A propos de la Trinité, dont il a traité longuement
saint Basile fait la remarque suivante : « Ne prenez mes paroles que comme un exemple et une ombre de la vérité, et non comme la vérité des choses. » Il soutenait, en effet, contre Eunome, qu'on ne pouvait pas arriver à la parfaite connaissance de Dieu. « La nature humaine ne peut pas en cette vie atteindre les mystères divins; chacun, il est vrai, y fait des progrès incessants; mais il restera au-dessous de l'excellence de son objet jusqu'à ce que l’Etre parfait vienne faire cesser cette connaissance partielle. — Que personne ne croie donc avoir atteint le plus haut sommet de la science : plus on fait de progrès dans la connaissance, plus on sent sa faiblesse. De là vient qu'Abraham et Moïse s’humilierent profondément lorsqu'il leur fut donné de voir Dieu, l'un en reconnaissant qu'il n’était que cendre et poussiere, l’autre en avouant qu'il avait la voix faible et la langue pesante. »
3. Sur les merveilleux effets du baptême et sur ceux qui le differaient : « O prodige! vous êtes renouvelé sans être refondu, vous êtes transformé sans être brise, vous êtes guéri sans éprouver de douleur, et vous n'appréciez pas cette grâce ! Si vous étiez asservi à un homme et qu’on vous offrit la liberté, quelle ne serait pas votre hâte et votre empressement! Et maintenant qu’esclave non plus de l’homme, mais du péché, le hérault vous appelle à la liberté pour vous affranchir de l'esclavage, ponr faire de vous un frère des anges, et vous institue par la grâce enfant de Dieu et héritier des richesses de Jésus-Christ, vous dites que le temps n’est pas encore venu pour vous de recevoir ce présent! O honteuses € interminables affaires ! »
4. Dans le sacrement de l’Eucharistie, saint Basik reconnaît le vrai corps et le vrai sang de Jésus-Christ. « Qu'on s'approche dignement de ce festin sacré si 100 croit fermement ces paroles de Notre-Seigneur : Ceci éil
‘vré pour vous. Si l’äme a foi en ‘re la majesté et la gloire du Fils ‘8 humble et obéissant jusqu’à e nous, elle se sentira éprise ‚ pour son Fils. Tels doivent être .s et les dispositions de celui qui veut vain et au calice, »
-ement de pénitence est traité par saint Basile ‚utes ses parties essentielles : contrition, confession satisfaction. « Le juge aura pitié de vous et vous fera „articipant de toutes ses misericordes, mais à une conion seulement : c'est qu'après avoir péché, vous soyez „mmble et contrit, que vous pleuriez vos œuvres mau- .-laises, que vous confessiez sans honte vos crimes secrets : # suppliüiez vos frères *. Et comme la manière de se con- -tertir doit correspondre à la manière dont on a failli, il ‚st nécessaire de confesser ses péchés à ceux qui ont reçu la dispensation des mystères de Dieu; il faut faire aussi ‚de dignes fruits de pénitence’, c’est-à-dire des œuvres de
„Justice opposées aux péchés qu'on a commis#. » - 6. Le culte des saints est attesté et recommandé dans la lettre cxcvn° (n. 2), adressée à saint Ambroise, évêque de Milan : « Votre zèle pour le bienheureux évêque Denis témoigne de votre grand amour pour le Seigneur, de votre vénération pour vos prédécesseurs et de votre zèle pour la foi ; car les sentiments affectueux que l’on montre pour de fidèles collaborateurs se rapportent au maitre qu’ils ont servi; honorer ceux qui ont combattu pour la foi, c'est montrer évidemment qu'on est animé du même zèle pour la foi®.» « Tout ainsi que les abeilles sortent de leurs ruches quand elles voient le beau temps, et parcourant les fleurs de quelques belles campagnes, sen reviennent chargées de cette douce liqueur que le ciel y verse tous les matins avec la rosée; de même, aux
! Regul. brev., 172. — % Homil. in ps. xxxII, n. 3. — ® Regul. brev., 288, — ® Regul. 287. — 5 Cf, Epist. CCLI et CCLVIL.
jours illustrés par la solennité des martyrs, nous accourons en foule à leurs mémoires pour y recueillir comme un don céleste l'exemple de leurs vertus. »
7. Sur la morale chrétienne et l’ascétisme, les travaux de saint Basile ne sont pas moins considérables ; ils ont eu une grande influence. S'il parle souvent de l’importance de la science et de la nécessité d'exposer Ia foi d’une manière intelligible, il insiste avec plus de force encore sur le côté moral et religieux. « Quand je lis dans saint Paul que «la charité ne meurt point, » je m'étonne que les hommes s’appliquent avec tant de soins aux objets passagers, qu'ils les aiment avec tant de passion, tandis qu’ils n'ont aucun souci de ce qui est durable, la charité, et contrarient même ceux qui s’y adonnent. » — « Laissez donc là les recherches curieuses, les vains combats de paroles, et contentez-vous de la parole des saints et du Seigneur lui-même; songez à vous rendre dignes de votre vocation céleste, et menez une vie conforme à l'Evangile, dans l'espérance de la vie éternelle. » De même qu'en pratique il sacrifie tout à l’amour du prochain et déploie dans le soulagement des maux physiques une activité infatigable, de même dans ses discours, il apparaît comme le plus intrépide champion de la charité envers le prochain dans une époque difficile et malheureuse, où l’aumöne semble plus nécessaire encore et la prodigalité plus coupable. « Dilatez et élevez vos âmes, criait-il aux riches, et non pas vos murs. Que votre maison soit plus ou moins spacieuse, elle vous rendra le même service. — Les pauvres assiégent vos portes, et par des plaintes touchantes implorent votre compassion ; et vous répondez avec dureté que vous ne sauriez satisfaire à tant d’exigentes. Mais je vois rien qu'à votre main la preuve de votre mensonge. Ce diamant qui orne votre doigt témoigne, quoique muet, contre vous. Combien de malheureux consolerait le prix
1 Homil. vx, n. 1. (Addit. du trad.)
de ce diamant! » En même temps qu'il humilie les riches et met à nu leur orgueil, il relève le pauvre à ses propres yeux en lui rappelant qu'il est créé à l’image de Dieu et qu’il a été racheté par le Dieu-homme. « Souvenezvous des biens que vous avez déjà reçus, et de ceux qui vous sont encore assurés par les promesses divines. Réjouissez-vous de ce que vous possédez, sans vous affliger de ce que vous n’avez point. »
Le plus beau triomphe de saint Basile est d'avoir éveillé le sentiment chrétien en faveur des esclaves, et flétri le trafic des hommes autorisé par les lois. Le tableau vivant et historique du désespoir d’un père obligé pour vivre de vendre un de ses enfants, est d’un effet indescriptible {.
L'ascétisme est encore un des objets qui ont le plus occupé le saint docteur, l’ascetisme, qu'il appelle un effort « pour devenir semblable à Dieu, pour mortifier la sensualité de la chair, vivre surtout par l’âme et non par le corps, car autant le ciel est éloigné de la terre, les choses terrestres des choses célestes, autant il y a de difference entre l’äme et le corps.» Saint Basile, qui en avait fait lui-même l’heureuse expérience, place le point culminant de l’ascétisme dans la vie monacale, « cette vie anticipée des anges. » Aussi les descriptions qu'il en trace sont aussi vraies qu’attrayantes.
