‹ Manuel de perspective, du dessinateur et du peintreChapitre 16 sur 78 · ANGLE OPTIQUE · texte numérisé non relu

ANGLE OPTIQUE

Définition. — La perspective a pour but de représenter sur une seule et meme surface y V ensemble et les détails de tous les objets que la nature répartit à distances inégales , sur des surfaces variées à l’infini : il est , pour atteindre ce but, deux parties bien distinctes dans la perspective. L’une doit déterminer les contours appareils des corps et leurs positions respectives sur les différentes surfaces où ils se trouvent ; l’autre doit saisir la couleur même de ces objets , avec toutes les modilications que lui font subir, et les accidens de la lumière et les couches plus ou moins épaisses d’air atmosphérique qui les séparent les uns des autres. La pi’emière est une science positive où l’on est guidé rigoureusement par les principes les plus

simples de la géométrie; c’est la perspective^ lineaiî'e. La seconde, qui semblerait au premier abord pouvoir s’obtenir d’une manière non moins rigoureuse, à l’aide de la géométrie et de la physique , constitue la perspective aérienne ; mais l’on ne peut espérer d’en atteindre la sublimité , si l’on n’est pas doué de cette sensibilité exquise et de cette chaleur d’imagination , étincelles du feu sacré sans lequel il ne peut exister de véritable artiste. En un mot on peut, à l’aide de la perspective linéaire , produire de belles statues dont les formes seront pures et agréables, mais pour lesquelles la perspective aérienne ne cessera jamais d’étre le souffle créateur de Prométhée.

Tableau. — Quand on opère pour représenter la nature , sur une surface ordinairement plane , que l’on dispose ensuite pour un spectateur de manière que son œil puisse l’embrasser aussi facilement du premier coup , que l’œil du peintre embrassait le terrain dont elle est l’image , on obtient un plan perspectif ou tableau ordinaire.

Panorama. — Si au lieu d’une surface plane on emploie une surface cylindrique dont on entoure le speclateur qu’on place ensuite sur l’axe

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de ce cylindre, c’est un panorama que l’on crée, tableau magique dont le spectateur est environné, comme le peintre l’était de la nature, et dont l’illusion prodigieuse n’a rien de comparable.

Angle optique, — Dans le premier cas , le peintre travaille sous un seul angle optique (i) qui doit rester unique et invariable jüsqu’à l'entière confection du tableau; dans le second cas, il opère successivement sous un grand nombre d’angles optiques dont tous les sommets sont au centre de la nature qui l’environne, et ce centre seul reste invariable jusqu’à l’entier achèvement du panorama ; bien entendu cependant que chacun de ces angles optiques est invariable lui-méme , pendant toute la durée de la représentation du terrain qu’il embrasse.

Chaque individu , suivant la conformation particulière de son œil, peut se servir d’un angle optique plus ou moins grand ; il existe d’ailleurs des objets dont l’ensemble s’embrasse plus facilement sous un angle que sous tout au-

(i) h'angle optique est celui que forment entre elles fieux arêtes opposées du faisceau conique des rayons 'Visuels, dans un plan qui passe par l’axe du cône.

tre : ainsi Von ne peut pas, d’une manière positive et invariable fixer l’angle optique sous lequel le peintre devra opérer pour donner du charme à ses tableaux ou à ses panoramas; c’est à la nature , et au goût de l’artiste qui doit toujours la prendre pour modèle, à en décider : il est bon d’observer toutefois , que l’angle optique le moins aigu possible est rarement plus grand que la moitié d’un angle droit , et qu’il n’en peut presque jamais excéder les deux tiers.

§. X. Plan perspectif , ligne d’horizon ,

RÉELLE , FICTIVE ; CHOIX DE l’hORIZON , POINT DE VUE , POINT PRINCIPAL , LIGNE DE TERRE, POINT DE DISTANCE, OEIL DU SPECTATEUR.

