EMPLÂTRES
on peut ramollir l'emplâtre avec les doigts, poser la masse emplastiuue sur la peau et l'étendre avec le pouce, que 1 on mouille de temps en temps. Pour avoir, par ce procédé , un ecusson bien fait, il est nécessaire de tracer sur la peau la forme de l'écusson et d'étendre l'emplâtre du centre à la circonférence, en conservant devant le pouce un bourrelet emplastique. Si e pouce glissait sur la masse emplastique et faisait disparaître le bourrelet, il gérait plus difficile d'obtenir un écusson régulier. Lorsque la masse emplastique est étendue , il est utile , pour avoir un bourrelet uniforme , de repousser avec 1 ongle de l'index la masse emplastique qui dépasse le diamètre de l'écusson (1).
Un reproche que l'on fait avec raison aux emplâtres confectionnés à l'aide du doigt, c'est qu'ils sont irréguliers, c est-àdire qu'ils présentent des saillies et des dépressions qui s'opposent à un contact parfait. M. Sourisseau a communiqué au cercle pliarinaceutique du Haut-Rhin un moyen aussi simple qu'ingénieux pour rendre l'emplâtre très-lisse et égal dans toute son étendue : il consiste à rouler rapidement sur la surface de l'emplâtre un tube de verre rempli d'eau fraîche , la fraîcheur de l'eau empêchant le verre de s'échauffer et l'emplâtre d'adhérer.
Pour prépareras écussons avec des électuaires ou des masses emplasliques très-molles, on étend la composition avec une spatule, et on lisse l'écusson avec le même instrument préalablement mouillé s'il s'agit d'un électuaire , ou légèrement échauffé s'il s'agit de matière emplastique.
Les emplâtres sont beaucoup plus adhérents que les onguents ; ils restent plus longtemps appliqués, ordinairement de huit à quinze jours.
Il est quelques onguents qui présentent une consistance aussi grande que celle des emplâtres. On leur a donné le nom d'on- (jucnls emplasliques, ils diffèrent de ceux-ci en ce qu'il n'entre pas d'oxyde métallique dans leur composition; ils s'emploient de la même manière que les emplâtres : tels sont la poix de Bourgogne, ïemplâtre d'André de la Croix, Vonguenl soMe de blanc da baleine.
L'usage des emplâtres est presque entièrement abandonné; cependant on prescrit encore assez souvent Vemplâlre de poix de Bourgogne simple ou saupoudré avec du lartre slibié. Pour étendre celte poudre sur les écussons, il faut la chauffer légèrement ou
(1) Deschamps, Manuel de pharmacie, p. 306. In-i8, 1856;
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la mouiller avec un peu d'alcool. Ce dernier emplâire agit de la même manière que la pommade d'Autenrielli. Enfin M Mialhe a préconisé l'emploi d'un sparadrap slibié, qui aurait l'avantage de produire une éruption plus discrète et plus égale que celle obtenue a l'aide des moyens précédents. On se sert encore de i emplaire narcotique : c'est un emplâtre simple auquel on ajoute de 1 extrait de ciguë. Mais ceux dont on fait le plus fréquemment usage sont 1 emplâtre de Vigo cum mercurio, Vemplûlre de diaclnjlon ou sparadrap de diachijlon , dont on fait les bandelettes agglutinatives.
L'emplâtre de Vigo est employé comme résolutif; il s'applique sur les engorgements ganglionnaires, scrofuleux ou syphilitiques; il sert aussi à faire dès bandelettes que l'on met sur certains ulcères. 11 a été utilisé avec succès pour faire avorter la variole à la face, et empêcher ces cicatrices qui défigurent quelquefois les malades d'une manière si horrible.
§ 6. — Agglutinatifs.
Lorsque les emplâtres sont étendus d'une manière uniforme sur un tissu de linge de toile ou de coton, etc., on leur a donné le nom de sparadraps. Ces topiques sont employés comme agglutiuatifs.
Pour qu'un sparadrap soit bon, il faut que l'emplâtre ne se détache pas par écailles, qu'il soit suffisamment souple pour pouvoir se mouler sur les parties, qu'il se ramollisse assez à la température du corps pour se coller parfaitement sur la peau, enfin qu'il puisse s'enlever en totalité sans laisser sur la peau des parcelles qui la salissent.
Les sparadraps sont employés en morceaux de formes diverses ou découpés en bandelettes.
Les morceaux de sparadrap sont d'un usage fréquent pour les pansements des cautères et de toutes les plaies ou ulcérations peu étendues; on s'en sert encore pour empêcher la peau qui recouvre le sacrum de s'excorier, quand les malades restent longtemps au lit. Lorsque les morceaux de sparadrap doivent avoir une certaine étendue, il faut, alin que l'emplâtre s'applique d'une manière plus exacte, faire sur les angles des incisions, ainsi qu'il a été dit pour le linge plein taillé en croix de Malle.
Mais c'est sous la forme de bandelettes agglutinatives que les sparadraps sont le plus souvent employés.
Les bandelettes sont des lanières de sparadrap larges de 1 à
ÂGGLUTINATIFS.