On le voit, saint Basile occupe une place éminente soit qu'on le considère comme théologien, comme prédicateur ou comme fondateur d'ordre. Pour compléter sa physionomie, nous devons signaler encore sa belle et noble carrière épiscopale, où il nous a laissé un modèle qui ne sera pas atteint de longtemps. Il défendit victorieusement la confession de Nicée contre les arguties des ariens et le despotisme de Valens; il prevint la decadence de la discipline ecclésiastique au milieu des querelles de l’arianisme, soutint ses droits de métropolitain
! Homil. in Luc., xu, 18, n. 4, édition Gaume, t. Il, p. 60.
contre Anthime, évêque de Tyane, qui, après la nf velle distribution de la Cappadoce, prétendait 4 mêmes droits archiépiscopaux que lui. La plupart mesures qu'il adopta en matière de discipline ecclésh tique et de liturgie ont été conservées dans l'Eg orientale. Sans parler de ses controverses ecclésiastidi des attaques incessantes dont il était personnelles l’objet, quelle ardeur infatigable n’a-t-il pas mise auf vice de la paix religieuse, sur son propre te comme dans les régions les plus reculées ! | Pour étouffer le schisme de Mélèce à Antioche s’empressa d'appeler à son secours saint Athanase 4 pontife de Rome; mais il n’obtint de Rome qu’un concours, et ses efforts n’eurent pas plus de succèsi ceux qu'il tenta pour resserrer les liens qui uniss l'Orient et l'Occident, pour renouveler les lois de‘ cienne charité, ramener à la première vigueur la‘ des ancêtres, ce céleste et salutaire présent du CH qui s’est altéré dans le cours des âges. — Quoi def désirable, en effet, que de voir des hommes, séparée une si grande distance, ramenes par le lien de l'an à l’unité des membres dans le corps de Jésus-Chri Partout où saint Basile paraît et agit, dit Boehringen impose le respect, parmi la jeunesse d'Athènes com parmi les prêtres de Césarée, dans le monastère com sur le siége épiscopal.
Oper., ed. græc., Basil., 1532; Venet., 1551 (singulièrement & mentee); græc. et lat., ed. Fronton le Duc et Morel, S. J., et augmentée, 1638, 3 vol. ed. Combefis, Paris, 1679, 2 vol. 38 La meilleure édition est celle des Bénédictins, reproduite; MM. Gaume, 3 vol., divisés en six parties. Sur l'authenticité et À terpolation de plusieurs traités, voir Sinner, Paris, 1839, 3 volë 6 fasc.; sur les passages incriminés par la censure ecclésiastiés Alb. Jahn, Animadvers. in S. Basil. Op., supplem. ed. Garnieril Bern., 1842; Migne, ser. gr., t. XXIX-XXXII. Biographies : Greg. ME Orat. in laud. Bas. Max.; G. Hermant, Vie de S. Bas. et Greg Naz., Par., 1574, 2 vol. in-40. Cf. Tillem., t. IX; Dupin, t. II; t. VI; ed. 2%, t. IV; Klose, Basile le Grand, d’après sa vie et sa
ÉCRIVAINS ORTENTAUX. S. GREGOIRE DE NAZIANZE. 971 fu, Strals., 1835; Bœbringer, Histoire de l'Eglise en biographies, } part. mm, p. 469-274.
} $ 50. Saint Grégoire de Nazianze (mort vers 390).
€ Prefat. gener. in Opera Greg. Naz.; Vita Gregor. ex ejus scriptis. grec, a Greg. presbyt.; Testimonia veterum et Præfat. aliorum in Ted. Bened.; Migne, t. XXXV, ser. gr.
Grégoire naquit vers l’an 329, à Arianze, village de la oce (le 9 mai 300, d’apres les Bollandistes). Son père, qui avait appartenu jadis à la secte syncrédes Hypsistariens, était entré dans le sacerdoce sa conversion et avait été promu au siége épiscode Nazianze. Après avoir recu une éducation relitrès-soignée, due principalement à sa mère, sainte ‚ le jeune Grégoire fréquenta d’abord les écoles de , Capitale de la Cappadoce, où il fit la connaisde saint Basile; puis il alla compléter son instrucà Alexandrie et à Athènes. Ce fut dans cette dernière , où saint Basile habitait depuis longtemps, que les jeunes hommes conclurent cette amitié qui devait toujours enchainer leurs destinées.
Après de vastes et solides études sur la grammaire, à rhétorique, les mathématiques, la philosophie et la sie, sans même oublier la médecine, Grégoire, parm à l’adolescence, quitta Athènes, recut le baptême Mans sa patrie, et y fit la promesse de consacrer sa Bence uniquement au service de Dieu, et de « prendre r épouse l’ascétisme. » Sur les instances réitérées de int Basile, il s’unit à lui pour mener en commun la mérémitique dans une campagne située pres du Pont, is « se vautrèrent dans les privations, » cultivèrent #ience et passèrent ainsi les plus beaux jours de leur mistence. Ce fut là que leurs efforts réunis produient les Philocalies, œuvre méritoire tirée des livres Türigene. Quoique résolu, comme Basile, à demeurer ger aux controverses religieuses de son temps, il
n’en fut pas moins, par la force des circonstances, des même que son ami Basile, un des plus remarquable: défenseurs de la foi de Nicée touchant la divinité dÿ Jésus-Christ. « Il a mérité parmi les Grecs le surnom théologien, dit Bossuet, à cause des hautes concepti qu’il a de la nature divine‘. » Il partage ce titre saint Jean l’Evangeliste. Son père, vieillard qui occu
le siége épiscopal de Nazianze, ayant souscrit faiblesse de caractère un symbole de Nicée rédigé
les ariens sous une forme équivoque, son fils alla ls! trouver et arrêta l'opposition qui le menacait en le denk dant à faire publiquement une profession de foi orthon doxe. Calmes désormais, les fidèles et le pasteur n'æj désirèrent que plus vivement d’avoir Grégoire pour évé que. Grégoire refusa. Une fête survint; pendant l'offiéé public, le vieillard s’approche inopinement de son fie et lui confère l’onction du sacerdoce (361). Gregoire, jugeant indigne d’une si haute distinction, s'échappe par la fuite et retourne auprès de son ami Basile, dans cette solitude de Pont qui lui était devenue si chère Mais les insistances chaque jour plus pressantes des fidèles et de ses parents le déterminèrent, en 362, à aller secourir son père. Ce fut alors qu’il prononca ce célèbre discours sur la fuile (repl quyñs), où il justifie à la fois son départ et son retour, et traite de la sublimite, de l'excellence et des devoirs du sacerdoce, sans oublier l'immense responsabilité qu'il impose.
Sur ces entrefaites, en 364, Basile était entré luimême dans le sacerdoce et était devenu, vers 310, métropolitain de Césarée. Une querelle de juridiction ayant éclaté entre Grégoire et l’évêque Anthime, de Tyane, Basile contraignit Grégoire à se faire sacre évêque de Sasime, diocèse limitrophe nouvellement créé. Mais lorsqu'il connut l’état déplorable de ce nouveau