Plan perspectif. — Dans tout ce qui va suivre sur la perspective linéaire , nous supposerons que c’est uniquement sur une surface plane que le peintre veut reproduire l’image de la nature : ainsi l’on peut se faire d’avance une idée assez nette du but que nous nous proposons , en imaginant que si le peintre examinait la nature à travers un carreau de verre, et qu’il la copiât sur cette vitre , il n’aurait qu’à placer les objets tels qu’il les y voit , pour qu’ils fus-

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sent en perspective , et que nous allons lui donner les moyens de suppléer à ce carreau transparent et d’opérer avec la même facilité sur le papier ou sur la toile.

Ligne réelle d'horizon. — Lorsqu’on haute mer on n’aperçoit plus que le ciel et les eaux, dans toute l’étendue que l’œil peut embrasser, le ciel semble s’abaisser pour se confondre avec les eaux qui paraissent s’élever de leur côté , et il existe alors une ligne distincte de séparation du ciel et de la mer; on l’a nommée ligjie d’ho~ rizon et sur le tableau ou plan perspectif elle est représentée par une ligne droite hoj^izontale (i), qui conserve cette dénomination.

La ligne d’horizon , dans la nature , n’est jDas une ligne droite géométrique , c’est une portion de courbe déterminée par la forme de la terre ; mais en raison de l’étendue immènse de ce globe , par rapport à celle de la vue humaine , et surtout aussi à cause de la petitesse de l’angle optique dont on est forcé de se servir , cette courbe paraît se confondre

(i) Cette horizontale est en effet l’intersection dn plan horizontal des rayons visuels, avec le plan vertical du tableau sur lequel on opère.

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avec sa tangente , et peut être considérée dès lors comme une véritable ligne droite.

Ligne fictive d’horizon. — Excepté dans les lieux où la vue est bornée par la mer ou par une plaine immense, la ligne d’horizon n’existe pas de fait dans la nature, ou du moins elle y est masquée par les plis du terrain. On est alors obligé, pour mettre le tableau correctement en perspective , de recourir à un horizon fictif, représenté par une horizontale; mais l’horizon réel ou fictif monte ou descend constamment avec l’œil du peintre, et se trouve toujours à la hauteur à laquelle il s’arrête.

Choix de l’horizon. — Quand on chemine sur une plaine bien horizontale, dans une allée droite à perte de vue , bordée de chaque côté d’arbres plantés à égales distances entre eux , les arbres les plus voisins du promeneur lui semblent les plus espacés entre eux ; ils paraissent se serrer à mesure qu’ils s’éloignent , et finir par se toucher ; les pieds de ces arbres , leurs sommités, le sol de l’allée et le ciel, tout cela pour lui se confond en un seul et même point, qui , placé sur l’horizon, lui semble monter et s’éloigner à mesure qu’il avance , et néanmoins toujours rester à la même hauteur et à la même dis-

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tance pour son oèil dont cette hautenr et celle distance constantes sont en effet la hauteur et la distance où peuvent atteindre ses rayons visuels.

Comme le peintre peut à volonté travailler assis , debout , ou placé sur un sol très élevé ou très bas , il a pour choisir son horizon , une certaine liberté relative qui existe ainsi de fait dans la nature. Le choix de la ligne d’horizon est cependant bien loin d’étre indifférent : fait avec goût , il prête du charme et de la grâce à tous les objets du tableau, tandis que s’il est fait sans discernement, il rend difformes , désagréables , difficiles même à reconnaître pour un œil peu exercé , les objets de la nature que le tableau reproduit cependant avec exactitude et vérité.

