition de ces bubons coïncide chez certains ma- -^^ f' lades avec la chute de la fièvre, avec la moiteur de l^^ . peau, et une sensation de bien-être de bon augure. Mai^ ^^^ il n'en est pas toujours ainsi, car la mort peut arriyei^ ^^ avant l'engorgement ganglionnaire.

Étudions maintenant les charbons si caractéristiques la peste. Ces charbons sont comparables comme intensif au 1" degré, au 2* degré, au 3* degré des brûlures (lé^ — /

HAUDIES HiPEGTIBUSES PROPRES A L'HOMME. 365

sîons superficielles, eschares du derme, gangrènes plus

pJoTondes atteignant les muscles, les os eux-mêmes).

l«e nombre des charbons peut yarier de 1 à 12, et ils

siègent sur toutes les parties du corps, sauf à la paume

des mains et à la plante des pieds. Ds sont d'un fâcheux

augure, moins mauvais cependant que les péléchies. La

Ooort apparaît d'habitude au ipilieu de manifestations

3i.taxo-adpiamiques. La guérison, qui se voit dans 50 pour

'^00 des cas environ, peut être entravée ou retardée par

<le8 suppurations ganglionnaires ainsi que par des inflam-

noations suppuratives des viscères et des séreuses.

A côté de cette forme classique de la peste, on a décrit, suivant la prédominance des symptômes, un grand iriombre de formes plus apparentes que réelles : gastrointestinale, pulmonaire, hémorrhagique, ataxique, adyi^iamique, etc.

Anatomie pathologique. — Les ganglions de la peste

3ont tuméfiés, indurés .ou ramollis, rougeâtres, brunà-

^les, jaunâtres, remplis de pus. Ils se fusionnent avec les

S*nglions voisins, de façon à former une grosse masse

englobant nerfs et vaisseaux. Les lésions viscérales sont

surtout congestives et hémorrhagiques, le cœur droit

est dilaté, ses parois peuvent être ramollies au point de

se rompre, le système veineux est distendu et gorgé de

sang noir, aussi bien au niveau des sinus do la durc-

nère qu'au niveau des veines des membres et du

tionc. Le foie, la rate soYit augmentés de volume et

xtmollis, le poumon est dur et hypertrophié. De nom-

Isrenses infiltrations sanguines s'observent dans tous les

organes, et en particulier aux reins et sur les parois du

tube digestif.

Bactériologie. — Yersin a pu isoler de la pulpe des bubons de pestiférés, un bacille qui est trapu, court, à ^MHits arrondis, qui se colore par les couleurs d'aniline, iittis cpi ne prend pas le Gram.

^< Imlll. iMMOet de rinttUul Pasteur, 189-1, p. 662.

Bacille de la peste.

Le centre du bacille se laisse beaucoup moins cotL ^rer que ses extrémités. Ce bacille existe en quantité daiK. s les

bubons, dans les gang~^K>ions et aussi dans le sang^ - La culture en bouillon raj^x^elie assez bien les culture^^ de rérysipèle ; elle donn^ des chaînettes de bacilles co urtsqui par places, présenf^*^*^ des renflements en hou^^' La culture sur gélose don ^ ^ un développement de <^oij^^ nies transparentes, blanclr^ ^^ très, dont les bords sont ir ses. Les animaux, rats cobayes, à qui on inocu les cultures ou la pulpe de bubon, meurent en peu d jours ; du reste, dans les épidémies de peste, les rat. ^^ sont atteints par la maladie, dans les maisons des pesti^^ ^ férés. Yersin a trouvé dans les organes de rats mort^*^ de la peste, le même bacille que chez Thomme; il pens^^ même que la peste est inoculable et contagieuse, car il a^^^ pu donner la peste à des souris par cohabitation avec des^ " souris inoculées.

<L La peste, puisqu'il faut l'appeler par son nom, Capable d'enrichir en un jour rAchéron, »

a décimé une partie du monde pendant des siècles, -^ ' grâce à l'énergie des mesures sanitaires, elle tend à se localiser de plus en plus.