1 Bossuet. (Citation du trad.) 2 Edit. grecq. à part, par Alzog, avec des notes. Frib., 1858.
diocèse, le site peu avantageux de ce siége épiscopal, il refusa de l’administrer ; pendant longtemps, chaque fois qu'il parlait de ce diocèse, il s’exhalait en plaintes amères contre saint Basile. Cependant, il trouvait aussi pour l'excuser de généreuses paroles : « Mon ami, disait-il, était tellement habitué à ne considérer en toutes choses que le côté spirituel et divin que, partout où il croyait découvrir les intérêts de Dieu, il les préférait aux devoirs de l'amitié, qui, du reste, lui étaient si sacrés. »
Rappelé une seconde fois de la solitude par les tendres supplications de son père, il retourna à Nazianze en 372, et y resta désormais en qualité de coadjuteur, jusqu'à la mort du vieillard, déployant la plus salutaire activité soit par son zèle à défendre la foi, soit par le dévouement dont il fit preuve pendant une sécheresse effroyable. En 369, la mort lui ravit son jeune frère Cesaire, excellent jeune homme, qui avait été autrefois médecin de la cour de Constantinople. Un peu plus tard, ce fut le tour de sa sœur Gorgonie, si tendrement aimée et que la mort surprit dans de touchants entretiens sur la vie future. En 374, son père les suivit dans la tombe. Sa pieuse mère, sainte Nonne, parvenue à une haute vieillesse, ne tarda pas à les y rejoindre. Dans le sentiment de ce vide immense joint à la faiblesse de sa santé, Grégoire se persuada qu'il était incapable de remplir les fonctions d’évêque de Nazianze. Il se retira donc dans la solitude de Séleucie, où la nouvelle de la mort de saint Basile alla le surprendre et assombrir ses jours : « Vous me demandez, écrivait-il, comment je me porte? — Tres-mal. Je n’ai plus Basile, je n’ai plus Césaire, ion frère selon la chair et selon l'esprit, et je puis dire avec David : Mon père et ma mère m'ont délaissé. Mon corps est maladif, les années s'accumulent sur ma tête, les inquiétudes se multiplient ; — l'Eglise n’a point de pasteurs capables. »
Telles étaient ses dispositions d’esprit lorsque, sous le
976 MANUEL DE PATROLOGIK.
Trinité des personnes. Les discours xxvu-xxxı, dirigés. contre les eunomiens et les macédoniens, et appelé théologiques, sont les plus célèbres. Grégoire « y défen avec une force invincible, dans sa manière précise 4 serrée, la théologie des chrétiens sur le mystère de À Trinite!. » |
Sous forme apologétique, nous avons les deux Discown contre l’empereur Julien, cités ordinairement sous le tit de Invectivæ contra Julianum imperatorem. Cet homme: abominable, qu'il avait connu à Athènes, lui inspira une si vive répulsion qu'il avait prononcé ce mot prophé; tique : « Quelle calamité se prépare le peuple romain! #:
Maintenant que Julien, devenu maître absolu, mani-. feste ouvertement sa haine et son mépris pour le chris: tianisme, et les applique avec une sacrilége arrogance 4 afin de renverser le christianisme, Grégoire, plein de * zèle pour la maison de Dieu, s'élève contre lui avec un. accent amer et indigné. Comme savant et comme théologien, il combattit surtout ce fameux édit en vert. duquel Julien interdisait aux chrétiens le culte des lettres ‘ grecques. « Quiconque a le sentiment des joies de l’étude et de la science, dit-il, partagera certainement mon indignation. Sans réfléchir, je sacrifie volontiers tous les autres avantages : richesses, naissance, gloire; la science est à mes yeux d’une valeur plus haute et plus réelle. À quoi songeait donc cet homme, dont l’insensk- 1 bilité n’avait d’égal que sa haine irréconciliable contre * le christianisme? Quel était donc son dessein quandil voulait nous fermer les canaux de la science? ?»
Une autre apologie toute personnelle est celle de la fuite, dont nous avons parlé plus haut5. Le rapport de ; ce traité sur le sacerdoce avec les ouvrages analogues | de saint Chrysostome et de saint Grégoire le Grand est : parfaitement marqué dans l'avertissement dont il est
1 Bossuet. (Cit. du trad.) — 4 Orat. 1v contr. Jul.; prior invectiva, e. XCVI-CV. — 3 Orat. 1, ed. Bened.
précédé dans l'édition bénédictine : « Saint Chrysostome, dans les six livres Sur le sacerdoce, et saint Grégoire le Grand, dans les quatre livres de la Sollicitude pastorale, ont tellement puisé dans cet excellent ouvrage, ils ont si bien exprimé celui qu'ils semblent avoir pris pour modèle, qu'ils ne paraissent guère avoir fait autre chose que développer et amplifier ce qui avait été dit par le Théologien avec plus de netteté, de concision et de vigueur. » Pour saint Grégoire de Nazianze, le sacerdoce est « l’art des arts et la science des sciences, » ch. xvı; il exige les plus hautes qualités, il implique les plus graves dangers et assume la plus lourde responsabilité. « Il faut être pur avant de purifier les autres ; il faut être rempli de la sagesse avant de l’enseigner aux autres; il faut être une lumière pour pouvoir éclairer autrui; il faut s’être approché de Dieu si l’on veut conduire les autres à lui; il faut s’être sanctifié soi-même, quand on veut sanctifier les autres, les conduire, les conseiller. »
Une autre partie de ces discours renferme les Sermons pour les fêles du Seigneur, pour les féles des saints et des martyrs, ou les discours d'occasion, d'installation, d'adieu, de condoléance; sur l'amour du prochain, le soulagement des pauvres, etc. Il faut signaler aussi, à raison de leur caractère exceptionnel, les discours funèbres qu’il a prononcés sur son frère Césaire, sur sa sœur Gorgonie, sur son père, en présence de saint Basile, et sur saint Basile lui-même; il inaugurait ainsi dans la littérature chrétienne une nouvelle forme d’eloquence qu'il a marquée d’une empreinte originale.
Les discours de saint Grégoire de Nazianze occupent la plus grande place dans ses écrits, car il est surtout célèbre comme orateur chrétien. Il avait montré, dès sa jeunesse, une prédilection marquée pour la rhétorique,
1 Dans Migne, sér. grecq., t. XXXV, p. 405.
2Cf. Charpentier, Etud. sur les SS. Pères, p. 324. Greg. de Naz., Sermons des fétes (en allem.), Soest, 1865.
où il avait trouvé la plus douce jouissance. « Mon seul désir, avait-il dit un jour, mon unique amour, était l’eloquence; je la rencontrai en Orient, en Occident et dans Athènes, cet ornement de la Grèce. Je m'y appliquai longtemps et avec ardeur ; cependant je finis par la déposer aux pieds du Christ, et je la subordonnai à la grande parole de Dieu, bien supérieure à toutes les doctrines inconstantes et passagères des hommes. » Cependant, il lui arrive assez souvent, même dans ses plus beaux discours, de viser à la recherche, à l'effet et autres artifices propres aux rheteurs de son temps. Aussi, malgré son titre honorable de théologien, est-il inférieur à saint Anathase et à saint Grégoire de Nysse pour l'originalité des vues et le développement des idées scientifiques.
2. Ses poésies, tour à tour biographiques, historiques, dogmatiques et morales, et dont les sujets se prêtaient peu aux formes de la poésie, ne sont le plus souvent qu'une versification délayée et fort prosaïque ; on n'y surprend aucun de ces élans poétiques qu'on remarque dans ses discours. On y constate la diminution des forces qu’amene la vieillesse. Les meilleurs et les plus attrayants de ces morceaux sont les plus courts, les gnomes, les vers didactiques, et surtout, quoique assez long, le De vila sua, sous une forme légèrement satirique.
3. Deux cent quarante-deux Lettres, très-importantes pour l'histoire contemporaine, rédigées avec précision, clarté et agrément. La lettre à Evagre (243°) est apocryphe. Les objections qu’on a faites contre l'authenticité du Testament (Exemplum lestamenti), ne sont pas suffisamment justifiées. |
Doctrines el particularités de saint Grégoire de Nazianze.
