APPAREILS A PRESSION INDIRECTE ET LIMITÉE
Malgré les nombreux faits d'observation qui ont prouvé l'innocuité presque absolue de l'emploi de la pointe de Malgaigne , celle-ci n'a jamais été franchement adoptée, et l'on a cherché à lui substituer d'autres moyens contenlifs a pmn moins effrayants.
Ces appareils, au lieu d'agir par pression directe sur les frag- i ments déplacés, n'ont qu'ime action médiate et peuvent être 1 comparés aux systèmes à pelotes préconisés pour comprimer les I artères dans le traitement des anévrysmes. i
1° Appareil de M. Laugier. — C'est à la fois un appareil à extension continue et un appareil à pelote comprcssive ^ (fig. -178). L'extension s'exerce à l'aide de la semelle plantaire mobile et entrant à coulisse dans la planchette tibiale ; la contre- ; extension prend son point d'appui à une genouillère lacée.
La compression est exercée à l'aide de la pelote d'un compresseur analogue, sinon identique, à celui de J. L. Petit.
2° Appareil de M. B. Anger (1). — Comme l'appareil précédent, celui de M. Benj. Anger est utilisé pour empêcher la saillie en avant des fragments dans les fractures obliques de la i jambe. i l
(J) Bull, de l'Ac. de méd., t. XXX, p. 807, 30 mai 1865.
PRÉCAUTIOMS A PRENDRE.
« Il consiste, dil M. Gaiijot(l), à adapter à une gouttière de I) Mayor le système de la double pelote compressive, usité dans )) le traitement des anévrysmes. »
Sur les parties latérales delà gouttière A, dans laquelle est maintenue le pied et la jambe, à l'aide des courroies B, B, B, B sont disposées deux tringles plaies, D, D; sur lesquelles glissen
FiG. 254 . — Appareil à pression limitée intermittenle de M. B. Anger,
deux arcs d'acier G, G. Ges deux arcs soutiennent deux pelotes E, E, pouvant se déplacer dans le sens transversal à l'aide de la mortaise et de la vis G, et dans le sens vertical grâce aux autres vis F, F. Par suite de l'existence de ces deux pelotes, qui peuvent être appliquées successivement, la pression exercée sur le fragment déplacé peut être allernative, ce qui évite des douleurs et la gangrène possible des téguments.
ARTICLE XI
DES PRÉCA.UTIONS A PRENDRE AVANT L' APPLICATION DES APPAREILS DE FRACTURES
Lorsque les fractures siègent aux membres supérieurs, le blessé peut, généralement, se rendre lui-même du lieu de l'ac-
(1) Loc. cit., t. I, p. 245.
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cident à l'endroil où il doit être pansé ; dans ce cas, il aura soin de soutenir son membre avec la main du côté sain, ce qui est d'ailleurs instinctif, ou de le maintenir dans une éclifirpe.
Dans les fractures du crâne, qui laissent souvent les malades sans connaissance par suite de la commotion ou de la contusion du cerveau, il faut que le blessé soit placé sur un brancard et transporté au lieu où il doit être traité. 11 en est de même lors de fractures de la colonne vertébrale, qui presque toujours s'accompagnent de paralysie des membres inférieurs.
Nous nous arrêterons plus longtemps sur les fractures des membres inférieurs qui nécessitent des précautions spéciales pour relever et transporter le blessé.
La première chose à faire pour le chirurgien est de constater la fracture. Lorsque des vêtements épais gênent pour reconnaître l'état des parties lésées, on les découd ou on les coupe ; on coupera également les bottes, afin d'éviter des elforts toujours trèsdouloureux pour les malades, et qui, en déplaçant les fragments, pourraient produire des déchirures venant compliquer la lésion.
La fracture constatée, on place le blessé sur un brancard : pour cela, un aide vigoureux prend le malade à bras je corps, pendant que celui-ci passe ses bras autour du cou de l'aide qui doit le soulever ; alors, le chirurgien saisit le membre fracturé en plaçant une main sur le fragment inférieur, l'autre sur le fragment supérieur; la première tire le fragment inférieur dans la direction normale du membre; la seconde, au contraire, soutient le fragment supérieur. Quand les membres sont trop volumineux, qu'il s'agit de la cuisse par exemple, on fait supporter le bassin et le fragment supérieur par un autre aide, tandis que de ses deux mains on tire sur le fragment inférieur dans la direction du membre. Un troisième aide supporte le membre sain. A un signal donné par le chirurgien, on soulève le malade, on place le brancard au-dessous de lui et on l'y dépose, en ayant soin, qu'il y ail un ensemble parfait dans les mouvements des différents aides.
Le membre fracturé doit reposer sur un oreiller que l'on a préalablement placé sur le brancard. Si le lieu où se trouve le blessé n'est pas éloigné, on peut le transporter ainsi couché sur son brancard : seulement on aura soin, lorsqu'on doit monter les escaliers, de faire passer les pieds du malade les premiers, afin que le poids du corps ne vienne pas peser sur le membre fracturé. Si l'on devait descendre, la tête, au contrau'e, serait dirigée en bas, et devrait par conséquent passer la première.
Parmi les,nombreuses variétés de brancards employés pom- le transport des blessés, l'une des plus usitées dans les hôpitaux
tJRÉCAtTiONS A PRENDRE. iSd
(( est formée paf tiù cadre soutenu par quatre pieds, et^ dont le j) fond consiste en une forte toile relevée obliquenaent à une de » ses extrémités pour recevoir la tête et les épaules du blessé ; s on y ajoute à volonté un rideau de coutil qui recouvre le ma- » lade et le garantit contre les intempéries de l'air et les regards î des curieux (1)».
Dans les cas où le blessé doit être transporté au loin, on peut se servir de voitures spéciales, de wagons appropriés, de cacolets, etc.; de plus il faut immobiliser la fracture avec des appareils temporaires ou improvisés; la description de ces moyens divers appartenant surtout à la chirurgie d'armée, nous renvoyons le lecteur à l'excellent ouvrage de M. le professeur Legouest (2).
Il est bon d'ajouter que dans bien des cas ces divers moyens de transport manquent, et que les blessés ont alors à supporter les douleurs inutiles et atroces si bien décrites par A. Paré (3). Il est évident que dans ces circonstances il faut user d'expédients, comme le fit P. Pott : s'étant brisé la jambe, il se fit placer sur une porte, aux deux grands côtés de laquelle il avait fait préalablement clouer des bâtons de porteurs de chaise; grâce à ce moyen, il put être ramené chez lui sans souffrir. Du reste, Mayor (4) a indiqué avec soin, comment des perches, des échelles, des planches, etc., peuvent servir à construire d'assez bons brancards d'occasion, comme le dit Malgaigne.
Autant que possible, les porteurs seront de même taille et devront marcher lentement et ensemble. Arrivé au lit du malade, on le déshabille sur le brancard et on le couche.
Pour coucher le malade, on prendra les mêmes précautions que pour le placer sur le brancard; le chirurgien devra toujours tenir le membre du blessé d'un côté du lit, et un aide intelligent le recevra de l'autre côté, et le placera comme il convient sur un appareil qui aura dû être disposé à l'avance.
(1) Nélaton, Éléments de palhol. chir., t. II, 175, 2° édit.
(2) Trailé de chirurgie d'armée. Paris, 1863. Voyez aussi les inili* cations de Gaujot, lue. cit. p. -489 et 490.
(3) Malgaigne, lac. cit., t. I, p. 168.
(4) Fragments de chirurgie populaire, p. 35.
APPAREILS DE FRACTURES