AUTEURS LATINS. MINUCIUS FÉLIX
Dans le siècle dernier, Reesler disait dans sa Biblio- Ihique des Pères de l’Eglise : « Je dois l’avoüer, plus javance et moins je suis convaincu que l’Octave soit une imitation de l’Apologétique de Tertullien. » Russwurm, dans son édition d’Hambourg (4864), Meier! et Niebuhr* s’etaient, à raison du style, prononcés pour l'ère des Antonins?. Le Suisse Muralt, éditeur de l’Octave®, après avoir, dans son Commentatio de Felicis ætate, comparé notre dialogue avec l’Apologétique, a prouvé irrefragablement l’antériorité de l’Octave. Plusieurs autres signes intrinsèques confirment cette opinion. Ce passage, par exemple : /d etiam Cirtensis nostri lestatur oratio «.ız), rappelle évidemment un auteur qui écrivait du lemps de Fronto, ou peu de temps après. Nous trouvons, nous, d'autres arguments dans la grande simplicité du style, dans l’absence des citations bibliques, remplacées par des textes, des arguments, des passages parallèles tirés du De natura deorum et du De fato de Cicéron. De plus, le style de l’Octave est tellement supérieur au style äpre et souvent incorrect de l’Apologétique, que Muralt a dit avec raison : Majore etiam quam Lactantius jure christianus Cicero dici poterit Minucius.
Le paien Cecilius et le chrétien Octave s’etant rencontres pres de l’idole de Sérapis, se provoquerent à un duel litteraire et prirent Felix pour arbitre du debat. Cécilius commence et apporte à la défense du paganisme ce ton passionné, cet esprit haineux qui distinguent les accusateurs vulgaires du christianisme, et qu'on trouverait à peine dans Celse®. Après une interlocution, Octave
!Commentat. de Min. Felice, Tur., 1824. — 2% Opuscules, 11, 56. — ‘Aug. Mai, d’accord avec ces auteurs, a supposé (d’après les cha- Pitres IX et xxx1 de l’Octave) que le Cæcilius du dialogue est le même que celui qui est nommé dans la lettre de Fronto (Op. Front., Rom., 1823, p. 336). Cf. van Hoven, Ep. ad Gerhard Meermann de œlate Min. Felic., in ed. Lindner., 8 14. C. Rœren, Minuciana, Progr. v. Bedbourg, 1859. — + Avec une préface d’Orelli, Turic., 1836. — # Voir surtout c. vnI-xI.
commence la defense du christianisme avec un calme, une dignité et une force de conviction remarquables'. Il démontre qu'il n’y a qu’un Dieu, créateur du ciel et de la terre; qu'il est absurde de persévérer dans l’ancienne superstition populaire; que le christianisme est une institution divine éminemment salutaire, et que-les accusations lancées contre lui n'ont point de fondement. Octave avait fini de parler, et les deux amis écoutaient encore. Après un momient de silence, Cécilius s’écria : « Je félicite mon cher Octave et moi-même; nous avons triomphé l’un et l’autre : lui de moi, moi de l'erreur. » Puis ils s'en retournerent joyeusement.
Cet intéressant dialogue est avant tout une réfutation des attaques et des erreurs du paganisıhe; ce n’est point une démonstration de la doctrine chrétienne, et à cet égard l’Apologétique de Tertullien marque un véritable progrès, ce qui est une nouvelle preuve de la date que nous leur assignons.
La meilleure édition de Minucius est la seconde de Lindner (Langensalza, en 1773, avec indication complète des anc. édit.). Mentionnons aussi celle d'Œhler, Lips., 1847 ; de Kayser, Paderb., 1863; Migne, t. III, ser. lat.; de Lübkert, en latin et en allem., avec introd. et remarq.; Leipz., 1836. |
S 37. Tertullien (mort vers 240).
Cf. Vita Tertull. et Prolegom. in opera Tert., de Pamelius, Le Nourry, etc., Migne, sér. lat., t. I; Œhler, Opera Tertull., t. IL.
Quintus Septimius Florens Tertullien, païen, naquit vers 460, probablement à Carthage. Il joignait à des talents exceptionnels une grande fermeté de caractère. Son père, centurion romain, le fit élever dans les lettres; mais, original comme il l'était, il n’en fut pas moins son propre maître et se voua à l'étude du droit romain et à l’eloquence judiciaire. La constance des martyrs et l’evidence de la vérité le tirerent du bourbier où il croupissait,