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ÉCRIVAINS ORIENTAUX. MACAIRE ET AUTRES

Opera, ed. Gombefis, dans l’Auctuar. noviss., t. II, ei dans les Leçons de Canisius, ed. Basnage, t. I. Cf. Galland., Bid/., t. VI. Mingarelli, De Trinit., Bonon., 1769 ; Migne, sér. grecq., t. XXXIX. Cf. Tillemont, t, X, et Geillier, t. VII, ed. 2%, t. V.

$ 53. Maeaire l’Aine ou l’Egyptien (mort en 390), et autres auteurs qui ont éerit sur l’ascétisme et la vie cénobitique.

Entre les anciens écrivains qui ont porté le nom de Macaire, nous devons signaler surtout Macaire le Grand, qu'on a surnommé l’Egyptien , pour le distinguer d’un jeune contemporain surnommé l’Alexandrin ou le Citadin. Il s'appelait aussi Macaire l’aine. Il ne faut pas non plus le confondre avec saint Macaire , ami et disciple de saint Antoine, supérieur du monastère de Pispir.

Macaire l'Egyptien naquit en l’an 300 et arriva en 330 dans le désert de Scète, où l’on conserve encore de nombreux souvenirs de lui et or : homonyme. Il y vécut jusqu’en 390 dans l’ascétisn 1e plus rigoureux ‘. Il passait pour un grand thaumaturge, et les autres religieux l'avaient en si haute vénération, que dès l’âge de quarante ans, ils l’appelerent le « jeune vieillard, » parce qu'il egalait en perfection les moines à cheveux blancs. Nous savons par un passage de Palladius qu'il était prêtre. |

Ses ouvrages sont : 1. Cinquante Homelies spirituelles, exhortations adressées aux moines, où il traite de la vie ascétique, de la perfection chrétienne et de ses degrés, des difficultés et des tentations qu’on y rencontre.

2. Sentences sur les objets de la vie ascétique, sur les expériences qu’elle fournit ; les réponses de Macaire aux demandes de ses disciples ont été probablement recueillies par ces derniers?. Gœrrès, parlant de l'influence

1 Ce caleul résulte de l’Historia ad Lausum, c. xıx. Comparer la fin avec les chapitres 1 et var du commencement. — ? Migne, t. XXXIV, P.

que ces homélies ont exercée plus tard sur les développements de la mystique, dit « qu’on y trouve déjà toutes les formes de la mystique avec ses nuances les plus délicates !. »

3. Deux ou trois lettres circulaires aux moines, et une courte prière, le tout édité pour la première fois en 1850, par H.-J. Floss. |

Les sept Opuscules ascétiques, dont Poussines a donné en 1683 une premiere édition , ne sont point de Macaire, mais une compilation de ses homélies faite par Siméon Logothète ?.

4. Quant à l’autre Macaire, surnommé l’Alexandrin, prêtre et religieux de Nitrie, on ne peut lui attribuer sûrement que trois petites sentences® et un court traité intitulé : Sermo de exitu aunimæ justorum el peccatorum.

5. Nous devons aussi à d’autres moines de l'Egypte, des sermons , des règles monastiques, des sentences et des lettres sur la vie ascetique et la vie monacale. Nous en avons de Orsiesius, abbe de Tabennese, mort vers 380; de Serapion , évêque de Thmuis, mort en 359 (il existe encore de lui un petit écrit contre les manicheens) ; de Pacöme, abbé de Tabennèse, mort en 348 ; d’Antoine le Grand, mort en 356 ; d’Isaie et de Marc !’Ermite. Dans la suite, le plus important écrivain parmi eux, fut Evagre du Pont, né vers 350, et mort en 399 comme moine d’Egypte. Plusieurs de ses écrits sont perdus; il ne reste que son Monachus, seu de vita activa, et quelques autres traités ascétiques peu étendus.

