‹ Manuel de petite chirurgie [electronic resource]Chapitre 10 sur 256 · POMMADES · texte numérisé non relu

POMMADES

3, — poiuiuatlcs.

Les pommades sont des médicamenis composés, ayant pour oase des corps gras, principalement la graisse de porc ou axonge, H quelquefois le beurre, l'huile et même le cérat simple. 11 entre toujours dans la composition des pommades un principe medicatnenleux.

La consistance des pommades est exactement la même que celle des cérats ; la différence ne consiste que dans leur composition d'ailleurs très-variable. Les unes ne renferment avec la matière grasse que des huiles essentielles aromatiques : ce sont les cosméiiques; les autres contiennent des substances plus actives, s'emploient de diverses manières et à des doses Irèsdiflerenles; dans la plupart des cas, cependant, on mêle à peut près un huitième de substance active à sept huitièmes d'excipient.

Nous allons nous occuper des espèc(iS de pommades les plus importantes, et nous indiquerons la manière de les employer.

La dénomination des dilférentes espèces de pommades est du reste Irès-irrégulière ; il en est de même des onguents : elle est tirée tantôt de leur composition , tantôt des maladies dans lesquelles on les emploie, tantôt enfin du résultat qu'on veut en obtenir, etc. C'est ainsi que l'on dit pommade mercurielle , pommade anliophthalmùjue, pommade vésicanle, etc.

Les pommades anliophlhalmiques sont très-nombreuses; elles doivent agir directement sur les paupières ou sur le globe de l'œil. Pour les employer, on prend gros comme une lentille de la pommade dont on veut faire usage et on l'applique sur la partie malade : telles sont les pommades au précipité rouge, au nilrale d'argent, au calomel, etc. Pour que ces pommades puissent agir, il faut qu'elles soient en contact avec les parties malades. D'autres fois, la pommade doit agir à distance; alors il faut faire des frictions sur les paupières, sur les tempes, sur le front: telles sont les î^ommades 7nercurîe//es, opiacées^ bdladonées; elles sont alors employées à plus forte dose que les précédentes. Dans les diverses pommades dites antiophthalmiques, M. Keffer a proposé de substituer à l'axonge l'huile de ricin contenant un huitième -de son poids de cire; les pommades ainsi préparées auraient le grand avantage de se conserver sans rancir, fait vérifié par M. Amédée Vée.

La pommade d'Autenrielli, composée d'axonge et d'un huitième et quelquefois d'un quart de tartre slibié , est employée en fric-

32 DES MÉDICAMENTS TOPIQUES

lions sur la peau, et détermine une éruption qui pourrait être comparée à celle de la petite vérole. Les frictions doivent être Jaites plusieurs fois par jour, jusqu'à ce que l'éruption soit assez confluenle.

La pommade mercurielle double, ou onguent napolitain, est conseillée quelquefois pour graisser le linge , les phimasseaux , comme dans les pansements ordinaires; mais on l'utilise le plus souvent en onctions ou en frictions. Lorsqu'on veut agir sur l'économie tout entière, elle s'emploie à faible dose de 2 ài 8^ grammes en frictions deux fois par jour. Quand on veut agir d'une manière toute locale, dans la péritonite, dans les phlegmons, il faut en prendre de 8 à 12 grammes pour une frictioni toutes les deux heures. On doit surveiller attentivement l'usage de cette pommade, qui détermine quelquefois très-rapidement la salivation.

La pommade à l'iodure de plomb peut exposer aux accidents des préparations de plomb , tels que des coliques, des paralysies saturnines : aussi doit-elle être également surveillée avec soin , comme d'ailleurs toutes les pommades qui contiennent des préparations toxiquee.

La pommade épispastique, ayant pour principe actif les cantharides, sert à activer les vésicatoires. Nous verrons plus tard comment cette pommade doit être employée; toutefois on doit remarquer que l'action des canttiarides sur les voies urinaires pouvant déterminer des accidents, on a conseillé d'ajouter un peu de camphre à cette préparation. Dans les cas, cependant, où cette addition ne suffirait pas pour empêcher l'inflammation de la vessie, il faudrait choisir une autre pommade, la por?imade au gai-ou, également épispastique, à la vérité moins active, mais qui n'agit pas sur l'appareil urinaire.

Les pommades employées en frictions adhèrent toujours à la peau, aussi lorsqu'on veut en cesser l'usage, ou qu'on veut faire de nouvelles frictions, doit-on avoir soin de nettoyer les téguments. Pour cela, il faut les laver avec un peu d'huile, de glycérine, ou simplement avec de l'eau de savon légère.

§4. — Onguents.

On nomme onguents des composés de consistance molle, pouvant se liquéfier à la température du corps, et qui contiennent des résines ou des huiles essentielles. Ils se distinguent des pommades en ce que celles-ci ne renferment pas de résine, et

EMPLATRES. 33

des emplâtres en ce que ceux-ci contiennent des sels métalliques nu'on ne retrouve pas dans les onguents.