2 centimètres environ et d'une longueur proportionnée au volume de la partie que l'on doit couvrir; par exemple, si ces bandelettes doivent servir à panser une plaie ou un ulcère d'un membre, elles doivent être assez longues pour faire une fois et demie le tour de ce membre. Cette condition n'est cependant pas absolue.
Les bandelettes doivent être taillées dans les rouleaux de sparadrap tels qu'on les trouve dans le commerce : ce sont de longues bandes, larges de 30 centimètres environ, recouvertes d'une couche assez mince d'emplâtre, soit de diachylon, soit de Vigo. Ce sont à peu près les seuls emplâtres employés maintenant en bandelettes. L'emplâtre doit être étalé d'une manière uniforme, et l'on y arrive facilement en faisant passer la pièce de linge et l'emplâtre à travers une espèce de laminoir horizontal qui ne permet le passage que de la lame de linge parfaitement tendue et d'une mince couche de matière emplaslique. Cet instrument a reçu le nom de sparadrapier. La pièce de linge sur laquelle on étend l'emplâtre doit être peu épaisse, et présenter sur une de ses faces, celle qui doit être en contact avec l'emplâtre, des villosités, afin que celui-ci puisse mieux adhérer.
Pour tailler les bandelettes, on prend un de ces rouleaux, on déroule le sparadrap dans une longueur égale à celle que l'on doit donner aux bandelettes, on coupe les deux lisières, qui présentent sur leurs bords des couches d'emplâtre plus épaisses et inégalement étendues. On saisit de la main gauche l'extrémité libre de la bande , pendant qu'un aide maintient toute la lame de sparadrap déroulée, convenablement tendue en tirant légèrement sur le rouleau lui-même. De la main droite le chirurgien tient des ciseaux qu'il dirige rapidement et à droit fil vers l'aide. Les ciseaux ne doivent pas être conduits en coupant; la simple pression de leurs deux bords tranchants suffit pour diviser le sparadrap. Si l'on ne procédait pas de cette façon, les bandelettes ne présenteraient pas toujours toute la régularité désirable.
Il faut bien se garder de déchirer les bandelettes de leur extrémité libre vers leur extrémité adhérente, car l'emplâtre, n'étant pas coupé, tomberait par écailles, laisserait les bords des bandelettes dégarnis, et ceux-ci ne pourraient plus adhérer convenablement.
Pour employer ces bandelettes, il suffit le plus souvent de les appliquer sur la peau sans aucune préparation; mais il est quelquefois besoin de les chauffer. Il faut avoir soin , dans ce dernier cas, de ne pas les exposer à une chaleur trop vive ou
JAMAIN. o
DES MÉDICAMENTS TOPIQUES
trop longtemps prolongée, carie linge absorberait l'emplâtre, et celui-ci ue pourrait plus adliérer aux parties sous-jacentes.
Les bandelettes ainsi taillées servent : 1° à fixer les pièces de pansement, et, dans ce cas, elles sont dirigées dans tous les sens en se croisant sur le milieu des premières pièces d'appareil ; 2° à rapprocher les bords des solutions de continuité ; 3" à agir comme topiques sur les ulcères, et à les comprimer, etc. Nous décrirons plus loin la manière d'appliquer les bandelettes.
Lorsque les plaies siègent à la face, aux doigts, qu'elles sont peu étendues, on se sert d'une autre espèce d 'agglulinalif : c'est le taffetas d'Angleterre. Ce n'est autre que du taffetas noir, rose ou blanc, recouvert d'ichthyocoUe dissoute d'abord dans l'eau que l'on fait chauffer ensuite avec de l'alcool. Ce taffetas est extrêmement adhérent, ou l'applique sur les plaies en mouillant légèrement la surface recouverte par le mélange. Pourl'enlever, il suffit de l'humecter de nouveau jusqu'à ce qu'il soit complètement ramolli.
Ou peut rapprocher du taffetas d'Angleterre le taffetas français dans lequel l'étoffe de soie est remplacée par de la baudruche; cet agglulinalif dû cà J. Marinier est souple, imperméable et un peu élastique; on l'applique sec en ayant soin d'humecter trèslégèrement les parties qu'il doit recouvrir.
La baudruche gommée constitue une espèce de sparadrap mince et léger qui n'a guère d'autre utilité que de mettre les parties lésées à l'abri du contact de l'air.
On l'emploie avec assez d'avantage dans le traitement des plaies peu étendues, des excoriations des mains et du visage, et il suffit que les parties soient légèrement mouillées pour y faire adhérer la baudruche.
M. le professeur Laugier a encore conseillé l'usage de la baudruche gommée dans le traitement des brûlures au troisième degré ; elle constitue alors un véritable épiderme nouveau, transparent, qui adhère aux parties qui se cicatrisent, et peut facilement être sectionné pour donner issue au pus qui s'accumule au-dessous de lui. Ce mode de pansement appliqué aussi au traitement des phlegmons diffus, des érysipèles, des angioleucites, n'aurait qu'un inconvénient, c'est d'adhérer facilement aux linges ou aux compresses qui peuvent être placés sur les parties malades ; aussi faut-il autant que possible éviter ce contact (1).
(1) Nom. Dictionn. deméd.) art. Bkulukes, t. IV, 1866.