6. Les œuvres de Palladius, évêque d’Helenopolis, tres-importantes pour l’histoire des ordres religieux au quatrième siècle, sont une des principales sources à consulter quand on veut étudier cette matière. Palladius,

1 Préface des œuvres de H. Suso, éd. de Diepenbrock, Ratisb., 4837. Lindner, Symbolæ ad hist. theolog. myst. de Macario, Lips, 4846. — 3 Cf. Galland., Bibl. Patr., t. VII, p. 161. — ® Migne, t. XXXIV, p. 263.

moine et ascète lui-même depuis 388, et depuis 401 évêque d’Helenopolis, connaissant personnellement un grand nombre d’ermites et d’ascetes de l’un et de l’autre sexe, consigna par écrit, en 421, sous le titre de: Historia Laustaca, continens vilas sanclorum Patrum, tout ce qu'il avait vu ou entendu sur les ermites de l'Egypte, de la Lybie, de la Thébaïde, de la Cyrène, de la Mésopotamie, de la Palestine, de la Syrie, de Rome et de la Campanie; il raconte surtout leurs miracles avec une prédilection marquée. On trouve de nouveaux renseignements dans sa très-vaste collection de Sentences des Pères, et dans l’Histoire des moines égyptiens, ou Paradis‘. Mentionnons aussi les différentes règles monastiques qu'on attribue aux Macaires ou à d’autres supérieurs d'ordres *.

Voir la collection de ces divers ouvrages, avec les recherches qu’ils ont provoquées, dans Migne, ser. grecq., t. XXXIV ; Galland., Biblioth., t. VIL; Holstenius, Cod. reg. monach., t. I, p. 19; P. Possinus, Thesaurus ascetic., Tolosæ, 1684 ; Floss, Macarii AEgyptii Epistol.,homil. lucos, etc., cum vitis Macariorum AEgyptii et Alexand., Colon., 1860 ; Tillemont, t. VIIL; Ceillier, t. VII. Les auteurs des écrits mentionnés au n° 5 se trouvent dans Migne, ser. grecq., t. XLX, p. 867 et suiv; ceux de Marc, ibid., t. LXV.

S 54. Saint Epiphane (mort en 403). “ Vita S. Epiph., de Polybius, ev. de Rhinocorura, Migne, t. XLI.

Epiphane, né vers 310, dans un village de Palestine, non loin d’Eleuthöropolis, passa, dans le but de s’instruire, une partie de sa jeunesse en Egypte, où il résista vaillamment aux séductions des gnostiques qui tâchaient de l’attirer dans leur parti. Il embrassa ensuite la vie monastique, qui était alors dans tout son éclat, et établit pres de son village natal un couvent qu'il dirigea pendant plus de trente années. En 367, sa réputation de sainteté le fit nommer évêque de la métropole de Sala-

mine, dans l'île de Chypre. Evêque, il fut chargé par 1 Migne, série grecq., t. LXV. — 3 Migne, t. XXXIV, p. 967,

l'empereur de travailler à éteindre le schisme d’An- |

tioche, et entreprit à cette occasion le voyage de Roms en 382. Mais sa principale sollicitude était la vie monastique et la pureté de la foi chrétienne, où il déploya souvent un zèle excessif qui lui faisait dépasser le but. Doué, il est vrai, d’un savoir étendu (il parlait cinq langues), il pechait par le défaut de pénétration. et de connaissance des hommes : de là certaines démarches irreflechies et peu mesurées.

Les erreurs d’Origene lui semblaient très- préjudiciable à la foi chrétienne ; il les considérait même comme ce qui avait été imaginé de plus absurde avant et après lui, et comme la véritable source,de l’arianisme. Dès qu'il s’agis sait d’Origene, son ardeur ne connaissait point de bornes. Ce fut lui qui, dans un voyage en Palestine, en 394, provoqua la querelle de l’origénisme, en s’élevant contre Jean, évêque de Jerusalem, très-attaché à Origène. Bientôt après, Théophile d'Alexandrie, esprit rusé et vindicatif, abusa de l’aversion d’Epiphane contre Origene pour décréditer saint Chrysostome. A force de lui répéter qu’il était nécessaire d'empêcher l'introduction de l'origénisme dans la capitale, où s'étaient réfugiés des moines partisans de cette doctrine, les quatre frères longs, il le décida à faire le voyage de Constantinople : c'était en 402. Epiphane, convaincu que saint Chrysostoine favorisait l’origenisme, y déploya une grande hostilité contre lui. Il s’apercut plus tard qu’on l’avait trompé. Chrysostome lui ayant demandé d’un air surpris : « Sage Epiphane, est-il vrai que vous ayez parlé contre moi?» il lui fit cette réponse un peu embarrassé : « Athlète du Christ, sois éprouvé et triomphe. » Puis il quitta l'éclat faux et trompeur de Constantinople ; car «il avait hâte,» disait-il, en prévision sans doute de sa mort prochaine.