Yersin, le très distingué collaborateur de Roux, à institut Pasteur, vient de traiter avec succès des gens atteints de la peste , par le sérum antipesteux dont il est Tauteur. Le 25 août 1896, Brouardel annonçait àTAcadémie de médecine qu'il venait de recevoir une dépêche l'informant que Yersin avait traité et guéri 27 cas de peste par son sérum antipesteux. Voici, du reste, le résultat delà première ob-

lALADIES. INFECTIEUSES PROPRES A LHOMME. 267

serration destinée à prendre place auprès des merveilleux traitements issus de la méthode pasteuriennc : f Le S5 juin 1896, dit Yersin, au séminaire de la Mission catholique, un jeune Chinois, appelé Tisé, et âgé de <&-teit ans, se plaint, vers 10 heures du matin, d'une c^nleur à l'aine droite. A midi, il éprouve une grande lassitude, la fièvre se déclare et Tenfant est obligé de se «3oiicfaer. A 3 heures de l'après-midi, je vois le malade. Son état général est mauvais : lassitude extrême, vertige, AèTre. A l'aine droite existe le bubon caractéristi(iue. II *^ a empâtement de la région qui forme une saillie bien ^^isible. Le toucher est excessivement douloureux. A 5 Sieures du soir, je suis prêt à faire une première injection de sérum. A ce moment, l'état du malade a encore oin- ;snré. La faiblesse est extrême, la fièvre a augmenté, A'enfant commence à délirer. Pour tous ceux qui ont l'habitude de voir des pestiférés, le malade est condamné «t la mort doit survenir dans les 12 heures.

c A 5 heures, je fais une première injection de sérum

(10 centimètres cubes sous la peau du flanc). J'emploie

dn sérum préparé à Nha-Tsang et qui a été essayé sur des

souris. U vaccine les souris au 1/10 de centimètre cube.

Immédiatement après l'injection, \e malade a des voniisse-

ntents alimentaires et bilieux (symptôme fréquent dans les

cas de peste grave). A 6 heures du soir, l'état général

parait un peu meilleur, l'œil est plus vif, le malade dit

se sentir moins abattu. Je fais une deuxième injection

de sérum (10 centimètres cubes sous la peau du tianc),

« A 7 heures et demie, la fièvre a augmenté, le mala<le

est excité et divague un peu. Il a des coliques et un peu

de diarrhée. A 9 heures du soir, je fais une troisième et

*^ière injection (10 centimètres cubes sous la peau du

fl*nc). A ce moment, la fièvre est toujours forte et le

'^ide continue à divaguer. De 9 heures à minuit, le

"Nadeale sommeil agité. Les piqûres que j'ai faites sont

<loQlooreuses. A minuit, mieux notable. La fièvre diminue;

le malade a toute sa connaissance et dit se sentir mieux.

De minuit à 5 heures du matin, sommeil plus calme. Â 5 heures du matin, l*amélioration de Tétat du malade est manifeste : plus de vertiges, moins de faiblesse, moins de fièvre. Le malade a une selle (un peu de diarrhée). De 3 heures à 6 heures du matin, bon sommeil calme. A 6 heures du matin, le malade se réveille avec toute sa connaissance. La lassitude a disparu. Le bubon n*est plus du tout douloureux et a diminué de volume. La fièvre n'existe plus.

((Ali heures du matin, le malade se dit guéri. La peau est moite, la fièvre complètement tombée. Il ne reste plus rien de la lassitude et de Taccablement d'hier soir. A l'aine droite, l'empâtement a complètement disparu. La région est indolore au toucher; il ne reste comme trace de la maladie qu'un ou deux ganglions de la grosseur d'un haricot. Les piqûres de sérum sont encore douloureuses. —

(i SSywiVi. — La journée d'hier et la nuit ont été^^-*è excellentes. Les piqûres de sérum ne sont pas du touti^" -«ut douloureuses et l'induration qui résulte toujours de ces^s ^^^ piqûres a totalement disparu. Le malade a de l'appétit etiP' ^^^* reprend des forces. 29 juin, — Je revois une dernière^^^^^ fois le malade. Les forces continuent à revenir; l'enfanta .^mt peut faire une petite promenade dans le jardin sans trop^:^ ^^P de fatigue. Les ganglions de l'aine diminuent de volume ^. »

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