1 a composition des onguents est extrêmement variable. Uuoi qu'il en soit, ils possèdent en général des propriétés irritantes

Très-employés autrefois, leur usage est presque complètement abandonné; on ne s'en sert plus que pour activer les plaies dont la suppuration marche mal : tels sont Vonguent styrax \ onguenl diqe/lif, le baume d'Arcéits, l'onguent basilicam. A cet etlet, on en étale une couche plus ou moins épaisse de 1 onguent sur im plumasseau qui est appliqué directement sur la plaie. Le blanc Rhasis, ou onguenl blanc camphré, a été conseille comme repcrcussif dans les entorses, les brûlures.

Longnent basilicum, Vonguent de la mère, \ onguent Canet, sont encore employés comme maturatifs. Le premier sert souvent de base aux autres onguents.

§ 5. — Cinplilircs.

Les emplâtres différent des onguents en ce qu'ils contiennent des oxydes métalliques; ils sont plus consistants et se ramolhssent beaucoup plus difficilement. Solides à la température ordmaire, ils doivent être préparés de telle manière, que la chaleur des parties sur lesquelles on les applique puisse les ramollir suffisamment pour leur faire contracter avec ces parties une certaine adhéi-ence , sans cependant leur permettre de les liquéfier assez pour couler.

En général irritants, ils doivent cette propriété non-seulement à leur composition, mais encore à leur solidité. En effet, appliqués sur la peau, ils la ramollissent en empêchant la sueur de s'évaporer : aussi causent-ils de fréquents érysipèles. C'est ce que nous verrons plus tard à propos des bandelettes agglutinatives.

L'oxyde métallique le plus souvent employé dans la composition des emplâtres est la litharge; c'est celui qui se combine le mieux avec la graisse.

M. N. Gueneau de Mussy a proposé de remplacer le diachylon à base de plomb par du diachylon à base de zinc, M. Boileau fils (de Luchon) mit une solution de savon blanc en contact avec une solution de sulfate de zinc, et obtint un précipité d'oléo-margarale de zinc qui, lavé et séché, fut combiné avec les gommes-résines et les autres substances qui entrent dans la composition du diachylon ; seulement, connaissant les propriétés très-siccatives des sels de zinc, M. Boileau augmenta les proportions de l'huile et

MS MÉDICAMENTS TOPIQUES

.le la ch-e pour conserver à l'emplâtre une consistance convenable. Ce diaciiylon a été d'un excellent usage et s'est très-bien conservé, et outre l'utilité toute locale qu'il offre dans les établissements d eaux sulfureuses, il posséderait des propriétés qui semblent devoir en généraliser l'emploi. D'après Al. Gueneau la suppuration des plaies pansées avec ce diachylon serait moins abondante et la cicatrisation plus rapide qu'avec le diaclivlon ordinaire. ^

Pour conserver les emplâtres, on les roule de manière à en laire des cylindres assez volumineux. De cette manière l'air ^'agissant qu'à leur surface, laisse intacte la plus grande partie de la masse emplaslique; autrement ils se dessécheraient deviendraient cassants et ne pourraient plus servir. '

Quand on veut faire usage d'un emplâtre, on le ramollit et on l'étalé sur une pièce de linge ou un morceau de peau de mouton. Cette dernière préparation a reçu des pharmaciens le nom â'écusson. Cette dénomination a été, du reste, appliquée à toutes les préparations pharmaceutiques : emplâtres, extraits, matières résineuses, électuaires étendus en couche mince sur de la peau de la toile, etc. ' ^ Les écussons sont de forme et de grandeur variables, en rapport d'ailleurs avec la forme et l'étendue de la partie qu'ils sont destinés à couvrir. La consistance de la substance doit être telle, que la température du corps ne puisse la liquéfier assez pour les faire couler.

Pour faire ces écussons, on procède de la manière suivante : On taille dans une feuille de papier un moule dont l'intérieur représente exactement la forme de l'écusson ; ce moule est appliqué sur le morceau de peau , et au centre on place la substance que l'on doit étendre. Lorsque l'emplâtre est d'une consistance assez grande, on le ramollit avec un fer dit fer à écusson; on mélange les parties intérieures et les parties extérieures, afin d'avoir une teinte uniforme; on peut même, si l'emplâtre est un peu sec, ajouter quelques gouttes d'iiuile pour le rendre plus adhésif.

Quand la teinte de l'emplâtre est uniforme, on prend un peu d'emplâtre avec le fer, on pose le fer sur les bords du moule et l'on étend l'emplâtre en le dirigeant de la circonférence au centre. Lorsque l'écusson est achevé, c'est-à-dire lorsque la niasse emplastique est uniformément étendue , on la lisse en passant légèrement le fer chaud sur la surface de l'écusson ; on retire le moule et l'on taille le bord de la peau.

Dans les cas où l'on n'a pas à sa disposition de fer à écusson,

Page 1