En effet, le vaisseau qui l’emmenait ne le conduisit pas vivant jusqu’à l’île de Chypre. Accablé de vieillesse, il était immobile , rappelant à deux prêtres fidèles dont il

BR. ‚nike

tait accompagné les épreuves de sa vie, ses luttes contre es sectes diverses. Une tempête s'étant élevée vers le joir, il resta longtemps dans l'abattement et dans le sience, le Livre des évangiles placé sur son cœur. Puis s’eant ranime, il fit apporter des charbons et de l’encens, le fit brûler par ses prêtres, pria longtemps avec eux, leur dit adieu en les embrassant, et expira lorsque la tempête s’apaisait. Ses restes, ramenés à Salamine, y furent ensevelis avec de grands honneurs; et son nom

demeura célèbre dans l’Orient et consacré dans les deux Eglises 4. »

OEuvres de saint Epiphane.

1. Contre les quatre-vingts hérésies, ou Iavapuv, en trois livres. Cette « boîte aux remèdes, » ainsi qu'il l’appelait, doit son existence à la prière de deux religieux. Leur lettre et sa réponse, où il fait une revue sommaire de son sujet, précédent le premier livre. Le Panarion luimême est l’histoire des doctrines de quatre-vingts hérésies, dont les matériaux sont empruntés à saint Irénée et à Hippolyte, qu'il cite souvent mot à mot. L'auteur a surtout imité le second ; comme lui, il mentionne les écoles philosophiques des Grecs et les sectes juives qui seloignent de la révélation ; comme lui enfin, il termine par une profession de foi. Il donne quantité de renseignements qu'on ne trouverait point ailleurs, ce qui assure à son travail une valeur durable, d'autant qu'il est encore le plus complet. Il est regrettable que la critique y soit souvent absente. — L’Exposition de la foi, travail fort étendu (trente-un chapitres), forme l’appendice du précédent ouvrage. Lipsius a fait connaître les

1 Villemain, Tableau de Péloq. chrét. au IVe siècle. (Cit. du trad.) Cf. Eberhard, Participation d’Epiphane à la controverse contre Origene, Trèves, 1859, et L. Vincenzi, In Greg. Nyss. et Origen. scripta el doctrinam nova recensio, t. II.

sources d’Epiphane, et publié des tables comparatives pour aider à la critique de ces sources !.

2. L'auteur a rédigé lui-même un abrégé de son livre sous le titre de : Récapitulation.

3. L’Anchorat fut écrit en 374, un an avant le Pans- : rion, à la prière de deux prêtres et d’un magistrat de Suedri, en Pamphylie. Il est dit dans les lettres qui la servent de préambule, qu’une portion des adversaires du Saint-Esprit s'étant rapprochée de l'Eglise, il s’agissait maintenant de les instruire convenablement. Comme il n'y avait là personne qui fût en état de le faire, on s'a dressa à l'homme le plus marquant et le plus rapproché, pour lui demander des instructions. Epiphane répondit par son Exposition de la foi chrétienne, Anchora, où i explique longuement les dogmes de la Trinité et del’n- : carnation , de la résurrection, du jugement et de la vie ” éternelle, mais en y mêlant bien des éléments étrangers à son sujet, tels que la réfutation d'erreurs païennes e manicheennes, de longs commentaires sur certains objets mentionnés dans la Bible, etc.