Il faut, pour bien comprendre l’influence que peut avoir sur un tableau le choix de l’horizon , étudier les grands maîtres avec une constante application ; il faut surtout interroger la nature \ et ses éloquens interprètes , les Poussin, les Claude le Lorrain pourront initier le jeune artiste qui aura étudié avec fruit, aux mystères les plus secrets et à la magie de la perspective. Le Poussin a souvent placé la ligne d’horiz^oii un peu au-dessous de l’horizontale qui

partage en deux le tableau. On sent que, dans un tableau d’histoire , ce sont les yeux du groupe principal qui doivent indiquer l’horizon ; dans un paysage , si la mer ne s’y aperçoit pas , c’est le site principal , le plus agréable ou le plus animé qui le donne presque toujours.

Point de vue , point principal. — Le. point de vue , qui est dans l’œil du peintre , se confond dans le tableau avec le point d’intersection de l’horizon et de l’axe du cône des rayons visuels. Ce dernier point se nomme point principal ou central , et ce que nous avons dit pour le choix de l’horizon s’applique dans toute son étendue au choix du point de vue où du point principal. Nous ferons observer en outre que le spectateur se plaçant naturellement en face du tableau qu’il veut regarder , il est bon que le peintre , qui lui-même copie ordinairement le site qu’il a devant lui, n’aille pas mettre le point principal hors du tableau , et ne contraigne pas dès lors le spectateur à se placer de côté pour en bien sentir la perspective.

Ligne de terre. — La ligne horizontale à partir de laquelle commence , dans la nature , le terrain que le peintre copie , se nomme ligne de

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terre ; c’est la base du tableau et réchelle suivant laquelle se développeront proportionnellement tous les objets qui vont entrer dans la composition d’un tableau. Dans un panorama , la ligne de terre estlacirconférencehorizontaleoulabase de la surface cylindrique sur laquelle il est tracé.

Point de distance. — On ne peut pas fixer d’une manière invariable la distance de la ligne de terre (i) au point de vue dans l’œil du peintre ; c’est à l’artiste à la choisir avec goût, et de manière à distinguer l’ensemble des objets qu’embrasse son angle optique. Cette distance est au reste forcément proportionnelle à celle qui devra exister entre la base du tableau et l’œil du spectateur qui voudra en juger consciencieusement la perspective.

Un tableau est fait habituellement pour être vu d’assez près , de quelques pieds tout au plus ; la longueur de la base du tableau pourra donc servir de limite pour la plus petite distance dont on devra faire choix ; mais ensuite , pour

(i) Dans un tableau, la distance du point de vue à l’horizon, ou à la ligne de terre, est la même puisque ces deux lignes sont dans un même plan vertical ( le plan perspectif ) ; et pour exprimer cette distance, on se sert indistinctement ou de la base ou de l’horizon du tableau.

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obleilir des lignes plus heureuses , qui se coupent sous des angles moins aigus , surtout pour ne pas avoir de déformations pénibles à l’œil , on sera libre d’augmenter cette distance presque autant qu’on le voudra.

Quant à celte distance elle-même , dont l’ap- 2)arence sur le tableau n’est qu’un point qui se confond avec le point principal, on est convenu de la mesurer sur l’horizon , à droite et à gauche du point principal , et d’appeler point de distance le point qui en marque ainsi l’extrémité. Mais , comme le point de distance alors se trouverait hors du tableau, ce qui serait fort incommode pour les tracés perspectifs , nous donnerons plus tard le moyen de le remplacer par un point de l’horizon du tableau.

OEil du spectateur. — Si nous avons dit jusqu’à présent Xœil du peintre, l’œil du spectateur, c’est qu’en perspective, où l’on ne peut opérer sûrement que sous un seul angle optique, c’est l’œil et non pas les yeux qui doivent agir ; car les yeux donneraient deux angles 1 optiques qui contrarieraient les effets de la na- * ture et l’illusion du tableau qui doit les reproduire.

Ayant fait , une fois pour toutes, celte obser-

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vation Indispensable, nous dirons maintenant indistinctement , les yeux ou Vœil du spectateur, et il sera toujours sous-entendu que nous n’opérons que sous un seul angle optique.

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