1. Comme saint Basile, saint Grégoire de Nazianze faisait grand cas des auteurs païens. Voici en quels | termes il s’en exprimait dans son panegyrique de saint
Basile : « Il est un point sur lequel je crois que tous les hommes qui pensent sagement sont unanimes : c’est que la culture scientifique est le plus excellent de tous les biens terrestres, je ne parle point de cette culture plus noble, de celle qui nous appartient en propre (à nous chrétiens), mais aussi de cette culture extérieure » et paienne, « que le vulgaire des chrétiens, jouet d’une opinion erronée, méprise comme une séduction, un danger et une apostasie. »
2. Le dogme de la Trinit& est de toutes les doctrines théologiques celle que saint Grégoire a traitée le plus souvent et avec plus de détails. « La plus haute connaissance, dit-il, est la connaissance du Père, du Fils et du Saint-Esprit. » C’est pourquoi «nous devons commencer tous nos discours par la vertu de la sainte Trinité.» Dans le passage suivant, il explique admirablement l'unité de la nature divine et la distinction des personnes : « Que cette profession de foi soit le guide inséparable de votre vie : une seule divinité et puissance qu’on trouve unie en trois et qui comprend trois choses, non d'essence et de nature différentes, non augmentées par quelque addition ni amoindries par quelque soustraction , égales sous tous les rapports, les mêmes dans tous les sens, comme dans le ciel la grandeur et la beauté; — l’union infinie de trois infinis; Dieu, si on les considère chacun en soi, en tant que Père, Fils et Saint- Esprit, -de sorte que chacun conserve son caractère personnel; — Dieu tous trois quand on les considère ensemble, l’un à cause de légalité d’essence (consubstantialité), l’autre à cause de l’unité de la nature et du principe (monarchie). A peine ai-je conçu l'un en esprit que les trois m’enveloppent déjà de leur clarté; à peine commencé-je à distinguer les trois, que je suis aussitôt ramené au tout. Si je considère l’un des trois, je le tiens pour le tout; mon œil est rempli, et cependant le reste m’a échappé. Je ne puis embrasser la grandeur de
2e WANTEL RE PATROLOGIE.
ke monde sensible. ordre parmi les anges, ordre di les astres et dans leur mouvement. — Le désordre, contraire. c'est la rume du monde physique comme monde social. — Le même ordre est également ned saire à l'Ectise Il consiste en ce que les uns sont étd pour étre brebis. les autres pour être pasteurs ; ce pour commander. ceux-là pour obéir, — en vuei l'harmonxæ et de la prospérité de tout. » Dans l’a nisme corporel, les membres ne sont pas séparés uns des antres. mais ils forment tous un même co pour k mamben de la paix et de l'harmonie : « il en de mème dans ke corps general de Jésus-Christ {. » Saint Gregoire designe le sacrement de l’ordre di les termes les plus explicites : « L’onction et l'Esprit de nouveau descendu sur moi?, » dit-il, en parlant de consécration comme évêque de Sasime; et il décrit long le rite de la consécration épiscopale". Il enseig aussi positivement que Pierre, cette colonne de l'Eglü a transmis sa primauté à l’Eglise de Rome, dont l’évêd « préside à tout l'univers chrétien et forme le lien l’unite catholique*. »
4. La vie cénobitique, dont il fait la description à l'éloge. il l'appelle « la philosophie par excellence 5,» d mème que saint Grégoire de Nysse la qualifie de « philé sophie d’en haut. » et saint Nil, de « philosophie divine.ı
in
Opera omnia græc., ed. Basil., 1550 ; Zat., Basil., 1550 et 1574; & beaucoup préférable : grer. et lat., ed. Billius (et Morellus), par 1609, in-fol., 2 vol., et Paris, 1630; la meilleure, du bénéd. Clément, Par., 1778, 1 vol. in-fol. (arrêtée par la révolution); t. II, par Caillot Paris, 1840; Migne, ser. grecq., t. XXXV-XXXVIIT. Cf. Tillemont, t. IX; Ceillier, t. VII, edit. 2, t. V. Hergenræther, /e Dogme de lı Trinité divine selon Greg. de Naz., Ratisb., 1850; Ullmann, Grég. d Naz. le Theol., Darmst., 1825 ; Behringer, 1 vol., 2° part., p. 357.
1 Orat. n,n. 3. —*®Orat. IX, n. 1-8. — ®Orat.x,n. 4. — ® Carr advers. episc., Migne, t. XXXV, p. 120. — 5 Orat. x de fuga, c. et v1.
En $S 51. Saint Grégoire de Nysse (mort vers 395).
"- Notitia ex Fabric. Bibl. grec., ed. Harless, t. IX ; Prolegomena . Morellianæ, dans Migne, ser. gr., t. XLIV.
I 1 ar Grégoire de Nysse, frère puine de saint Basile, naquit x plusieurs années après 330, et probablement le jour «anniversaire de Basile. Il ne parait pas qu'il ait fréquenté les célèbres écoles de ce temps; il étudia sous la direc- .tion de Basile et prit des lecons privees. Souvent, dans " la suite, nous l’entendrons! donner à celui-ci le nom de Y Pere et de Maitre, avec lequel il rivalisa, ainsi que son frère Pierre, dans la vie cenobitique®. Lui aussi s’etait :: consacré au service de l’Eglise; il était déjà parvenu au - degré de lecteur, lorsqu'il échangea cet état contre celui : de rhéteur et se maria avec Théosébie, qui mourut pré- . maturément. Cependant les représentations de Basile et … les vifs reproches de Grégoire de Nazianze, ses deux .: amis, le ramenerent à l’état ecclésiastique : « On pretend, lui disaient-ils, que le démon de l'ambition vous entraine dans une fausse route sans que vous vous en aperceviez, et que vous préférez le nom de rhéteur à celui de chrétien®. » Il s’appliqua désormais à l’éloquence chrétienne et à l’etude du dogme. En 371, il fut consacré évêque de Nysse, située dans la province de son frère Basile. Attaqué, sous l’empereur Valens, par le gouverneur Demosthenes, sous prétexte qu'il administrait mal les biens de l’Eglise, il fut en même temps déposé et banni (375) par les évêques ariens, qui prétendaient que son élection avait été invalide. Apres que l’empereur eut succombe dans une bataille contre les Goths, Jovien lui permit de retourner auprès de son troupeau (378). En 379, de terribles épreuves fondirent sur lui :
!In Hexaem., et Ep. x. — 3 Socrate, Hist. eccl., IV, xxvI1. — 3 Ep. ZXXVIL.
la mort lui ravit son frère Basile et sa sœur Macrine, qu’il aimait tendrement et qui jouissaient d’une grande influence.
Le rôle considérable qu'il remplit au deuxième concile cecumenique de Constantinople (381) lui a souvent fait donner le titre de Père des Pères. Ce fut lui qui prononça l'oraison funèbre de Mélèce, évêque d’Antioche, mort pendant le concile. Après la clôture de l'assemblée, l'empereur le qualifia, dans une lettre-circulaire, de « colonne de l’orthodoxie catholique. » Mais ce qui lui fit le plus d'honneur, ce fut d’être délégué par le concile en Arabie et à Jérusalem, pour remédier à divers désordres, dont la plupart étaient probablement occasionnés par les menées des apollinaristes. Autant il avait aspiré vers les « sanctuaires de la miséricorde, » Bethléem, le mont des Olives, le Golgotha , le tombeau du Sauveur, qu'il visita avec une pieuse émotion, autant il éprouva de résistance de la part des fidèles, divisés entre eux et soulevés contre leur vénérable évêque, Cyrille de Jérusalem. Il se plaignait amerement de l'inanité de ses efforts: « Tandis que l'univers entier s'est uni dans la vraie profession de la Trinité, il est à Jérusalem des hommes qui montrent contre leurs frères une haine qu'ils ne devraient avoir que contre le démon, contre le péché et contre les ennemis déclarés du Sauveur. »
Les dernières nouvelles que nous ayons de lui nous apprennent qu'il parut encore trois fois à Constantinople : en 383, où il prononca probablement son discours sur la divinité du Fils et du Saint-Esprit ; en 385, où il fit les oraisons funèbres de la princesse Pulchérie et de l’imperatrice Flacille ; en 394, où il assista à un concile en vue d’apaiser les querelles de quelques évêques arabes, puis à la consécration d’une église. Outre ses nombreuses controverses avec les hérétiques, il eut beaucoup à souffrir du successeur de son frère Basile, Helladius, archevêque de Césarée, qui leur portait à tous
ÉCRIVAINS ORIENTAUX. S. GRÉGOIRE DE NYSSE. 285 deux une haine que les plus généreux procédés furent impuissants à etouffer.