4. Nous avons encore de lui quelques Excursions bibliques, 1. dans le traité des Mesures et des Poids, très-utile pour les études d'introduction à l'Ancien Testament. Il y explique les signes critiques et grammaticaux, parle des traductions et rapporte une foule d’autres détails precieux pour la science de l’herméneutique. I] traite enfin des mesures et des poids dans les quatre derniers chapitres (xxI-xxIv ); 2. dans les Douze pierres précieuses, explication des noms, de la figure et des propriétés des douze pierres précieuses qu’Aaron portait sur ses habits pontificaux, entremèêlées d’interpretations morales et alle goriques. Nous n'avons de cet écrit qu'une traduction latine et un ancien extrait en grec.

5. Deux lettres d’Epiphane, traduites en latin, sont mêlées aux lettres de saint Jérôme.

1 Vienne, 1866.

ÉCRIVAINS ORIENTAUX. 8. CHRYSOSTOME. e 303

Ouvrages douteux ou apocryphes.

De prophelis eorumque obitu et sepullura ; — Sept homélies ; — Tractatus de numerorum mysteriis ; le Physiologue , recueil de notices merveilleuses sur les propriétés et les énergies naturelles de divers animaux, et sur les applications morales qu’on en peut faire.

Enfin, on attribuait jadis à saint Epiphane un long Commentaire sur le Cantique des cantiques , parce que la traduction latine, seule connue pendant longtemps et un peu différente du texte, le lui attribuait. Mais après la publication du texte grec par M. A. Giacomelli, il est devenu évident qu'il émane de Philon, évêque de Carpasium en Chypre, ami et évêque suffragant d’Epiphane !.

Epiphane a le style prolixe, quelquefois enjoué ; il manque de méthode. Mais il faut louer son érudition, son amour de la vie monastique et ascélique.

Opera S. Epiph., græc. et lat., ed. Dion. Petavius, Par., 1622, in-fol., 2 vol.; Œhler, Berol., 1859 et seq.; en grec seulement, par Dindorf, Lips., 1860 et seq.; Migne, ser. grec., L. XLI-XLIH. Philonis Carpasii

Enarratio in Canticum canticorum, ed. Giacomellus, Roms, 1772. Gallandius, t. IX, in appendice ; Migne, ser. grecq., t. XL; cf. Tillemont, t. X; Ceillier, t. VIU, ed. 2%, t. VI; Doucin, Hist. de la vie de

S. Epiph., Paris, 1720.

$ 55. Saint Jean Chrysostome (mort en 407).

Voir la Préface de ses œuvres dans le premier vol. de l'édition Gaume (26 vol. gr. in-80 ); la Vie de saint Chrysostome, etc., même édit. (tom. XIII, pars prior).

Jean, surnommé le Constantinopolitain, à cause de la position officielle qu’il occupa à Constantinople, et Chrysostome ou Bouche d'Or, à raison de son aptitude exceptionnelle pour l’éloquence, était né en 347, dans la

1 Voir sur Philon, Polybius, Vita S. Epiph., c. xLix. Epiphanii Epist. ad Joann. Hieros., c. I.

ville d’Antioche. Fils d’un père illustre, Sécundus, qui occupait le poste élevé de « maître des milices d'Orient, » il appartenait également, du côté de sa pieuse mère Anthuse, à une famille illustre et considérée. Veuve des l'âge de vingt ans, sa mère se consacra tout entière à son éducation et jeta dans son jeune cœur ces semences de piété dont l'influence s’étendit sur toute sa carrière et sur tous ses travaux religieux !. Sa première culture scientifique lui fut donnée par le rhéteur Libanius et par le philosophe Andragathius, sans préjudice de sa foi. L’admiration qu’excitaient ses progrès avait fait désirer à Libanius de l’avoir un jour pour successeur, et ce célèbre rhéteur se plaignait amèrement que « les chretiens le lui eussent ravi par un sacrilége. »

Chrysostome, après avoir plaidé quelque temps dans le barreau, renonca au tumulte des affaires publiques, malgré les perspectives brillantes qui s’ouvraient devant lui, pour se vouer à la vie solitaire et contemplative et s'appliquer à l’étude des saintes lettres, à l'exemple de Basile, cet ami de jeunesse auquel il était étroitement lié. Mélèce, le pieux évêque d’Antioche, développa les germes précieux de cette rare intelligence, et après l’avoir initié aux vérités chrétiennes, le baptisa vers 369, et au bout de trois ans lui conféra le degré de lecteur. Ce vénérable pontife ayant abdiqué ses fonctions vers 370, et d’autres siéges étant devenus vacants autour d’Antioche pour les mêmes motifs, plusieurs cités tournèrent leurs regards vers Chrysostome et son ami Basile. Ils s'étaient réciproquement promis de se soustraire à une semblable élection. Cependant saint Basile finit par céder aux instances de son ami, dans l'espoir que celui-ci en ferait autant. Saint Chrysostome ayant refusé par humi-

1 Le païen Libanius, faisant allusion aux vénérables mères des grands docteurs de l'Eglise, Nonne, Anthuse, Monique, etc., s’écriait : « O Dieu de la Grèce, quelles femmes se trouvent parmi ces chrétieus | » (Note du trad.)

lité, on en vint à des explications en suite desquelles Chrysostome rédigea son célèbre opuscule du Sacerdoce, pour justifier son pieux stratagème.

Vers le même temps, Chrysostome ayant perdu sa sainte mère Anthuse, se retira dans la solitude auprès des moines fixés autour d’Antioche, où il se félicitait « d’avoir échangé ce port assuré contre les flots d’une mer tumultueuse. » Associé à d’autres hommes travaillés des mêmes goûts, tels que Théodore, depuis évêque de Mopsueste, et Maxime, il s’adonna à la vie ascétique sous la direction du savant abbé Diodore, qui fut plus tard évêque de Tarse, et de Carterius, jusqu’en 380. À cette époque se rattachent ses premiers écrits : contre les ennemis de la vie cénobitique , laquelle lui paraît supérieure à l’empire ; l’apologie de la virginité; deux lettres à Théodore, qui avait momentanément déserté la solitude et songeait à se marier. Sa santé affaiblie le contraignit de retourner à Antioche, où il reçut le diaconat des mains de l’évêque Mélèce, revenu de l'exil ; après la mort de Melece, il fut ordonné prêtre par l'évêque Flavien, qui lui confia, à cause de son grand âge, la charge de prédicateur dans son église.

Une insurrection provoquée par une taxe que l’empereur avait, etablie pour célébrer le cinquième anniversaire de son fils Arcadius, venait d’eclater à Antioche (387) : on renversa les statues de l’empereur et celles de l'impératrice. Ce fut là, pour Chrysostome, l’occasion de déployer l'énergie de son caractère et la mâle austérité de sa science chrétienne. Tandis qu’une députation, ayant Flavien à sa tête, se hâtait vers Constantinople pour fléchir la colère de l’empereur, Chrysostome pronongait devant le peuple d’Antioche, effrayé et abattu, ces fameuses homélies sur les statues, où il console, ranime et censure tour-à-tour son auditoire consterné, et où éclatent avec la sagesse du pasteur, la science du théologien et l'éloquence brillante de l’orateur chrétien. Douze années

308 MANUEL DE PATROLOGIE. y

plus tard, sa puissante parole obtint à Antioche les mêmes résultats, d’une part, contre les menées des hérétiques et des sectaires, de l’autre contre le paganisme et la superstition des mœurs, et surtout contre la passion des jeux du cirque et des comédies.

C'est de sa période d’action à Antioche que datent ses meilleurs travaux d’exégèse : les Commentaires sur la Genèse, sur les évangiles de saint Matthieu et de saint Jean, sur la plupart des epitres de saint Paul, outre de nombreuses homelies.

Contre ses vœux et ses prévisions, l'empereur Honorius le nomma, en 397, patriarche de Constantinople, après la mort de Nectaire. Chrysostome recut la consécration des mains de Théophile d'Alexandrie, qui devait bientôt après le précipiter de son siége.