Ouvrages de saint Grégoire de Nysse.
41. Sur l’exégèse, Explication apologétique sur l’héxaméron, composée à la demande de son frère Pierre. « Pourquoi exiger encore, lui dit-il, une nouvelle explication après le divin traité de notre Père et Maître sur le même objet, et puisque tous ceux qui l’ont lu l’admirent autant que les écritures mêmes de Moïse ? » Il veut pourtant essayer, soit pour défendre ce traité et dissiper les malentendus qu’il avait provoqués, soit pour le completer. De là le titre d’apologie.
Ce travail se poursuit dans le De opificio hominis (trente chapitres) , composé également à la prière de son frère Pierre , à qui il est dédié. Saint Grégoire y combat la doctrine d’Origene sur la préexistence des âmes.
De vita Mosis seu de perfectione virtutis. L'auteur écrivit cet opuscule à la demande du jeune Césaire, pour lui servir d'introduction à la perfection chrétienne. C'est un traité à la fois théorique et pratique, où la doctrine est appuyée d'exemples empruntés à la vie de Moïse, cet homme privilégié de Dieu.
Libri duo in Psalmorum interpretationem , où l’on explique le but, l’ordre et le partage des Psaumes. Le but est de conduire à la vertu dans tous les états et dans tous les événements de la vie, d’elever l’esprit des choses de la terre aux choses du ciel, et de pousser l’homme au plus haut degré de perfection. Grégoire trouve dans les cinq divisions qu’il adopte pour les Psaumes tous les degrés qu’on doit parcourir pour arriver à être parfait. Quant à l’ordre, Grégoire montre qu’il n’est nullement historique. Les psaumes 1-Lvin sont les seuls qu'il ait commentés avec quelque detail. Il termine par un distours sur le psaume vi, en forme d’appendice.
.… Accurala expositio in Ecclesiasten Salomonis (hom. vun).
Le commentaire finit au chapitre m, verset 43. Ces explications, pleines de simplicité et de naturel, sont par cela même très-utiles et tres-attrayantes.
Homiliæ xv in Cantica canlicorum. Ici, au contraire, saint Grégoire a poussé jusqu’à l’excès l'interprétation allégorique, entrainé sans doute par la nature du sujet.
Parmi ses commentaires sur l’Ancien Testament, on doit encore classer l’Epistola de Pythonissa, ad Theodosium episcopum, Ileoi rc éyyastptméôov, explication du chapitre xxvii, vers. 8 et suiv. du premier livre des Rois, où il est dit que ce n’est pas l’äme de Samuel, mais un démon déguisé en prophétesse, qui apparut à Saül.
Commentaires sur le Nouveau Testament : Homiliz v de oratione dominica. Après des explications générales sur la nécessité et la vraie méthode de la prière, son excellence et ses avantages, l’auteur éclaircit avec beaucoup de soin et un grand charme chacune des demandes du Pater. Le même éloge convient à ses Huit homéles sur les beatitudes, dans le sermon de la montagne.
Le commentaire sur ce texte de saint Paul : Quando sibi subjecerit omnia, tunc ipse quoque Filius subjicietur a qui sibi subjecit omnia, où les erreurs d’Ürigene se montrent à découvert, est justement tenu pour apocryphe‘.
2. Ouvrages dogmatiques. Le plus étendu est un traite polémique contre Eunome : Libri XII contra Eunomium. Saint Grégoire y explique la doctrine catholique de Ja consubstantialité du Fils et du Saint-Esprit, en même temps qu'il recüfie les altérations commises dans les écrits analogues de feu son frère Basile, qu'il venge des atlaques dirigées contre sa personne par Eunome. Photius préfère cet écrit aux réfutations de Théodore et de Sophronius, pour la beauté de la forme et la richesse des pensées.
1 Krabinger en a donné une édition séparée. Landshut, 1840. ? Voir ses ouvrages d’ex&göse dans Migne, t. XLIV, ser. gr. L’Epistola de Pythonissa se trouve seule au tome XLVe, p. 107.
Antirrheticus adversus Apollinarem ( cinquante-neuf chapitres ), autre traité également excellent, où l’auteur insiste avec force sur cette idée principale : Notre salut vient de ce que le Christ a adopté la nature humaine dans toute sa plénitude, esprit, âme et corps; c’est à cette condition seulement qu'il pouvait être notre parfait modèle et nous racheter. Ce premier écrit est complété par un traité plus court, adressé à Théophile, évéque d’Aleæandrie, contre Apollinaire.
Les trois autres traités suivants, récemment découverts par Angelo Maï, ont également un caractère polémique : Sermo adversus Arium et Sabellium; Adversus pneumatomachos Macedonianos: Electa testimonia adversus Judæos ?. On doute de leur authenticité.
Un traité d’une nature moins polémique et le meilleur ouvrage de l'auteur sur le dogme, est la grande Catéchèse (quarante chapitres), sur la manière d’instruire les paiens (les athées eux-mêmes), les Juifs et les heretiques pour les amener au christianisme. Saint Grégoire part de ce principe fondamental que celui qui enseigne doit se placer constamment au point de vue de son adversaire, et surtout commencer la discussion en s’appuyant sur les vérités rationnelles dont on est convenu. Par le fond du sujet et dans l'intention de l’auteur, cet ouvrage est la démonstration philosophique de toute la doctrine de l'Eglise, et le plus heureux essai d'un traité méthodique, malgré cette division arbitraire : de la Trinité et de la création du monde, de la rédemption, de l'application de la rédemption au moyen des sacrements, de la récompense et de la peine éternelle 5.
‘ D'autres parties du dogme sont traitées dans les ouvrages suivants : Quod non pulandum sit tres deos dici
1 Nova collectio, t. VIIL, p. 2; Migne, t. XLV, à la fin. — ? Græc. et lat., ed. Zacagnius, in Collectan. monum. vet. Eccl. græc., Roms, 1698, p. 288; Galland., Bibl., t. VI; Migne, t. XLV, p. 193. Cf.
Ceillier, t. VIII ; ed. ga, t. v1. — 5 Edition séparée, par Krabinger, grecq. et lat., Munich, 1838.
oportere ; — Ad Simplicium, tribunum, de Fide, seu de Patre, Filio et Spiritu sancto ; — Contra fatum, disputatatio cum ethnico philosopho ; — Adversus ethnicos de Deo trino, ex communibus nolionibus ; — De differentia essenlie et hypostaseos, ad Petrum fratrem; — Macrinia, sive de anima et resurrectione, écrit immédiatement après la mort de sa sœur Macrine. Il met dans la bouche de sa sœur mourante des explications théologiques sur l’âme, la mort, la résurrection et le renouvellement de toutes choses 1; — De infantibus qui præmature abripiuntur, ad Hierium, Cappadociæ prefectum.