Lorsque Chrysostome, avec une énergie croissante, renouvela dans la résidence impériale les anciennes attaques contre les anoméens et les novatiens, et qu'il s’en prit à la fois au peuple, aux grands et à la cour; lorsque, nouveau Jean-Baptiste, il critiqua sans ménagement les opinions hétérodoxes du puissant ministre Eutrope et de l’imperatrice Eudoxie ; lorsqu'on le vit agir vigoureusement contre certains évêques indignes de son ressort, on fit les derniers efforts pour le perdre.

Tous les partis hostiles se groupèrent autour d’Eudoxie, blessée au vif dans son orgueil, et d’Eutrope. Ils tächerent surtout de gagner à leurs criminels desseins Théophile d'Alexandrie, jaloux du poste éminent qu'occupait Chrysostome. Ils y parvinrent d’autant plus facilement que Théophile, chargé de graves accusations, devait se justifier en présence de Chrysostome , dans un concile tenu à Constantinople. Il ajourna son voyage, et sur ces entrefaites abusa de la confiance de saint Epiphane pour décréditer Chrysostome, en le représentant comme un origeniste. Il arriva ainsi, chose incroyable, que Théophile arrivant à Constantinople assuré de l’ap-

pui de l’impératrice, y parut non plus en accusateur, mais en juge. Chrysostome, qu'on avait chargé de griefs ridicules, fut déposé au concile du Chéne (403), après avoir justement refusé d'y comparaître. Lorsque, en vertu du décret de deposition , l’empereur Arcadius, prié d’expulser violemment saint Chrysostome de son siege patriarcal, le fit conduire, au mois de septembre 403, en Bithynie, à la faveur de l'obscurité du soir, une fermen- tation extraordinaire éclata parmi le peuple, qui se souvenait alors de tous les bienfaits qu'il avait recus de son père et de son pasteur. Le retour du patriarche fut réclamé au milieu des malédictions et des menaces proférées contre les auteurs de cet attentat, et arraché à l’empereur. Chrysostome fut ramené dans son église au milieu d’une indescriptible allegresse.

Humiliés à ce point et obligés de fuir, les ennemis du patriarche épiaient le moment favorable de se venger et d'exécuter leur complot avec le concours de l’imperatrice; ils y comptaient d'autant plus qu’Eudoxie avait été tout récemment humiliée et aigrie par un discours du patriarche sur Herodiade. Cette fois encore, on eut recours à Théophile pour consommer le forfait, mais n’osant comparaître à Constantinople, il conseilla par écrit d'appliquer à Chrysostome le quatrième canon du concile d'Antioche (341) employé autrefois contre Athanase, et en vertu duquel un évêque déposé par un concile ne pouvait être réintégré que par un concile. On adopta ce parti, et le patriarche dut reprendre la route de l'exil. Chrysostome implora le secours de l’évêque de Rome, Innocent I”, qui s’intéressa vivement à ses malheurs. Toutefois, ses ennemis ne réussirent pas moins, à force d’imposture et de calomnies, à le faire exiler par Arcadius (c'était en 404, après la Pentecôte) ; et pour lui enlever tout espoir de relour, ils lui firent donner l’archidiacre Arsace pour successeur. Pendant ses courses à travers . la Bithynie, la Phrygie, la Galatie, la Cappadoce, la

Cilicie et l'Arménie, le saint patriarche. d’une com- | plexion délicate, épuisé. fut en proie à toutes les douleurs physiques. et essuya en plus d’un endroit les mauvais traitements d'un derge hostile et prévenu. A Constantinople, on décida encore le faible Arcadius à ordonner que l’illustre exilé serait déporté de Cucuse, en Arménie, où il poursuivait activement l'œuvre dela conversion des Goths commencée à Constantinople, à Pityus en Colchide, sitné aux extrêmes limites de l’empire, sur la rive orientale de la mer Noire. Le généreux athlète succomba à tant de fatigues avant d’avoir atteint le terme de son voyage, et mourut le 14 septembre 407, en prononcant ces paroles de Job : « Beni soit le Seigneur en toutes choses! » Cédant aux instantes prières des fidèles emus de tant de souffrances, Théodose II fit ramener à Constantinople le corps du saint pontife : L’Hellespont était en feu, les rues de la ville éelairés : par des flambeaux, quand les restes mortels de saint Chrysostome furent ramenés triomphalement et inhumés dans l’église des Apôtres. L'empereur, agenouillé devant son cercueil, implorait de ses parents, de sa pieuse mère surtout, l’oubli des injustices et des tourments infligés à ce fidele pasteur.

Ouvrages de saint Chrysostome.

De tous les Pères grecs, Chrysostome est celui qui a laissé le plus d'ouvrages. Ce sont : des explications de l'Ecrilure sainte, des sermons, des traités de dogme et de controverse, de morale et d’ascétisme, des lettres !.

Commentaires sur l'Ecriture sainte.

Ces commentaires embrassent la majeure partie de ses travaux littéraires ; ils occupent près de neuf volumes de l'édition Gaume (ou benedictine), et s'étendent à la

118 volumes en 26 parties, édition Gaume.

ÉCRIVAINS ORIENTAUX. S. CHRYSOSTOME. 311 plupart des livres de l’Ancien et du Nouveau Testament. Quoique présentés sous forme d’homelies, ils donnent cependant, dans la première partie, des explications trèsexactes sur les mots, sur les particules elles-mêmes et sur les choses. Le sens est solidement établi d'après le contexte et l'esprit général des saintes Ecritures. La seconde partie est réservée aux exhortations morales et ascétiques. Cette méthode déjà employée par saint Ephrem le Syrien, concilie les deux procédés contraires d’Antioche et d'Alexandrie ; elle n’étend pas l'inspiration aux mots eux-mêmes, comme le faisaient les alexandrins, mais uniquement aux vérités’ dogmatiques et morales ; et, contrairement à l’école d’Antioche, elle ne bannit pas absolument la recherche du sens allégorique; seulement elle se garde de l’exagerer et ne le croit pas essentielle dans l'explication de l’Ecriture. -

Parmi les commentaires sur l'Ancien Testament, on a toujours préféré les suivants : soixante-sept Homélies et neuf Sermons sur la Genèse, Expositions sur les Psaumes M-XII, XLI-XLIX et CVII-CL?; cinq Sermons sur Anne, et trois Homelies sur David et Saul®; Commentaire sur le prophète Isaïe, e. ı-vın, 10; six Homélies sur ce texte: « J'ai vu le Seigneur“; » deux Homélies sur l’obscurité des prophéties. — L’authenticite, ou du moins l'intégrité du Commentaire sur le prophète Daniel est révoquée en doute 5. |

Parmi ses explications sur le Nouveau Testament, on tient en grande estime les quatre-vingt-dix Homélies sur saint Matthieu, et particulièrement sur le sermon de la montagnef. Moins heureuses sont les quatre-vingthuit Homélies sur saint Jean” et les cinquante-cinq Homélies sur les Actes des apötres®. Les meilleures sont incontestablement les Homélies sur toutes les épîtres de

Tom. IV. —?T.V. —®T.IV. —* Is., c. vi, 1. — 8 Cf. Montfaucon, in ed. Gaume, ad hunc lib.; Mai, Collect. nov., t. I, p. XXXII (à partir d’Isaie, tome VI). — © T. VIL — 7 T. VIIL — ST...

saint Paul‘, que saint Chrysostome lisait avec üne pré- :

dilection particulière. Voici en quels termes il s’exprime dès le début de l’homélie qui sert d'introduction à l’épitre aux Romains: « Si j'entends autrement certains endroits de saint Paul, je ne le dois pas à l'excellence et à la pénétration de mon esprit, mais à la lecture incessante de ses écrits et à l’amour ardent que je lui porte. En entendant lire ses écrits deux fois par semaine, souvent même trois et quatre fois, quand nous célébrons la mémoire des martyrs, je me réjouis au son de cette trompette spirituelle, je tressaille, je brüle de desir..., et il me semble que jé le vois présent. »

On a souvent attaqué l'authenticité de la Synopsis Veleris et Novi Testament, quasi commonitorii (commentarii brevis?)?

Discours religieux.

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