3. Ouvrages pratiques el ascétiques. A la premiere classe appartiennent les discours : Contra eos qui differunt baplismum ; — Exhortalio ad pœnitentiam; — Contra usurarios sive feneratores, et contra fornicarios, sur I Cor., vi, 18; — De pauperibus et beneficentia ; — Cum episcopus ordinalus esset.
Nous avons en outre de nombreux discours pour les fetes, discours funebres, discours de consolation ; sur la Nativité du Seigneur, la Résurrection et l’Ascension du Sauveur, sur la Pentecôte, sur le meurtre des enfants de Bethléem; un panegyrique de saint Etienne; un discours sur la Chandeleur, sur la mère de Dieu et le juste Simeon ; panégyriques d'Abraham, des quarante martyrs, de Gregoire le Thaumaturge, de saint Ephrem, du martyr Théodore, de son frère saint Basile ; les oraisons funèbres du patriarche Mélèce, de la princesse Pulchérie et de l'impératrice Flacille, de sa sœur Macrine ; à quoi il faut ajouter encore : Non esse dolendum de morluis, qui ex hac vita ad sempiternam transierunt.
L'élément ascétique domine surtout dans les ouvrages suivants : Quid nomen professiove christianorum sibi velit, ad Harmonium ; — Liber de perfectione el qualem oporteat esse christianum, ad Olympium monachum ; — Sum-
1 Edition séparée, grecq. et lat., par Krabinger, Leips., 1837 ; en grec et en allem., par Œhler, Leips., 1858.
maria descriptio veri scopi vilæ asceticæ. Parmi ces traités, il en est un d’une importance particulière, c’est celui de la Virginité. Saint Grégoire, envisageant tour à tour son sujet dans l’acception restreinte et dans le sens large du mot virginité, décrit la vie supérieure de l’âme et sa destinée. Ce qui s’est passé corporellement dans le sein de Marie, dit-il, s’accomplit spirituellement dans l’âme virginale. Et il ajoute : « C’est la virginité qui fait que Dieu ne refuse pas de venir vivre avec les hommes : c'est elle qui donne aux hommes des ailes pour prendre leur vol du côté du ciel ; et étant le lien sacré de la familiarité de l’homme avec Dieu, elle accorde par son entremise des choses très-éloignées par nature. » « Les vierges ont en la chair quelque chose qui n’est pas de la chair, et qui tient de l’ange plutôt que de l’homme t. »
La virginité lui apparaît comme le dépouillement total des objets matériels et terrestres, et le plus sûr moyen d'atteindre au but suprême de l’ascétisme, la vision de Dieu, l’union et la société avec lui. Néanmoins, tout en reconnaissant dans la virginité proprement dite un plus haut degré de perfection, il n’a garde de ravaler le mariage, «puisqu'il a été sanctifié par la bénédiction divine et qu'il a son fondement dans la nature humaine. »
Le caractère de la piété et du véritable esprit religieux est également expliqué dans une instruction adressée à un religieux : Epistola de is qui adeunt Hierosolymam, seu de sacris el religiosis peregrinantibus, où l’auteur, critiquant les abus de ces fréquents voyages, remarque que « ce qui plaît à Jésus-Christ, ce n’est pas d'avoir été à Jerusalem, mais d’y avoir vécu saintement. »
4. Parmi les Lettres, au nombre de vingt-six, les suivantes, y compris celle qui précède, méritent surtout d'être signalées : Epistola canonica ad Letoium, episcopum Melitines, sur la discipline ecclésiastique, sur les apostats et autres grands pécheurs ; Epistole ad sorores
1 Addit. du trad.
Euslathiam et Ambrosiam, filiamque Bastlissam. Elles complètent les instructions de saint Grégoire sur la vie spirituelle. Les autres n’interessent que les controverses dogmatiques et l’histoire ecclésiastique contemporaines.
Doctrines el vues particulières de saint Grégoire de Nysse.
Les adversaires innombrables que Grégoire eut à conbattre et ses essais pour réduire la doctrine de l'Eglise à un ordre systématique, supposent que ce saïnt docteur, de même que saint Cyrille, a embrassé une grande étendue de matières, où il est nécessaire de recueillir les traits caractéristiques de sa doctrine. En théologie, il penche plus visiblement du côté d’Origene que ses amis de Cappadoce, tout en tenant compte des progrès et de la forme plus accentuee de la foi chrétienne, afin d’eviter les erreurs de son célèbre devancier. Il rejette surtout d’une manière non équivoque l'influence doctrinale de Platon, et déclare qu'il n’admet pas d’autre base et d'autre règle de la science que l'enseignement de lEglise 4. Séparée de la foi, la science n’est selon lui qu'une vaine et stérile spéculation ®. Si, malgré cela, on trouve que ses théories ne s'accordent pas pleinement avec le dogme ecclésiastique, il faut se rappeler l'explication qu'il a donnée lui-même, c'est que, dans ces sortes de questions, il n’a pas voulu établir un dogme, mais seulement énoncer une opinion, où y&p ddypa Tv Adyov romüudn Gore épopuhv Bobvar rois Saba Ahoustv 5. Du reste, plusieurs critiques pensent que ses écrits ont été altérés par les origénistes.
4. Dans le système de saint Grégoire, la doctrine de l'unité de Dieu dans la trinité des personnes occupe le point culminant ; c’est de beaucoup celle qu’il a le plus développée. Il trouve la preuve rationnelle de l'existence
1 De anima et resurr., Migne, t. XLVI, p. 49; cf. Ibid., p. 108. — 2 De vita Mosis. — 3 Hexaem., lib. I, Migne, t. XLIV, p. 68.
ÉCRIVAINS ORIENTAUX. S. GRÉGOIRE DE NYSSE. 994 de Dieu dans l’idée innee de l'Etre suprème, puis dans la sage et harmonieuse ordonnance du monde. Selon lui, l'unité de Dieu résulte de la notion même de l'être parfait ; « car il est impossible de concevoir deux êtres absolument parfaits. »
Suivant saint Grégoire, c’est par la faculté de connaître que l’homme démontre le mieux l'origine divine de son âme ; on constate chez lui un effort plus marqué encore que dans saint Grégoire de Nazianze pour établir l'existence de la Trinité par la nature de l’homme, dans lequel l’âme, l'intelligence et l'esprit ne constituent qu'un tout indivisible. Il va même jusqu’à dire que cette preuve tirée de la connaissance de nous-mêmes est la plus sûre et la plus solide.
Saint Grégoire a fixé le sens encore incertain alors des termes oüol« et önderacız dans les trois écrits intitulés : De differentia essentiæ et hypostasis; — Quod non sunt tres Dii, et: De Deo trino ex communibus nolionibus. Il n'emploie le mot oöcl« que pour designer la substance, tandis qu'il se sert indistinctement de éxéoraou et de nposwrov pour exprimer la personne. La même nature divine, dit-il, existe dans chaque personne, chaque personne est Dieu, et cependant il n'y a pas trois dieux. L'unité la plus étroite existe aussi entre les trois personnes divines. Le Père n’opère jamais rien sans le concours du Fils, ni le Fils sans le concours du Saint-Esprit, Toute opération de Dieu dans les créatures émane du Père, passe par le Fils et se termine dans le Saint-Esprit. ll trouve que cette démonstration du dogme de la Trinité, en même temps qu'elle réfute le monothéisme glacé des Juifs et le polythéisme paien , aide à les concilier ‘.
2. Contrairement à la théorie de l’emanation, qui avait encore de nombreux apologistes, et à l'encontre du dualisme, selon lequel le monde aurait été formé d’une matière éternelle, saint Grégoire enseigne positivement
? Cf. Dorner, Entwicklungsgeschichte, etc.
que le monde a été tiré du néant, signe manifeste de la toute-puissance , de la bonté et de la sagesse de Dieu. Toutes les créatures se ressemblent en ce qu'elles sont passées du non-être à l'être, et qu’en vertu même de leur origine elles sont sujettes au changement et à la variation. La créature est spirituelle ou corporelle, visible ou invisible. Saint Grégoire traite ici à fond de la doctrine des anges.
3. Il traite aussi fort longuement de l'homme et surtout de l'âme. Nous avons déjà remarqué qu’il combat énergiquement l'opinion d’Origene sur la préexistence des âmes. et celle de la métempsycose, qui en découle. L'homme, dit-il, naît en méme temps quant à son corps et à son âme. Sur l’origine de l’âme , il semble moins incliner vers le créatianisme que vers le génératianisme, car il affirme que la semence de l’âme humaine n'est ni une âme corporelle, ni un corps inanimé, mais « un être vivant et animé, engendré par des corps animés et vivants ?. »
4. Incarnation et Redemption. C’est pour anéantir le péché et la mort et pour faciliter à l'homme le retour à sa beauté primitive, que le Fils de Dieu s’est fait homme et s’est offert lui-même pour nous en sacrifice : la réalisation de ce sacrifice a commencé dès la dernière cène. Vrai Dieu et vrai homme, il s’est immole lui-même, comme notre seul grand Pontife, en sacrifice de rédemption : « Il a offert son âme pour notre âme, son corps pour notre corps, afin que la mort fût détruite dans l'un et l’autre, et que tous deux fussent rétablis dans leur première magnificence ®. »
5, Sacremenis. Saint Grégoire s’est surtout occupé du baptême, de la confirmation, de l’Eucharistie et de l'ordre ; il établit la croyance de l'Eglise en s'appuyant
1 Cf. Kleinkeidt, Greg. Nyss. Doctrina de angelis, Frib., 1860. — 2 Cf. Mahler, Greg. Nyss. doct. de huminis nat. cum Origen. comparata, Halle, 1854. — 9 Orat. in Christ. resurr.
sur l'Ecriture, puis sur la tradition, qu'il appelle « un héritage qui nous est venu des apôtres par l’entremise des saints ,» velut hæreditas quædam per successionem ex apostolis per sancios ad nos sequentes transmissa 1. « L'Eglise, dit-il, a ses décisions, ou plutôt sa foi, laquelle est plus ferme et plus certaine que toute explication. »
6. Sa théorie des fins dernières offre plus d’une prise à la critique, notamment lorsqu'il dit de la vie future «qu'elle n’est point un lieu, mais un certain état de l'âme , » lorsqu'il nie l'éternité des peines, sous prétexte que tout mal doit disparaïtre. Il se trompe aussi dans ce qu'il dit de la résurrection ?. Déjà le patriarche Germain de Constantinople (713-770) avait essayé, dans son "Avramodorıxds À dvoleuros 5, de réfuter diverses accusations de ce genre et de venger Grégoire des erreurs origénistes qu'on lui imputait ; le moine Barsanuphius * et de nos jours Louis Vincenzi ® se sont proposé le même but.
Si, par l’ensemble de ses travaux, saint Grégoire est évidemment inférieur à saint Basile dans ce qu'il dit du gouvernement de l'Eglise, il est également inférieur à Grégoire de Nazianze sur le terrain de l’eloquence ; en revanche, il les surpasse tous deux par le développement scientifique des grands problèmes de théologie et de philosophie, comme par l'ordonnance systématique, et ce n’est pas à tort qu'après Origène on l’a placé au premier rang des auteurs ecclésiastiques grecs pour la fécondité des vues. Photius $ lui reconnaît un style élevé et agréable, une grande richesse de pensées, relevées par des exemples explicatifs. |
Opera omnia S. Greg. Nyss., d'abord en latin, Colon., 1537; Basil.,
1 Orat. m contr. Eunom. — % De anim. et resurr. — 3 Voir des fragments dans Phot., cod. 283.— * Montfaucon, Bibl. Coisliana, Paris, 4745, in-fol., p. 397, et Fabricii Bibliothec. græc., t. IX, p. 124. — In S. Greg. Nyss. et Orig. scripta et doct. nova recensio, Rome, 1864, 1 vol. — ® Biblioth., cod. 6.
1571, et Paris, 1573. Plus complet et mieux soigné, par Fronton Duc, Paris, 1603 ; du même, ed. gr. et lat., avec un appendice J. Gretser, S. J., Par., 1618 ; ed. 11°, Paris, 1638, encore tr&s-ins sant. Pour une meilleure édition complète, on trouvera de précie secours dans les éditions critiques des ouvrages publiés à part mentionnés plus hant, et dans les divers morceaux édités par gelo Mai (Nova collect., t. VII et VII, et Nova Bibl.,t. V, réimpri dans Migne, sér. gr., t. XL-XLIV. Cf. Tillemont, t. XIV; Dupin, t. I part. I; Ceillier, t. VIII, ed. 2%, t, VI; Rupp, Vie et opinions de Gré goire de Nysse, Leips., 1834. Boehringer, Hist. ecclés. en biograpk,, 4 vol.; Ritter, Histoire de la philos. chrét., 2 vol.; Steckl, Hist. de la philos. de l’ère patristig.; Hubner, Philosophie des Pères de l’Eglis, p- 188.
L’Eglise d'Occident, qui enviait peut-être à l’Eglis orientale ses trois grandes lumières de la Cappadoce. eut la joie de pouvoir leur opposer trois hommes non moins remarquables; nous avons nommé saint Ambroise. saint Augustin et saint Jérôme. |
$ 52. Didyme l’Aveugle (mort en 394).
Notitia, de Fabricius ; Bibl, grec., t. XVIII. Commentarii de D: dymo, lib. II, et: Epistola, de Mingarelli, dans son édit. Oper. Migne, sér. grecq., t. XXXIX.
Didyme, né à Alexandrie en 309, perdit la vue des l'âge de quatre ans. Ce malheur ne l’empêcha point de cultiver les sciences et de devenir un des plus savants hommes de son temps.
« Il acheva d'apprendre à lire au moyen de caractères mobiles qui lui servaient à composer des mots et des phrases. Il sut bientôt ce que les clairvoyants pouvaient savoir, et bien plus qu'ils ne savaient : l’étude était devenue la seule condition de sa vie. Assidu aux lecons des professeurs les plus célèbres, il étudia tout: grammaire. rhétorique, poésie, philosophie, mathématique et jusqu'à la musique, qui faisait alors partie de cette derniere science. Nul n’interpretait mieux Platon, nul ne parlal si bien d’Aristote, Ce qu’on citait surtout comme une
rveille, c’est qu'étant aveugle, il sut résoudre les promes les plus compliqués de la géométrie sur des nures qu’il n'avait jamais vues. Dans la science sacrée, s prodiges surpassaient tout cela. Didyme savait par eur les deux Testaments, de manière à en réciter, raptocher, commenter les textes avec la sûreté de mémoire ıe ses travaux exégétiques réclamaient !. »
Aussi, comme il se plaignait à saint Antoine du sort ont il était affligé : « O Didyme, s’écria le saint, ne par- Z pas ainsi ! Ne vous plaignez pas du lot que le ciel vous ‚fait. Si Dieu vous a refusé les yeux du corps, qui sont ommuns à tous les hommes, et même aux animaux les lus immondes, aux serpents, aux lézards, aux mouches, l vous a donné les yeux des anges pour le contempler face à face *. » Didyme était laïque et dirigeait avec dislünction l’école catéchétique d'Alexandrie. De nombreux auditeurs se pressaient autour de lui; d’autres se sont formés par la lecture de ses écrits, tels que saint Jérôme, Rufin, Pallade, Isidore de Péluse, etc. Il mourut en 394, ou, d’après Tillemont, en 399.
Ses travaux roulent sur le dogme et sur l'exégèse.
Travaux dogmatiques de Didyme. -
1. Ses trois livres de la Trinité, son principal ouvrage, rédigés après 379, ont été découverts par Mingarelli; on à prouvé qu'ils étaient identiques avec l’ouvrage que les anciens lui attribuent sous ce titre 5. Le premier livre, auquel manquent les six premiers chapitres, et qui renferme plusieurs autres lacunes, démontre l’inanité des objections ariennes contre le dogme de la Trinité (c. vri-xvn). (\traite ensuite de l’unité de Dieu, de la consubstantialité et de la trinité des personnes, qu’il établit par de nombreux passages de l’Ecriture; de la consubstantia-
1 Ed. Thierry, Revue des Deux-Mondes, 1er mai 1865 (Cit. du trad.). — 4 Socrate, Hist. eccl., lib. IV, cap. xxv. — 3 Socrate, Hist. eccl., lb. IV, cap. xxv ; Cassiod., Hist. trip., lib. VII, cap. vin.
lité du Fils (c. xvm-xxxvi). Le deuxième livre s’occupe de la divinité, de la procession et de la personnalité du Saint-Esprit (c. vi-x), de ses effets dans le baptême, dans les apôtres et dans l’Eglise. Au troisième livre, Didyme démontre, dans l’introduction, comment les passions troublent la raison et éloignent de la connaissance de Dieu (c. 1), puis il résume brièvement, sous la forme de cinquante-cinq syllogismes , les points principaux du dogme de la Trinité (c. 11) et consacre le reste de son traité (c. m-xLır) à élucider les textes de la Bible dont différents hérétiques abusaient contre la divinité de Jésus- Christ.
2. Le traité du Saint-Esprit, connu seulement par la version latine de saint Jérôme, était, au dire de ce Père, fréquemment usité et copié chez les Latins. Il examine, dans un style coulant et lumineux , la doctrine du Saint- Esprit, sa personnalité, sa divinité, mais surtout son opération dans les prophètes et dans les saints. Par le fond des idées, il se rapproche beaucoup de l’ouvrage précédent.
Le livre Contre les manichéens combat les doctrines manicheennes sur le principe du mal. 1l réfute d’abord, par des arguments rationnels, leurs opinions sur les deux principes bon et mauvais, puis leurs idées sur le bien et le mal dans le monde moral, notamment sur la dépravation inhérente à la matière et au corps.
Les ouvrages suivants, dont nous ignorons le contenu, mais qui avaient probablement un caractère dogmatique, sont perdus : Ilpèc Yuocopov, Ilspt Gowudro, contra Arianos libri II, sectarum volumen, spi xpovolæs xat xploews. Les plus célèbres de ses ouvrages perdus étaient : les “Yrouvipare elç a nepl "Apyav Qpryévous, où il essayait de justifier le De principiis d’Origene, ce qui lui valut quantité d'attaques et de soupçons.
Ouvrages d’exégèse.
Ils étaient fort nombreux. Les plus complets que nous ayons sont d’abord ses remarques sur les Psaumes, dont plusieurs ont été retrouvées par Mai ‘; puis les Commentaires sur Job, sur les Proverbes et sur la plupart des Epitres des apôtres *.
Outre les sujets dogmatiques sur lesquels il a spécialement écrit, il en a traité plusieurs autres. Dans un passage, il dit positivement que le Saint-Esprit procède aussi du Fils, c’est dans le Traité du Saint-Esprit (cap. xxx1v) où il fait dire au Verbe : « Il procède du Père et de moi, car il subsiste et il parle, et cela il le tient du Père et de moi. » Ex Patre et ex me est, hoc enim ipsum quod subsistit et loquitur, a Patre et me illi est®. Mais dans son ouvrage de la Trinité, il ne lui rend témoignage qu’indirectement, lorsqu'il dit que « le Fils possède tout ce qu'a le Père, excepté d’être Père, » il possède donc aussi la spiration; au livre II, chapitre v, il appelle le Saint- Esprit une image du Fils. Didyme attribue principalement au Saint-Esprit la sanctification de l’homme et la distribution de la grâce : «Tous les hommes imaginables
n'ont pas été enrichis par le Saint-Esprit... Ceux-ci sont les seuls qui le possèdent d’une manière permanente avec le Père et le Fils, et sont éclairés et spiritualisés par sa divine lumière ; éclairés , ils deviennent, autant qu’il est possible, semblables à celui qui les éclaire, ils participent à sa lumière et à son nom, et reçoivent le contrepoison de la grâce divine qui leur arrive sans obstacle. Alors ils volent sur les ailes de celui qui apparut un jour sous la forme d’une colombe, ils échappent à leurs propres pensées, évitent les embüches du démon, et re-
\ Nova Bibliöth. Patr., t. VIL — ? Cf. Lücke, Quæstiones ac Vindiciæ Didymianæ, Gotting., 1839. — 8 Cf. c. xxxVIl.
nonçant aux objets inconstants et périssables de ce monde, ils contemplent sa magnificence !. »
Les citations suivantes acheveront de caractériser sa théorie de la grâce. « L’excellence » de la création « consiste en ce qu'elle participe de la bonté de Dieu, qu’elle lui est attachée par l'obéissance et par l’amour?. » Cette question : « Pourquoi Dieu permet-il que des justes comme David tombent quelquefois dans le péché? » est résolue ainsi : « lis seraient tentés, s’ils ne pechaient jamais, d'attribuer leur vertu à leurs propres forces, et non à la coopération de Dieu. En leur enlevant cette haute opinion , la grâce divine ne les empêche pas © de pécher, afin qu'on voie éclater tout ensemble et la faiblesse naturelle de l’homme et l'assistance qu'il recoit de Dieu *.»
La confirmation est appelée par Didyme cppæyts Xprotoë iv perorw et yplona®. Il la distingue du baptème. Il qualifie la messe de dvaluexros Aurpela 5, et il ajoute que Dieu a placé dans ses églises sacrées, dans ses maisons de prières, comme dans les autres cieux ?, ses biens à jamais inépuisables. » Faisant allusion à la discipline de l’arcane, il parle de la pâque tant désirée que nous célébrons journellement par la participation du corps et du sang de Jésus-Christ 5. Quoique saint Jérôme ait été, à cause d’Origene, un adversaire de Didyme, et bien qu’il l’accuse d’avoir enseigné la préexistence de l’âme, il rend cependant hommage à la pureté de sa doctrine sur la Trinité, et à la profondeur de son savoir ; il reconnait qu'il parle de la Trinité en bon catholique : Didyınus certe in Trinitate catholicus est’. Son style est simple et sans ornements, clair et agreable.
+ 4 De Trin., lib. II, c. xx. — ? Ibid., 1, xviH.
3 C’est évidemment par bévue que la particul&æ oi manque dans le texte des éditions de Mingarelli et de Migne ; autrement ce passage dirait le contraire de ce. qu’il doit signifier.
+ Expos. in Ps. L, vers. 1. — 5 De Trin., Il, xu. — 6 Ibid., I, xxv. — 1 On suppose qu’il faut lire éspoïs Ou oixoıs, au lieu de s5paæyots. — 8 Ibid., II, xxı. —°® Adv, Ruf., lib. Il